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Dada Africa. Ce que le dadaïsme emprunte à l’« art nègre »

Dada Africa. Ce que le dadaïsme emprunte à l’« art nègre »

Le début du XXe siècle, on le sait, Picasso et Matisse en tête, s’est nourri des références aux arts « primitifs ». Le mouvement dada participe de cet engouement pour les arts premiers. L’exposition présentée au musée de l’Orangerie à Paris, qui rassemble des œuvres du Museum Rietberg de Zurich et celles de la Berlinische Galerie à Berlin, offre un aperçu très intéressant du premier Dada, zurichois, et du développement allemand du mouvement.

Parent dans l’esprit de l’expressionnisme et à sa suite, Dada est d’abord un manifeste littéraire, publié à Berlin en février 1915 sous forme de tract par Hugo Ball et Richard Huelsenbeck. Mais c’est à Zurich, un an plus tard que le mouvement prend le nom de « dada », trouvé au hasard des pages du Petit Larousse.

Vous avez dit « cabaret » ?

L’absurdité de la Première Guerre mondiale qui fait rage révolte toute une frange de la jeunesse, réfugiée en Suisse. Lorsqu’Hugo Ball fonde avec sa compagne Hemmy Hennings, poète, chanteuse et danseuse, début 1916, le Cabaret Voltaire – dont le nom est un hommage rendu à la liberté de penser –, et que Dada est fondé, il rassemble des artistes venus d’horizons divers : littérateurs comme Tristan Tzara, Ball ou Huelsenbeck, danseurs – Hemmy Hennings fréquente l’école fondée par Rudolf Laban au Monte Verità qui met en avant, en même temps que le développement d’un système de notation révolutionnaire de la danse, des préceptes de liberté des corps – mais aussi plasticiens tels que Marcel Janco, Sophie Taeuber-Arp, Jean Arp ou Hannah Höch. C’est dans la pluridisciplinarité et l’ouverture que se situera Dada. Où, mieux qu’au cabaret, ce lieu hybride et populacier où toutes les classes se côtoient, pourrait se développer cette contestation ?  L’art sort de l’atmosphère feutrée des musées et des galeries pour prendre pied dans la vie !

En finir avec la guerre et inventer une nouvelle manière d’être au monde

La conscience aiguë du désastre de la guerre et le rejet des valeurs établies, qui ont conduit le monde au chaos, ouvrent la voie à une contestation polymorphe et frénétique. « À Zurich, écrira Jean Arp un peu plus tard, désintéressés des abattoirs de la guerre mondiale, nous nous adonnions aux beaux-arts. Tandis que grondait dans le lointain le tonnerre des batteries, nous collions, nous récitions, nous versifiions, nous chantions de toute notre âme. Nous cherchions un art élémentaire qui devait, pensions-nous, sauver les hommes de la folie furieuse de ces temps. »

Se voient propulsés au premier plan ce que la société considère comme indigne d’intérêt, inférieur, non civilisé, les arts « primitifs », tandis que, dans le même temps s’ouvrent de nouvelles voies de recherche formelle, affranchies des canons traditionnels de l’art. Des « soirées nègres » sont organisées au Cabaret Voltaire où, dans une joyeuse cacophonie, les performances mêlent danse, masques, poèmes bruitistes, concerts de voyelles, cris, gymnastique… Place libre à l’improvisation, à l’expérimentation tous azimuts !

Art « nègre »

L’art des dadaïstes ne convoque pas seulement l’art africain, mais aussi bien la sculpture maorie que les poupées kachina des Indiens hopi. En 1917, la galerie Corray expose côte à côte à Zurich des objets africains et des œuvres dadaïstes fournies par le galeriste français Paul Guillaume. Tzara écrit : « Du noir puisons la lumière ». Les plasticiens, de leur côté, cherchent un nouveau langage formel. Il s’appuie aussi sur le détournement d’objets issus des musées ethnographiques dans des collages qui sont autant de réappropriations. Des textes théoriques essentiels sur les arts extra-occidentaux sont publiés, tels Negerplastik de Carl Einstein. De son côté, Mary Wigman, à la suite de Laban, développe une danse expressionniste fondée sur une recherche du mouvement corporel premier, venu du plus profond. Des aquarelles aux assemblages de tapisserie et de broderie, de l’utilisation des masques et des poupées à l’abstraction, en mélangeant tous les médiums, la combinaison d’éléments hétéroclites renvoie à la recherche d’une alchimie où la référence aux arts extra-occidentaux reste présente.

Une exposition en six actes

Centrée autour du thème de la relation de Dada et des arts premiers, l’exposition ne peut qu’être parcellaire. Après s’être intéressée aux origines qui fondent l’art « primitif » dans la culture européenne, elle aborde tour à tour les foyers qui seront ceux de Dada, en Suisse et en Allemagne mais aussi partout dans le monde, de Barcelone à New York. Elle s’arrête sur la « Dada galerie », l’exposition de la galerie Corray, présente des documents d’archive passionnants sur les manifestations du Cabaret Voltaire, consacre à la « fusion » sans idée préconçue de toutes les formes d’art et de tous les styles une part du parcours avant de s’achever sur ce que le surréalisme doit à Dada. En raison de ses partenaires organisateurs, elle nous offre l’occasion de découvrir, en prenant son temps car il faut se pencher sur des petits formats, regarder une série de films courts, s’attarder à lire, une partie du dadaïsme moins spectaculaire que ce qu’avait, par exemple, proposé le Centre Pompidou il y a quelques années, mais cependant intéressante.

Dada Africa, sources et influences extra-occidentales

Exposition organisée à Paris par le Museum Rietberg Zurich et la Berlinische Galerie Berlin, en collaboration avec les musées d’Orsay et de l’Orangerie.

18 octobre 2017-18 février 2018, tlj sauf mardi de 9h à 18h

Musée de l’Orangerie, Jardin des Tuileries – 75001 Paris

www.musee-orangerie.fr

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