15 Septembre 2026
Cette comédie déjantée dévoile la face cachée d’un homme-caméléon dont la carrière s’appuie sur des revirements opportunistes. Julien Campani incarne un Chirac multiple, dans un portrait sans concession, co-écrit avec Léo Cohen Paperman, metteur en scène des six épisodes d’une saga consacrée aux huit présidents de la Ve République.
Dans les coulisses de l’histoire
Ce premier volet de l’ambitieuse série entreprise en 2020 par Léo Cohen Paperman et sa bande se joue en complicité avec le public. Un metteur en scène imaginaire – fan déçu de Jacques Chirac (1932-2019) qu’il a rencontré, enfant, à la salle des fêtes de Verdun, en 1995 — annonce un spectacle d’une journée. Il retracerait, entrecoupé de débats et de repas, les moments charnières d’une ascension politique mouvementée faite de revirements.
Mais le projet mégalo se réduira à une heure quinze et deux interprètes, après avoir désigné, dans la salle, trois spectateurs représentant différentes classes d’âge. Ils seront sollicités comme référents au fil des années qui ont conduit le bourgeois parisien de bonne famille à la tête de la République de 1995 à 2007.
On assiste à une vertigineuse rétrospective en forme de cabaret, où Julien Campani, dans sa loge, se grime en celui que les Guignols de l’info caricaturaient en Supermenteur, portant le masque et les habits de Superman.
D’abord en slip, Ie comédien change de veste comme son modèle de ligne politique… À ses côtés, Clovis Fouin (en alternance avec Mathieu Metral) sera Jean-Claude Laumont, son chauffeur de toujours. « Muet comme une tombe », il l’accompagnera jusqu’à la mort. Ce même acteur jouera ses conseillers successifs, dont le droitier Charles Pasqua, voire le Roi Soleil en personne, qui lui inspirera le concept de « fracture sociale ».
Portrait d’un hypocrite
Sont évoqués ses études, son entrée à l’ENA, son mariage « arrangé » avec Bernadette, sa présidence du RPR… Toujours à l’affût d’une ruse pour gagner, on le voit se glisser dans ses fonctions successives avec des ajustements idéologiques de circonstance : député de Corrèze, maire de Paris, premier ministre de cohabitation sous François Mitterrand, deux fois candidat malheureux à la présidentielle (1981 et 1988), élu in extremis à la fonction suprême en1995 face à Balladur, puis en 2002, grâce au barrage des électeurs à Jean-Marie Le Pen au second tour.
Un Président par défaut ? On le voit trahir la doxa gaulliste de souveraineté nationale en 1989 avec sa conversion à l’Europe et épouser un temps l’idéologie xénophobe de l’extrême-droite.
Pour autant, la mise en scène n’en fait pas un personnage repoussant. Plutôt un homme qui emprunte, tel le comédien, les masques qui lui conviennent, selon ses fonctions successives… Pour Julien Campani, qui se glisse à merveille dans ce rôle, il s’agit de « démasquer », de débusquer la vérité : « Je me masque pour te montrer que tu te masques. Je mens pour accoucher d’une authenticité́. »
À la fin, quand les jeux sont faits et que Campani-Chirac, conduit par son fidèle chauffeur, s’achemine, chancelant, vers la mort, on se souviendra de l’anecdote entendue au début du spectacle, survenue lors de l’oral de l’ENA en 1957. « — Une question de culture générale, M. Chirac : qui est le philosophe de l’Antiquité qu’on considère comme le père de la médecine ? – Hypocrite, Monsieur le Président. » Et le président du jury de lui en donner l’étymologie : « du grec ancien hupokritês : acteur de théâtre, porteur de masque. »
Un spectacle participatif
« Comme on arrête de croire au Père Noël, j’ai cessé de croire à Chirac », nous dit Ludovic Müller, le supposé metteur en scène qui entend, par cette mascarade, régler ses comptes avec son ancienne idole.
Le spectacle fonctionne sur des moments d’improvisation avec les spectateurs, « possibles », grâce à une maîtrise de la biographie de Chirac reposant sur une solide documentation. Julien Campani sort de temps en temps de son rôle pour solliciter ces trois référents générationnels désignés au début. Jacques (l’homonyme) est né en 1954, « année des fiançailles de Jacques et Bernadette » ; Agnès, elle, a vu le jour en 1964, alors que, lui dit-on, Chirac est au cabinet de Georges Pompidou qui l’appelle son ‘‘bulldozer’’ ». Quant à Elliot, sa date de naissance, 1993, est marquée par la traversée du désert de Jacques (Chirac).
Leur sont posées d’autres questions, auxquelles ils répondent volontiers. Cette complicité emporte l’adhésion du public, lequel trouvera dans les manœuvres électoralistes et les postures démagogiques de Jacques Chirac, ici mises en évidence, bien des similitudes avec celles qui caractérisent l’actuelle course à la Présidence. Huit Rois (Nos Présidents) vient à point nommé s’inscrire dans les débats de l’an 2027 et y apporter la distance nécessaire.
À consommer sans modération tous les dimanches jusqu’en avril 2027. Le dernier-né de la série @ La thérapie d’Emmanuel Macron verra le jour le 29 novembre 2027.
La Vie et la Mort de J. Chirac roi des Français
• Texte Julien Campani et Léo Cohen-Paperman • Mise en scène Léo Cohen-Paperman • Avec Julien Campani, Clovis Fouin en alternance avec Mathieu Metral • Lumières Pablo Roy / Léa Maris • Création sonore Lucas Lelièvre • Collaboration artistique Gaia Singer • Scénographie Henri Leutner • Costumes Manon Naudet • Maquillages Djiola Méhée • Régie générale Thomas Mousseau-Fernandez • Régie Zélie Carasco • Direction de production Léonie Lenain • Diffusion & Développement Anne-Sophie Boulan • Administration Clara Rodrigues • Logistique Juliette Lecourt • Communication & Médiation Lucile Reynaud • Production Compagnie des Animaux en Paradis • Coproduction Théâtre Louis Jouvet, scène conventionnée d’intérêt national de Rethel, Transversales, scène conventionnée de Verdun et le Salmanazar d’Épernay • Durée 1h35
La Vie et la mort de Jacques Chirac, roi des Français fait partie de la série Huit Rois, actuellement présentée au Théâtre de la Pépinière
Théâtre de la Pépinière – 7, rue Louis-le-Grand, 75002 Paris
www.theatredelapepiniere.com
La Vie et la mort de Jacques Chirac, roi des Français
Le 13 septembre 2026 à 19h30.
Le 27 septembre 2026 à 17h30.
Le 4 octobre 2026 à 19h30.
Le 18 octobre 2026 à 17h30
Le 22 novembre 2026 à 17h30.
Le 6 décembre 2026 à 19h30.
Les 10 et 24 janvier 2027
Les 7 et 21 février 2027
Le 21 mars 2027
Le 11 avril 2027
Les autres spectacles de la série Huit Rois et leurs dates au Théâtre de la Pépinière
Génération Mitterrand
Le 13 et le 20 septembre 2026 à 17h30.
Les 4, 11 et 25 octobre 2026 à 17h30
Les 1er, 8 et 15 novembre 2026 à 17h30 et le 29 novembre 2026 à 19h30.
Le 13 décembre 2026 à 19h30 et le 20 décembre 2026 à 17h30.
Les 10 et 24 janvier 2027
Les 7 et 21 février 2027
Le 7 mars 2027
Le 4 avril 2027
Le Dîner chez les Français de Valéry Giscard d’Estaing
Le 20 décembre 2026 à 20h
Le 7 mars 2027
Sarkhollande (comédie identitaire)
Les 20 et 27 septembre 2026 à 19h30.
Les 11, 18 et 25 octobre 2026 à 19h30.
Les 1er, 8, 15 et 22 novembre 2026 à 19h30
Les 17 et 31 janvier 2027
Les 14 et 28 février 2027
Les 14, 21 et 28 mars 2027
Le 4 avril 2027
@ La thérapie d’Emmanuel Macron
Le 29 novembre 2026 à 17h30.
Le 6 et le 13 décembre 2026 à 17h30.
Le 31 janvier 2027
Les 14 et 28 février 2027
Les 14 et 28 mars 2027
Le 11 avril 2027