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Arts-chipels.fr

Peer Gynt. Avec toute la fougue de la jeunesse.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Matthieu Roy met en scène avec de jeunes acteurs et actrices de l’École Supérieure d’Art Dramatique de Paris la farce dramatique poético-philosophique d’Henrik Ibsen qui confronte un personnage hâbleur, menteur et juvénile au vaste monde et à ses turpitudes. Un exercice de style dans lequel ces jeunes gens se lancent avec un sympathique enthousiasme.

Drame poétique devenu pièce de théâtre sur une musique d’Edvard Grieg, présentée à Oslo en février 1876, Peer Gynt est une pièce un peu foutraque. Les aventures de ce jeune homme, aussi inconséquent que rêveur, aussi profiteur qu’épris d’idéal dont les tribulations flirtent avec le fantastique comme avec la trivialité détonne dans le paysage norvégien à l’époque d’Ibsen. Antihéros hâbleur et immoral qu’on voit vieillir, vénal en même temps qu’épris d’un idéal de liberté qui fait fi des conventions sociales, Peer Gynt est irréductible à un schéma « classique ».

La pièce plonge dans un fonds de contes et de traditions populaires qu’elle détourne en même temps qu’elle s’attaque aux travers de la société en les déplaçant dans un exotisme de façade. Elle installe l’univers du jeu à tous les étages dans toutes les étapes du voyage faussement initiatique de Peer Gynt, qui a finalement rendez-vous avec sa propre mort dans la personne du Fondeur de boutons. L’occasion rêvée pour de jeunes comédiens de s’installer sur des planches.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Une intrigue plutôt déjantée

Peer Gynt est un menteur, un raconteur d’histoires qui fuit la réalité en la réinventant sans cesse. Coureur de jupons, il n’aime rien tant que de soustraire les jeunes filles à leur promis et de les séduire pour les abandonner. Il ne déroge pas de ce rôle lorsqu’il rencontre la fille du roi des trolls et l’épouse, avant de la quitter – elle le poursuivra de sa vindicte au cours de la pièce. Aventureux, on le retrouve, vingt ans plus tard, marchand d’esclaves, prêchant une éthique de vie en se livrant à la débauche. Ruiné, il se fait prophète puis, échoué en Arabie, se laisse tenter par de belles Arabes plus vénales que lui, qui le plument.

Il s’embarque alors pour retourner chez lui. C’est là qu’il rencontre le Fondeur de boutons, qui est là pour lui prendre son âme et la remettre au maître de toutes choses. Mais une fois encore, Peer Gynt, esquive, retarde le moment ultime. Rentré au pays vieilli et pauvre, il retrouvera Solveig, la femme fidèle qu’il avait quittée sans remords au début du spectacle. Il comprendra la différence entre la devise des trolls, « Suffis-toi toi-même » et la sagesse humaine qui prône « Sois toi-même ». Solveig énoncera la formule magique qui met fin au périple de Peer Gynt : « Ton voyage est fini, Peer, tu as enfin compris le sens de la vie, c'est ici, chez toi et non pas dans la vaine poursuite de tes rêves fous à travers le monde, que réside le vrai bonheur. »

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

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Un groupe de jeunes interprètes

La distribution résulte d’une coopération entre Matthieu Roy, qui codirige avec Johanna Silbertein la Maison Maria Casarès à Alloue et la Scène Maria Casarès à Poitiers, et l’école Supérieure d’Art Dramatique de Paris, dirigée par Serge Tranvouez.

Formé à l’École du Théâtre National de Strasbourg, Matthieu Roy développe un travail sur les écritures contemporaines et met en avant l’importance du travail de transmission, en particulier au travers de résidences « Jeunes Pousses » qui accueillent de jeunes metteurs en scène.

L’ESAD, de son côté développe, dans le propos de la formation qu’il propose, la notion d’acteur-créateur « défendant les écritures et esthétiques nouvelles. » Les onze actrices et acteurs qui participent au spectacle sont issus de cette école et abordent, avec Peer Gynt, la première étape de leur carrière professionnelle. Un projet entamé dès la deuxième année de leur cursus à l’École.

Créé au cours du Festival d’été de la Maison Maria Casarès (du 25 juillet au 15 août 2026), le spectacle a déjà aussi tourné dans les Deux-Sèvres avant d’être présenté aux Plateaux Sauvages, à Paris.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Une mise en scène construite sur le mouvement

Matthieu Roy choisit de matérialiser le voyage de Peer Gynt en installant sur la scène un rail circulaire sur lequel un plateau, déplacé par les comédiens à des vitesses variables qui marquent l’accélération du temps ou de l’action, renvoie aux changements de lieux et aux nombreuses figures que croise le « voyageur » au fil de son périple.

Un praticable à différents niveaux de hauteur, que les acteurs escaladeront avec un entrain remarquable, souplesse et vitesse confondues, permettra de passer d’une noce paysanne au royaume des trolls tandis que les bêtes sauvages au milieu desquelles Peer Gynt échoue au cours de son voyage apparaîtront sur le chariot comme une présence marionnettique, indications plus que personnages du parcours philosophique qu’accomplit le voyageur errant, qui perd à chaque étape un peu plus de ses illusions.

Cette dynamique est renforcée par la démultiplication des Peer. Comédiennes et comédiens, à tour de rôle, s’emparent du personnage, lui donnant chaque fois une tonalité différente née de leur propre interprétation. Leur succession introduit une dépersonnalisation du personnage. Peer Gynt n’est plus un individu singulier, mais une incarnation collective qui renvoie à tous les Peer Gynt du monde.

Au milieu de cette agitation permanente, Matthieu Roy introduit une notation inexistante dans la pièce d’Ibsen en faisant du Fondeur de boutons, dès le début, l’observateur mutique des tribulations de Peer Gynt. Homme noir au maintien strict, il est la mort qui guette et attend son heure, la fin finale qui patiente pour obtenir son tribut.

Les comédiennes et les comédiens s’en donnent à cœur joie et se dépensent sans compter dans la succession très rapide des rôles avec un entrain sans faille et une justesse de ton marquante. Le personnage de la mère de Peer Gynt, qui, sans comprendre son rejeton, a pour lui la tendresse d’une mère, échappe de son côté à l’aspect caricatural du reste du spectacle. Il est le seul à garder une dimension humaine dans l’engrenage accéléré où nous plonge la pièce.

On regrettera cependant que le spectacle, mené tambour battant sur une durée plutôt courte – une heure quarante-cinq – ne laisse pas vraiment place au développement de la réflexion philosophique, prise ici dans un tourbillon qui lui fait perdre de sa puissance et de son impact. Mais pour tous ces jeunes gens lancés à pleine vitesse dans cette farce dramatique qui met en jeu l’accomplissement de soi et le sens de la vie, la performance est remarquable.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Peer Gynt D’après la pièce d’Henrik Ibsen. Traduction François Regnault
Mise en scène et scénographie Matthieu Roy Costumes Charlotte Le Gal Création lumière Manuel Desfeux Régie Thierry Champaloux Avec Mathieu Capella, Souad Dantas, Aurélien Gerhards, Mahaut Grasset, Léa Launay, Domitille Leboeuf, Max Lochon-Bertrand, Steven Injiraky, Paul-Arnaud Rivière et Domitille Leboeuf, Max Lochon-Bertrand, Steven Injiraky, Paul-Arnaud Rivière et Emmanuelle Vintache Dès 12 ans Durée 1h45

Du 15 au 26 septembre 2026, lundi–samedi à 19h30
Les Plateaux sauvages – 5, rue des Plâtrières, 75019 Paris
https://lesplateauxsauvages.fr

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