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Arts-chipels.fr

D’Alésia à Rome, l’aventure archéologique de Napoléon III. Enjeu politique et modernité de la recherche.

D’Alésia à Rome, l’aventure archéologique de Napoléon III. Enjeu politique et modernité de la recherche.

L’exposition du Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye rassemble pour la première fois les multiples composantes qui contribuèrent à la mise en place d’une politique délibérée de recherche archéologique moderne et scientifique.

Palazzo dei Cesari. Quartieri Tiberiani. Roma. Vers 1870. Épreuve photographique sur papier albuminé contrecollée sur carton, d’après un négatif sur verre au collodion. H. 24 ; l. 31 cm Paris, Collège de France. Archives, legs Millet © Collège de France. Archives

Palazzo dei Cesari. Quartieri Tiberiani. Roma. Vers 1870. Épreuve photographique sur papier albuminé contrecollée sur carton, d’après un négatif sur verre au collodion. H. 24 ; l. 31 cm Paris, Collège de France. Archives, legs Millet © Collège de France. Archives

Plus personne ne s’étonne aujourd’hui de cheminer aisément dans les sites archéologiques mis au jour au fil des quelques siècles précédents et de trouver dans les musées quantité de vestiges recueillis sur ces sites. Il n’en a pas toujours été ainsi et l’exposition organisée par la Réunion des musées nationaux, le Grand Palais et le musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye vient rappeler à notre mémoire que la reconquête ou la redécouverte du patrimoine artistique et culturel n’ont pas été, de tout temps, une évidence. Il suffit pour cela de se remémorer les remplois d’éléments architecturaux de l’époque pharaonique dans les constructions des habitations du commun – on trouve des processus analogues en Europe – ou les superpositions successives de lieux de culte écrasant chaque fois le niveau qui les précède dans la chronologie.

Fortuné Layraud (1833-1913), Ruines du mont Palatin. Vue des fouilles de la maison de Livie 1869-1870. Peinture sur toile H. 85 ; l. 133 cm. Beaux-Arts de Paris, don de Napoléon III © Beaux-Arts de Paris, Dist. RMN-Grand Palais / image Beaux-arts de Paris

Fortuné Layraud (1833-1913), Ruines du mont Palatin. Vue des fouilles de la maison de Livie 1869-1870. Peinture sur toile H. 85 ; l. 133 cm. Beaux-Arts de Paris, don de Napoléon III © Beaux-Arts de Paris, Dist. RMN-Grand Palais / image Beaux-arts de Paris

Un programme d’envergure du IIIe Empire

A travers la restitution des fouilles archéologiques du palais Farnèse et de ses jardins, acquis par la France en 1861, l’exposition met l’accent sur le double enjeu que représentent, sous le règne de Napoléon III, l’appropriation, pour une France qui ne va pas cesser d’étendre son empire, des cultures disparues – et la sienne en premier comme ciment d’une identité nationale – en même temps qu’elle affirme sa modernité, recourant aux techniques les plus en pointe et aux outils les plus novateurs. Cartographie, dessins et photographie sont convoqués pour restituer le réel, attester la provenance authentique des objets et dresser un panorama qui se veut objectif et scientifique, avec pour enjeu supplémentaire une diffusion des fouilles et de leurs produits auprès des publics. Le mouvement avait été amorcé dès la fin du xviiie siècle mais il prend, sous l’impulsion de Napoléon III la dimension d’un véritable programme archéologique à l’échelle de l’Europe et du bassin méditerranéen, en Grèce, en Italie et en Orient. Un projet régalien qui mobilise militaires, archivistes, enseignants, sociétés savantes et même hommes d’Eglise, tout comme les historiens, archéologues, photographes et cartographes et les institutions (bibliothèques, musées, fonds privés, écoles d’art) pour collecter informations et objets selon une méthodologie clairement établie.

Édouard Flouest (1829-1891), d’après un dessin du général Creuly gravé par Saunier pour la Revue archéologique ? « Armes recueillies dans la plaine au-dessous d’Alise » ; S.d. [après 1861] ; Dessin à l’encre rehaussé à l’aquarelle, contrecollé sur papier cartonné, signé « Ed. F. » H. : 28,8 ; l. : 22,5 cm Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale, centre des archives, fonds Édouard Flouest © MAN/Valorie Gô

Édouard Flouest (1829-1891), d’après un dessin du général Creuly gravé par Saunier pour la Revue archéologique ? « Armes recueillies dans la plaine au-dessous d’Alise » ; S.d. [après 1861] ; Dessin à l’encre rehaussé à l’aquarelle, contrecollé sur papier cartonné, signé « Ed. F. » H. : 28,8 ; l. : 22,5 cm Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale, centre des archives, fonds Édouard Flouest © MAN/Valorie Gô

Une rétrospective inédite

L’intérêt de l’exposition est de rassembler les éléments épars, jamais montrés ensemble, des archives de fouilles menées par la Commission de Topographie des Gaules (CTG) qui, sous la direction de Félicien Caignart de Saulcy, entreprend, ou subventionne, jusqu’en 1879 des travaux nombreux pour identifier les sites archéologiques sur le terrain et ainsi que les fouilles entreprises dans les jardins Farnèse pour mettre en lumière la politique des fouilles et proposer une véritable synthèse des moyens mis en œuvre pour engranger les informations recueillies et jeter les bases d’une archéologie scientifique. L’exposition retrace le déroulement des fouilles entreprises par l’Empire sur les traces des Césars, inconnues du grand public, et questionne le rôle de la photographie et des méthodes d’enregistrement du programme archéologique.  On y découvrira aussi bien les albums déposés dans diverses institutions nationales que des albums touristiques, les photographies grand format présentées à l’Institut de France, les objets issus des fouilles d’Alise-Sainte-Reine et des Jardins Farnèse conservés au Musée d’archéologie de Saint-Germain-en-Laye et au Louvre, mais aussi les toiles exécutées par le peintre Joseph-Fortuné-Séraphin Layraud, le seul artiste-peintre français identifié à avoir assisté au dégagement de la maison de Livie (1869), et les relevés d’Arthur Dutert.

Archéologie et histoire de la recherche en archéologie se trouvent ainsi intimement mêlées, tissant un lien entre histoire politique, aventure archéologique, recherche scientifique et patrimoine collectif.

Coupe à décor végétal, dit canthare d’Alésia (Alise-Sainte-Reine, Côte-d’Or) Ier s. av. J.-C. – début Ier s. apr. J.-C. Argent doré. H. 11,5 ; l. 18,8 cm. Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale © MAN/ Benoît Touchard

Coupe à décor végétal, dit canthare d’Alésia (Alise-Sainte-Reine, Côte-d’Or) Ier s. av. J.-C. – début Ier s. apr. J.-C. Argent doré. H. 11,5 ; l. 18,8 cm. Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale © MAN/ Benoît Touchard

D’Alésia à Rome, l’aventure archéologique de Napoléon III

Musée d’archéologie nationale – Domaine national de Saint-Germain-en-Laye. Du 19 septembre 2020 au 3 janvier 2021, du lundi au vendredi (sauf mardi) de 10h à 17h, samedi et dimanche de 10h à 18h, sauf mardis et les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

Informations et réservations : www.musee-archeologienationale.fr 

Tel 0134 51 65 36. E-mail reservation@museearcheologienationale.fr

Commissaire général : Daniel Roger, conservateur en chef, adjoint au directeur, responsable de la politique scientifique et des collections au musée d’Archéologie nationale - domaine national de Saint-Germain-enLaye

Commissaires scientifiques : Corinne Jouys-Barbelin, conservatrice du patrimoine, responsable du service des ressources documentaires au musée d’Archéologie nationale - domaine national de Saint-Germain-en-Laye, et Anissa Yelles, docteure en archéologie, post-doctorante du Labex CAP (INHA/Ecole nationale des chartes)

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