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Arts-chipels.fr

Gustave Caillebotte. Une fidélité sans faille à l’impressionnisme

Gustave Caillebotte. Une fidélité sans faille à l’impressionnisme

Était-ce parce qu’il n’eut jamais besoin de sa peinture pour vivre que Gustave Caillebotte ne figure pas au panthéon des impressionnistes ? L’exposition du musée des impressionnismes à Giverny lui rend un hommage mérité.

Caillebotte fut, on le sait, un soutien actif pour les peintres impressionnistes. Collectionneur et mécène, il acheta nombre de toiles de Pissarro, Monet, Sisley, Renoir, Degas et, de manière plus limitée Cézanne et Manet et organisa les expositions impressionnistes de 1877, 1879, 1880 et 1882. Il aida également régulièrement Camille Pissarro ou Claude Monet en louant pour lui un appartement près de la gare Saint-Lazare et entretint des relations amicales en particulier avec Renoir. Son travail de peintre, quoique moins abouti parfois que ceux des « grands » impressionnistes, comporte cependant nombre de tableaux qui méritent qu’on s’y attarde, en particulier ses Raboteurs de parquet (refusés au Salon de 1875) ou ses perspectives de la vie parisienne.

Une rétrospective de la carrière de peintre de Caillebotte

Des premières compositions qui saisissent la vie urbaine du Paris haussmannien des années 1870 jusqu’au jardin où le peintre se confine dans ses dernières années, près d’Argenteuil, au Petit Gennevilliers, en passant par la propriété familiale d’Yerres et son parc à l’anglaise, les perspectives accusées du paysage ou les loisirs nautiques et les parties de voile sur la Seine, ou encore le littoral normand en période estivale, le parcours de l’exposition offre en près de 80 œuvres, peintures et dessins, un aperçu significatif du parcours du peintre.

Un dessinateur peu remarquable et un peintre inégal…

Caillebotte n’est pas, loin s’en faut, un dessinateur hors pair. En tant que peintre, il a plus parfois de l’artisan consciencieux et appliqué que de l’artiste génial si on met son œuvre à l’aune des Monet ou Manet. Nombre de ses toiles semblent mal cadrées, laissant sur les côtés des scories qu’il eût mieux valu éliminer. Ses peintures peuvent parfois sembler de facture honnête, sans qu’on éprouve de choc. Joliment peintes, douces dans leurs teintes, ses scènes de la vie à la campagne s’accordent parfaitement avec les attendus de la première peinture impressionniste. Elles expriment une douceur de vivre saisie dans un quotidien sans accroc, au fil de l’eau, dans les champs, au jardin.

Il est intéressant de constater, comme souvent dans les œuvres picturales, que l’esquisse est parfois plus intéressante que l’œuvre finale car elle témoigne de la volonté du peintre, du mouvement qui préside à la conception de l’œuvre, du geste jeté, de l’urgence à saisir qui lui a donné naissance. L’une des scènes parisiennes de Caillebotte, présentée sous ces deux formes, ne dit pas autre chose. Le souci de perfectionner affadit l’œuvre qui perd de son immédiateté, de sa nécessité et, du coup, de son intérêt.

… mais un indéniable talent de coloriste

Plusieurs tableaux valent cependant à eux seuls le déplacement. Pour la qualité de la couleur, d’abord : Caillebotte a une manière bien à lui d’utiliser des teintes difficiles : des harmonies de gris, bleutés ou roses, parfois teintés de violet, des tons rompus qui donnent à son œuvre une grande délicatesse. Il y a dans ces gris une luminosité que l’on voit rarement, toute de finesse et de demi-teintes néanmoins chaleureuses. Un véritable art de la couleur se dégage dans l’utilisation des violets, des rouges profonds, du vert Véronèse, entre autres mais aussi de la richesse des gammes colorés de bleu, de vert ou de brun.

… et de puissants effets de perspective proches de l’art photographique

Frappent aussi son sens très particulier de la profondeur, ses perspectives presque toujours décentrées, avec des lignes de fuite qui rentrent dans le tableau, latéralement, comme pour créer un accident, contester la forme rectangulaire du cadre. De temps à autre, Caillebotte fait basculer le tableau vers l’avant, contestant la perspective, l’écrasant pour ramener la scène dans un espace à deux dimensions. Ses scènes de balcon d’où l’on contemple la ville dans une perspective légèrement faussée ou ses effets de vue plongeante perturbent notre sens de la profondeur de champ.

De la peinture de la vie moderne à la permanence de la nature

Dans son choix d’écarter la « grande » peinture, Caillebotte s’inscrit dans son temps et dans cette contestation de l’art officiel qui rassemble – entre autres – les impressionnistes. La volonté de peindre la vie moderne est présente dans ses Raboteurs de parquets (1875) ou dans ses Peintres en bâtiment (1877), tout comme dans les scènes rustiques qui en sont le pendant (le Jardin potager, 1881-1882). Caillebotte n’hésite pas non plus à mettre au premier plan un pont métallique qui traverse toute la toile en biais ou à installer au premier plan du linge flottant au vent.

Pour finir, dans les œuvres de la fin, il y a ce très beau tableau (Capucines, 1892), très simple, très dépouillé et en même temps très fort : une frêle tige de capucine dans un grand tableau peuplé de vide. Sur un immense fond rosé-brun éclatent quelques taches de couleur d’un orange vif extrêmement soutenu. Le fil conducteur de l’œuvre est une mince tige qui dessine paresseusement une courbe ténue qui traverse verticalement le tableau. L’art japonais n’est pas très loin.

 

Caillebotte, peintre et jardinier

Du 25 mars au 3 juillet 2016

Musée des impressionnismes, 99 rue Claude Monet – 27620 Giverny

Tél. 02 32 51 94 65

www.mdig.fr

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