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Arts-chipels.fr

Fake. Quand nature et artifice, spectacle vivant et musique électronique, vérité et illusion se mêlent pour un vrai voyage au pays des sons et des songes…

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

À partir des monologues de Peer Gynt, Wilfried Wendling recrée un espace musical, sonore et théâtral à géométrie variable, où le spectacle prend les allures d’une promenade mouvante, fluctuante en fonction des participants – professionnels et amateurs –, et dont l’histoire évolue au gré des lieux où elle est représentée et du public auquel elle s’adresse.

Sur le lac Daumesnil, les spectateurs ont pris place sur des barques. C’est à la force des bras – un effort modeste au demeurant – qu’on gagnera le privilège de partager une expérience inhabituelle dans le domaine de l’art vivant. Chaque spectateur a été équipé d’un casque audio car c’est entre ce qu’on voit et qu’on entend que se produit la distorsion subtile qui nous entraîne à naviguer entre le réel et l’imaginaire et mêle l’expérience vécue à l’espace infini du rêve. Sur l’île, au centre du lac, un dispositif a été mis en place. Le compositeur, équipé d’une console portative et accompagné par les musiciens, est prêt. Quant aux barques, elles suivent le panache blanc – en l’occurrence des ballons – d’une barque-cheval de tête qui les mène à l’endroit idoine. Le premier « message » qui nous parvient au casque a la valeur d’un manifeste et donne le ton : « Et si la beauté était dans l’oreille ? »

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Un parcours sonore

Les sons qui nous parviennent proviennent de sources différentes. Face aux échos des percussions ou de la guitare électrique qu’on voit sur la berge s’additionnent dans notre casque des sons électroniques et des voix pré-enregistrées qui se déplacent dans l’espace créé entre nos deux oreilles, des interférences sonores, des actualités d’une radio d’information, musicalisées et falsifiées. Réel et virtuel ont entamé leur dialogue dans un univers où nous avons perdu nos repères, où les frontières sont abolies. C’est dans cet entre-deux qu’il nous faudra cheminer en nous laissant guider par la voix du narrateur qui nous escorte avec humour dans le labyrinthe des sons et des impressions.

Suivez le guide…

Celui qui parle, le conteur chargé de nous plonger dans l’histoire, il nous faut un certain temps pour comprendre qu’il n’est pas seulement une illusion reconstituée par nos oreilles mais un personnage de chair et d’os, qui se trouve au milieu de nous, immergé dans le même espace-temps. Il commente ce qu’il voit, s’attache à la technique d’un rameur, interpelle un passant intrigué par ce qui se passe, interagit avec l’environnement. Le micro à la main, il se tient sur l’autre berge. Bientôt il s’embarquera à nos côtés pour nous accompagner dans le voyage. Il est, avec les barques, notre havre de rattachement à la réalité, en même temps qu’il nous introduit dans l’univers de la fiction avec l’histoire de Peer Gynt.

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Dans les profondeurs de la mythologie norvégienne

Le choix de Peer Gynt apparaît comme parfaitement adapté à cette balade entre réel et imaginaire, vérité et illusion. Car la pièce, écrite par Henrik Ibsen, ne cesse de flotter entre deux eaux, toujours à la frange entre réalisme et fantastique, fonds mythologique et situations concrètes. Ce drame poétique dont Edvard Grieg a fait une mise en musique, met en scène un personnage, Peer Gynt, qui est par nature un raconteur d’histoires, un affabulateur si talentueux qu’on ne peut démêler chez lui le vrai du faux. Aux aventures et mésaventures bien « réelles » de Peer Gynt, coureur de jupons invétéré, menteur, fanfaron et prophète d’occasion se mêle l’imaginaire des contes populaires et des mythologies de Norvège dans lesquels Ibsen puise une partie de sa matière. Ainsi Peer Gynt se retrouve-t-il à un moment marié à l’une des filles du roi des Trolls ou rencontre-t-il, à la fin de sa vie, un mystérieux fondeur de boutons qui a pour mission de fondre les âmes dans la masse.

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

À la frange entre réel et imaginaire

Les eaux calmes du lac nous plongent dans la profondeur des fjords et dans cette mémoire immobile qui repose en chacun de nous et que le souffle du vent, d’un souvenir, d’une voix au loin ou d’un éclat de bruit réactive. Immergés dans un écrin de verdure avec dans les oreilles des sons synthétiques, où un plat de métal trempé partiellement dans l’eau et frappé fabrique une musique insolite, sans référence au réel, livrés à l’onirisme et à la poésie qui émane du texte d’Ibsen, nous circulons entre des mondes, plus tout à fait humains et pas vraiment abstractions, où nature et culture apparaissent indissolublement associés. Du « chaos » revendiqué qui imbrique l’aventure personnelle d’Ibsen, son œuvre, la musique et l’esprit des lieux émane un charme étrange qui nous déconnecte du réel et nous fait échapper à nous-mêmes. C’est sans doute là, dans cette évasion, que réside la beauté. C’est aussi la démarche de Wilfrid Wendling qui imagine chacun de ses spectacles en fonction du lieu de représentation choisi – Fake s’adapte aussi bien à un stade qu’à un théâtre, à un jardin public qu’à un musée, à une place de marché qu’à un centre commercial – et intègre la part de l’improvisation et du hasard dans les règles du jeu. Un jeu pour 200 spectateurs auquel on aime jouer…

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Fake. Une expérience électro-contée. D’après Peer Gynt d’Henrik Ibsen

S Conception et musique électronique live Wilfried Wendling S Conteur Abbi Patrix S Percussionniste Linda Edsjö S Guitariste Julien Desprez S Voix irréelles Anne Alvaro S Selon les représentations, une infinité de possibilités en matière de participation artistique aussi bien professionnelle qu’amateure (jongleur, acrobate, chanteur, musicien, majorette, historien, etc.) S Quelques participations possibles Louis Laurain, Musiciens de l’ONDIF

Nouvelle échappée le dimanche 11 septembre 2022 à 17h

Lac Daumesnil – Bois de Vincennes, 75012 Paris. Au point de location des barques.

À noter aussi : la Muse en Circuit fête ses 40 ans au travers de multiples événements et de ses figures emblématiques.

Vendredi 9 septembre, Tautologuons ensemble

L’ensemble soundinitiative propose un parcours décalé et humoristique au travers de pièces performatives de Luc Ferrari. Pendant cette soirée, les musiciens de soundinitiative performeront des œuvres peu jouées du compositeur et inviteront le public à des jeux d’interactions sociales intuitives, avec cette légèreté profonde typique du compositeur. À La Muse en Circuit, Alfortville (horaires à venir)

20 septembre-5 octobre, Exposition au 148, Espace culturel d’Alfortville

Trois espaces dédiés pour entrer dans l’univers de La Muse en Circuit et son histoire : exposition photographique, projection d’extrait du documentaire de Jérôme Florenville Une autre écoute est possible, atelier de création sonore pour les scolaires et le tout public. Au 148, Espace culturel d'Alfortville.

Samedi 1er octobre, Nuit blanche

 Parce que les Muses ne dorment pas, La Muse en Circuit participe à la Nuit Blanche 2022. Présente en continu dans tous les espaces du ! POC !, elle invite des acteurs de la scène expérimentale pour interpréter les concerts et performances de Luc Ferrari. Avec L’Émoi sonneur, Cie Motus, CFA Pietragalla-Derouault, ONDIF, Abbi Patrix & Wilfried Wendling. Le ! POC !, Alfortville - 19h > 23h

Octobre/Novembre, film documentaire Une autre écoute est possible

Film documentaire de Jérôme Florenville projeté en avant-première À la Muse en Circuit, Alfortville ou/et Forum des images, Paris

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