18 Septembre 2026
Trois femmes, trois histoires, mais une tragédie commune. À découvrir lors des retrouvailles mouvementées de celles qui furent amies d’enfance. La pièce islandaise, mise en scène par Andréa El Azan et Raka Àsgeirsdòttir, est traversée par l’énergie des jeunes comédiennes.
Une pièce complexe
Via Facebook, Dagny a réuni chez elle ses amies d’enfance Begga et Lilja. Elles ne se sont pas vues depuis l’âge de quinze ans. Vingt ans se sont écoulés et chacune a mené sa vie : elles se racontent… L’une est mère de famille, divorcée, l’autre sociologue séparée de son dernier copain, et la troisième traîne son mal de vivre d’hôpitaux psychiatriques en centres de désintoxication… À mesure que les langues se délient, elles remontent le temps. Avec des allers et retours permanents entre présent et passé.
Derrière son titre-valise (combinant hystérie et story) la pièce explore la relation passée et présente entre ces trois filles aux personnalités contrastées. Sans psychologie, elle se fonde sur la confrontation de ces êtres avec leurs souvenirs d’enfance communs, souvent divergents, et dévoile une fébrilité dont on n’aura l’explication qu’à la fin.
La tension s’exprime par des allusions laconiques et des silences gênés, des piques provocantes, suivis de moments joyeux où l’on danse en musique, et l’on rit ou l’on frémit de vieilles aventures qu’on se rejoue, comme des éclats de mémoire…
La structure éclatée de la pièce reflète son contenu : le temps y est relatif et fluide, et pourrait évoquer une remontée du refoulé, telle que l’opère la psychanalyse.
Une mise en scène à fleur de peau
Les comédiennes se nourrissent du malaise qui infuse la pièce, servies par une langue abrupte restituée par la traduction. Qu’ont ces filles de commun à se reprocher ? se demande-t-on pendant les silences, les ruptures de tons, l’apparente insouciance de Lilja (Andréa El Azan) quand elle chante Feelings, les crises de rage de Dagny (Caroline Marcos) à l’évocation de sa mère, l’amertume et l’attitude provocatrice de Begga (Alice Gozlan) à l’encontre de la société. Pourquoi cette atmosphère électrique ? Est-ce parce qu'autrefois, Begga a brûlé la grenouille en peluche Karmitz de Lilja ; Dagny occis le perroquet de Begga ?
La mise en scène suit le rythme syncopé de la dramaturge, qui construit ici une sorte de thriller intime, constitué de flash-back. Éclairages et musiques permettent de situer les séquences dans leur temporalité, comme autant de repères pour le spectateur, tenu en haleine tout du long. Les comédiennes, chacune dans son registre, passent subtilement d’une humeur à l’autre par soudains retournements, créant une ambiance tantôt amicale, tantôt hostile.
Rompre le silence
« Lorsque j’écris, je suis guidée par mon inconscient », dit l’autrice, Kristín Eiríksdóttir.
Elle ne juge pas ses personnages, si incorrects, si immoraux soient-ils, et expose crûment leurs failles. Ici, à force de tourner autour du pot, les protagonistes vont enfin avouer ce qu’elles « ont besoin de nettoyer », besoin qui, pour Dagny, a motivé son invitation. La dernière séquence, qui révèle le fin mot de l’histoire, laissera la question en suspens : quelle est leur part de culpabilité dans le drame qu’elles dévoilent alors et qui remonte à leurs quinze ans ? Et peut-on s’amnistier de ses fautes de jeunesse entre complices ?
« On ne nettoie pas des sentiments », dit l’une d’elles. Au spectateur d’en juger.
Il aura aussi peut-être envie de faire plus ample connaissance avec l’œuvre de Kristín Eiríksdóttir, artiste peintre, performeuse, poétesse, romancière et dramaturge, née à Reykjavík en 1981. Ses écrits explorent les traumatismes enfouis de personnages, souvent atypiques ou borderline. Son roman, La Matière du chaos, paru en 2017, traduit en français par Jean-Christophe Salaun, révèle des secrets de famille dans la course contre la montre d'une femme poursuivie par l'oubli. Son dernier roman, Outil (Tól), évoque l’addiction à l’alcool et à la drogue, un sujet qu’elle connaît bien. Hystory est sa deuxième pièce. Créée le 27 mars 2015 au Théâtre de la Ville de Reykjavik, elle fut saluée par la critique, obtenant quatre nominations au Masque (le Molière islandais).
Hystory de Kristín Eiríksdóttir. Traduit de l’islandais par Raka Àsgeirsdòttir et Claire Béchet
• Mise en scène Andréa El Azan et Raka Àsgeirsdòttir • Avec Alice Gozlan, Andréa El Azan, Caroline Marcos • Création musicale Étienne Glénat • Création Lumière Noémie Rade • Photos et vidéos Christian Helgi Beaussier • Soutiens Anis Gras (Le lieu de l’autre), Ministère de la Culture d’Islande • Création en novembre 2025 à Anis Gras, Arcueil • Durée 1h10
Les 17, 19, 24,26 septembre ; 1, 3, 8, 9, 10 octobre 2026, 20h
Théâtre de La Reine Blanche, 2 bis Passage Ruelle, 75018 Paris T . 01 40 05 06 96