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Arts-chipels.fr

Violences conjuguées. Un héritage à défaire.

Phot. © Pamela Maddaleno

Phot. © Pamela Maddaleno

Bryan Polach a fait de sa démarche cathartique pour surmonter un héritage de violence trop lourd à porter matière à réflexion. Il en offre une interprétation originale, qui se démarque des spectacles sur des sujets similaires.

Le théâtre a maintes fois fait place aux violences familiales. Le propos de Bryan Polach, coécrit avec Karine Sahler, se distingue des autres pièces sur des sujets analogues en ce qu’il ne concerne pas des violences subies, mais s’attache à évaluer l’héritage mental qu’elles laissent même quand on n’en a pas été victime et avec lequel il faut vivre, comme avec une épée de Damoclès placée au-dessus de la tête.

Une histoire difficile

Une malformation, depuis sa naissance, touche l’une de ses mains. Sa mère lui a raconté que l’origine en était son passé de femme victime de violences alors qu’elle était enceinte. C’est en remontant dans cette histoire qu’il commence à interroger son propre comportement d’homme, au volant de sa voiture ou dans son agacement face à ce qui ne fonctionne pas comme il voudrait que cela soit.

Ce questionnement le pousse à revenir en arrière, plonger dans ses souvenirs, se remettre en mémoire le procès qui a opposé ses parents, croiser les récits pour tenter de savoir d’où, réellement, il vient, et quel rôle son passé joue dans son attitude présente. Un voyage à rebours qui remonte au récit par sa mère de doigts et de côtes cassés, d’un visage explosé, là où son père évoque des « pichenettes ». « Le prix à payer, dira-t-elle, pour rester libre ». Libre de penser, libre de s’opposer, libre de rester elle-même.

De cette violence-là, il n’a pas de souvenir – il était trop jeune. Il ne connaît que les propos rapportés par sa mère et sa sœur. Mais elle l’interpelle par rapport à son comportement quotidien. La violence dans laquelle il a baigné a-t-elle une part dans ses réactions ? Ne risque-t-il pas de reproduire ce dont il a été imprégné ?

Phot. © Pamela Maddaleno

Phot. © Pamela Maddaleno

Surmonter son mal-être

Il y a dans l’histoire un enfant qui pleure et ne dort jamais, une charge permanente face à laquelle les parents ne peuvent marquer que de l’impuissance. Et les questions que la situation engendre. Colère, désespoir, culpabilité tout ensemble. Et derrière, l’irritabilité et la violence.

Bryan Polach rappelle ses séances chez le psy, la manière dont, peu à peu, les souvenirs se mettent en place. Le père qui les accueille, le jour où sa mère vient récupérer ses affaires, un fusil à la main, sa sœur, le couteau brandi, décidée à prendre la défense de sa mère, et la manière dont, au cours de ces années, il a refusé de se rendre chez son père, ce qui a fait dire à celui-ci : « On lui a lavé le cerveau ».

Il ne garde pas de souvenir qui lui permette de se poser en victime. Pourtant le mal est là. Dans ce mélange de révolte de n’avoir pas pu protéger sa mère mais en même temps dans le sentiment de n’avoir eu qu’une vision tronquée de ce qui s’est passé.

Alors il fouille dans ce passé de victime malgré lui sans en obérer la complexité. Il interroge la masculinité, la virilité, l’injonction du « Tu seras un homme, mon fils », qui contient en elle une violence induite. Mais dans le même temps, il fait émerger un manque paradoxal : l’amour du père et de son fils, tout teinté qu’il est de violence.

Une mémoire portée par le corps

Si le propos révèle la complexité d’approche des relations père-fils et de ce qu’elles contiennent quand il s’agit de la violence, c’est l’expression que choisit Bryan Polach de passer par le corps, sans les mots, pour exprimer les déchirements et les outrances qui retient l’attention.

L’auteur-acteur utilise son savoir-faire de judoka pour révéler de manière manifeste par l’expression corporelle la violence qu’il décrit, en même temps que sa pratique du yoga lyengar lui assure une maîtrise qui lui permet d’arrêter le geste, d’en contrôler l’agressivité, de passer au calme de la narration et d'alterner sans transition les états successifs qu'il évoque.

Ces passages « chorégraphiés » qui s’intercalent ainsi pour traduire la remontée des souvenirs et ce qui se joue dans la conscience de l’auteur-personnage donnent au récit une originalité d'approche et une force qui touche. Ainsi la « confession », mise à distance en même temps que traduite par le jeu, donne-t-elle la mesure du trouble causé par les violences que provoque l’agression physique. Une conjugaison d’éléments contradictoires, ici mis en évidence, qui se heurtent et livrent à l’intérieur du comportement comme de la conscience un combat qui ne laisse jamais indemne.

Violences conjuguées
• Texte Karine Sahler & Bryan Polach • Mise en scène Karine Sahler Jeu Bryan Polach • Avec la collaboration artistique de Bintou Dembele • Création lumière Tony Jeanjean (2017), Laurent Vergnaud (2021) • Création son Didier Léglise • Régie générale Julien Hélin • Production Cie Alaska • Coproductions Collectif 12, Maison de la culture de Bourges / Scène nationale • Avec l’aide à la création de la DRAC Centre-Val de Loire et de la Région Centre-Val de Loire • Soutiens et résidences Théâtre Nanterre-Amandiers, Théâtre du Luisant, Théâtre Paris-Villette, Le CENTQUATRE-Paris, Théâtre la Forge, Théâtre la Pléiade, Théâtre Eurydice, Oh! Z’arts etc., Mains d’œuvres • Durée 1h

Du mercredi 16 septembre au dimanche 11 octobre 2026
Théâtre la Reine Blanche - 2bis, passage Ruelle, 75018 Paris
www.lareineblanche.com

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