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Arts-chipels.fr

Saveurs jazziques d'Azerbaïdjan

Saveurs jazziques d'Azerbaïdjan

Plaisir intense que cet Edibar Asadli Quartet azerbaïdjanais. Inclassable, cette musique du monde intègre à la perfection les règles du jazz occidental en les mêlant sans heurt ni hiatus à des éléments de la culture azérie.

Edibar Asadli y déploie son profil de musicien riche, complet, de pianiste d’exception dont la vélocité n’a pour pendant que la beauté de ses mélodies, à la fois proches et venues d’ailleurs. Elles font flotter la permanence d’un je-ne-sais-quoi dans un rythme très contemporain. Et comme si le clavier pianistique ne lui suffisait pas, il ajoute un instrument très curieux, le mélodica : il faut imaginer un clavier qui se comporterait comme celui de l’accordéon, alimenté par un souffle d’origine humaine – l’instrument est relié à un tuyau dans lequel le musicien souffle – pour faire résonner l’instrument. Il parvient même, avec un synthétiseur, à retrouver le son de cette flûte très particulière, dont la légende raconte qu’elle fut associée au souffle premier, d’inspiration divine, la flûte ney. La boucle est bouclée entre les origines et la modernité, qui cheminent ensemble sans s’opposer.

Le dialogue des générations

Ce sentiment était d’autant plus fort qu’Asadli était accompagné, ce soir là, à la voix par son père. Image attendrissante de cette relation de respect affectueux que le jeune homme lui montrait, comme un lien jamais rompu entre deux mondes, deux vies, deux temps. Réconfortante et belle. Le père en effet intégrait à la musique du fils des chants traditionnels azéris. Des modulations extrêmement subtiles, avec des variations presque imperceptibles de niveaux, qui mènent du grave à l’aigu, une musique, intérieure, venue de l’arrière-gorge, un chant proche, dans ses sonorités, du turc ou du persan, comme alimenté par un souffle qui porte loin, qui résonne la nuit à travers la montagne pour relier entre eux les bergers exilés du monde. Il suffisait de fermer les yeux et le voyage commençait dans ces contrées excentrées, où règne un silence que n’a pas encore troué le vacarme de la civilisation, où se respire encore l’immuabilité des choses, où l’éternité n’est pas un concept mais une réalité vécue. Curieuse expérience mystique menée à grand renfort de basse et de batterie qui ne parvenaient pas à briser, en dépit de leur présence insistante, ce sentiment ténu mais persistant d’intense poésie.

Syncrétismes

J’avais choisi ce groupe, sans le connaître, car je pensais, en digne héritière de cultures multiples, que le résultat du syncrétisme culturel entre le monde moderne du jazz et celui, millénaire, de la culture traditionnelle azérie ne pouvait que produire des rejetons plus beaux que leurs parents, plus riches, plus divers. Si les racistes de tout poil pouvaient comprendre que le mélange des cultures, loin d’être castrateur, est nourricier, et que l’épanouissement qu’il procure enrichit chacune d’entre elles et lui évite de tourner sur elle-même, l’humanité ferait un grand pas.

Je vous dirai aussi que le plaisir que ces musiciens éprouvaient à être ensemble était si perceptible, si palpable qu’il en était contagieux. Ajoutez la réelle beauté lumineuse et brune du jeune Edibar et une manière de se mouvoir, de bouger la tête et les épaules en jouant, fort harmonieuse, et vous aurez tous les ingrédients qui se sont associé pour nous remplir d’aise. De plus, le petit pot qui nous était offert à l’issue du spectacle, réalisé par les services de l’ambassade d’Azerbaïdjan, conjuguait le jus de grenade et de petits amuse-bouche faits maison. Plaisir de tous les sens, donc.

Etibar Asadli Quartet

Etibar Asadli, piano

Sahib Asadov, chant

Arthur Henn, basse

Tilo Bertholo, batterie

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