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Arts-chipels.fr

Manger un phoque. Une pièce pour enfants énigmatique.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Selon des parcours croisés, une fratrie, une vieille dame, un chauffeur de bus et des animaux exotiques composent une fresque entre réalité et fantastique. Une épopée insolite et joyeuse, servie par les comédiens de l’école Supérieure d’Art Dramatique de Paris (ESAD) et mise en scène par Matthieu Roy.

Un parcours initiatique

La pièce se compose de situations qui s’entrecroisent, sans rapport avec son titre. Au centre de l’histoire, Picot. Il vit avec son frère et sa sœur aînés dans une grande ville, au cœur de l’hiver. Il prend le bus tous les matins, conduit par Monsieur Gustave, étrange chauffeur venu de Russie. Ses aînés rêvent, l’une de ranger les avions sur le tarmac en dansant avec eux, l’autre de quitter l’usine pour devenir architecte de ronds points. Picot, lui, voudrait retrouver sa mère. Livré à lui-même, au lieu d’aller à l’école, il rend visite une vieille dame. Celle-ci, venue de l’autre côté de l’océan, a perdu la mémoire de son pays et vit avec un ours polaire imaginaire… Parallèlement, un lion, un tigre, une girafe, un zèbre, échappés du zoo, regagnent leur jungle en bateau, en compagnie de l’ours polaire…

Un diptyque pour jeunes interprètes

Manger un phoque offre un nombre de rôles conséquents aux élèves de l’école Supérieure d’Art Dramatique de Paris (ESAD), laquelle propose une formation d’acteur-créateur « défendant les écritures et esthétiques nouvelles ». Ce spectacle a été créé, avec la même distribution, en résonnance avec Peer Gynt, au Festival d’été de la Maison Maria Casarès (du 25 juillet au 15 août 2026), et les onze actrices et acteurs ont pu ainsi s’initier au spectacle jeune public, dans cette première étape de leur carrière professionnelle.

Matthieu Roy utilise le même dispositif scénique que celui de Peer Gynt : rails circulaires et échafaudage central qui figure la maison des enfants, en bas, et celle de la vieille exilée, en haut. Dans ces espaces humains s’ébattent les animaux qui ont retrouvé leur liberté. Dans leurs costumes en peluche à taille humaine et leurs masques démesurés, réalisés par Charlotte Le Gal, les comédiens leur assurent une belle présence. Ils ne paraissent guère plus énigmatiques que le quasi-mutique chauffeur russe, la voisine un peu fofolle disparue dans une couverture qui rend invisible, ou la mère qui apparaît en offrant des cookies à tout le monde. Pour figurer ces mouvements, la chaise roulante, posée sur les rails, fait office de train, bateau, et pourquoi pas de fusée interstellaire construite par le frère de Picot.

Le jeune héros trouvera-t-il enfin sa voie au milieu de ce joyeux carnaval ? À l’instar de Peer Gynt, il s’agit ici d’un parcours initiatique, entre vie et rêve, mais le héros n’a rien de négatif, il s’interroge simplement sur sa place dans le monde, au milieu de personnes déplacées ou parties dans leurs rêvasseries. Est-ce qu’on mange du phoque en Russie, comme le prétend le chauffeur du bus ? Et la voisine, perd-elle la tête ou est-ce que son ami l’ours existe ? Où a-t-elle disparu ? Toutes ces questions restent ouvertes. Il appartient aux enfants d’y répondre à l’issue de la représentation, où est organisé un échange entre eux et les artistes.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Une fidélité metteur en scène / autrice

Matthieu Roy, qui codirige avec Johanna Silbertein la Maison Maria Casarès à Alloue et la Scène Maria Casarès à Poitiers, est depuis toujours attentif aux dramaturgies contemporaines. Il avait déjà créé une pièce de Sophie Manceron, Je suis un lac gelé. C’était aussi l’histoire d’un petit garçon qui, comme Picot, est plongé dans un univers à la lisière du fantastique et de la réalité, pris dans les remous d’un parcours initiatique qui l’aide à grandir.

Parmi les textes théâtraux destinés au jeune public, l’univers de Sophie Manceron vaut d’être découvert. Comédienne de formation, elle a fondé et dirige, avec deux autres partenaires, L’Ogre à Plumes, espace de création dédié à la littérature (Paris 11e). Depuis, elle se consacre majoritairement à l’écriture théâtrale avec succès. Après Des balles qui se perdent, présenté en 2020 au Théâtre National de Strasbourg, Stanislas Nordey lui passe commande d'un texte qui fera partie d'une série intitulée : Ce qui Respire (éditions Espaces 34). Manger un phoque (École des loisirs, 2020) reçoit le Grand Prix de Littérature dramatique Jeunesse en 2021, puis Nebraska est mise en scène en 2023 au Lieu Unique par Guillaume Bariou. Enfin, Kingsland, sa dernière pièce, est publiée aux éditions Espace 34 en 2026.

Manger un phoque Texte Sophie Merceron (École des loisirs, 2020)
• Mise en scène et scénographie Matthieu Roy • Costumes Charlotte Le Gal • Création lumière Manuel Desfeux • Avec Mathieu Capella, Souad Dantas, Aurélien Gerhards, Mahaut Grasset, Léa Launay, Domitille Leboeuf, Max Lochon- Bertrand, Steven Injiraky, Paul-Arnaud Rivière et Emmanuelle Vintache • Production déléguée La Scène Maria Casarès • Coproduction Les Plateaux Sauvages • Coréalisation Les Plateaux Sauvages • Avec le soutien de La Maison Maria Casarès, Compagnie VEILLEUR®, du Fonds d’Insertion pour Jeunes Comédiens de l’ESAD – PSPBB • Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages • Tout public • Durée 50 min.

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