25 Septembre 2026
En ces temps de crise où le théâtre public se cherche un nouveau souffle, Olivier Neveux revient à Bertolt Brecht, comme hypothèse de réconciliation entre théâtre et politique.
Pourquoi le théâtre ?
C’est la question que pose l’auteur de Contre le théâtre politique (2019) dans son premier chapitre en forme de préface. Sa réponse s’appuie sur B.B. : « Le monde est à coup sûr sorti de ses gonds, seuls des mouvements violents peuvent tout réemboîter. Mais il se peut que, parmi les instruments servant à cela, il y en ait un, petit, fragile, qui réclame qu’on le manipule avec légèreté », à savoir le théâtre. Olivier Neveux poursuit son exploration des rapports entre théâtre et la politique en analysant les outils laissés par le dramaturge, poète, metteur en scène et théoricien Bertolt Brecht (1898-1956).
Mais le théâtre a-t-il été et est-il encore une arme dans la lutte antifasciste et anticapitaliste comme le concevait Brecht, étant donné son rapport ambigu avec les pouvoirs en place ? Il s’agira, dans ce livre, principalement du théâtre dit public en raison de sa dépendance financière aux institutions et de sa mission de service public. On y revient par le menu sur les positions de Brecht, sur sa perception par les exégètes, sur l’héritage qu’il a transmis aux artistes d’aujourd’hui et sur l’usage qu’ils en font, ou pas.
Il s’agit aussi d’interroger à la fois la puissance et les limites politiques de la scène.
Questionner Brecht
« L’image de Brecht telle que l’a figée la doxa n’est qu’un mythe mensonger, destiné seulement à sceller autour d’une figure momifiée l’illusion d’une compatibilité entre le marxisme et l’aventure de l’art moderne », écrit Olivier Neveux. Pour certain, Brecht égale communisme, lequel est mort au Cambodge ou à la Kolyma, là où le marxisme a révélé la monstruosité de son incarnation. Selon d’autres, il n’est plus temps de monter Brecht de manière politique.
Olivier Neveux n’en pense pas moins : pour lui, il faut relire Brecht à l’aune des « mauvais temps nouveaux » qui furent les siens pour appréhender les nôtres. Il nous permet de « construire une hypothèse parmi d’autres pour le théâtre politique ». Bien sûr il faut relativiser : ce qui vaut pour un temps s’amende au suivant. Par exemple, Brecht écrivait : « Parler des arbres est presque un crime / puisque c’est faire silence sur tant de forfaits ! » La situation a changé ; désormais, faire silence sur les arbres, c’est minorer un forfait, celui que le capital commet. D’autre part, il n’est pas question chez l’auteur allemand des génocides, du racisme, du sexisme ni d’autres problèmes actuels traités aujourd’hui au théâtre.
Pour Olivier Neveux, il s’agit essentiellement de « regarder au travers de Brecht, comme on le fait au travers d’un rideau ou d’une lunette. Brecht comme penseur du théâtre plutôt que comme auteur de pièces ». Il sera ici peu question de ses œuvres théâtrales, mais, des outils qu’il a utilisés : distanciation, réalisme, fiction, gestus, dialectique marxiste, et de comment en disposer, ou pas aujourd’hui.…
Réponses à B.B.
Écrire sur Brecht alors que des tonnes de textes et de commentaires lui ont été consacrés, c’est aussi analyser quelles formes les artistes d’aujourd’hui proposent avec ou sans lui car son ombre rôde toujours dans les parages. Des centaines de penseurs, dramaturges, écrivains, politologues sont convoqués dans l’ouvrage, à charge ou à décharge, aussi divers que Günther Anders ou Walter Benjamin en passant par Lénine, Chateaubriand et Jacques Rancière. Par exemple Edward Bond dit le rejeter parce qu’il est « dépassé » et le surréaliste Radovan Ivšić le traite de « geôlier de l’imaginaire ». Le réalisme est ici l’enjeu de leur opposition. Pour réconcilier toutes ces positions, Olivier Neveux fait appel à une expression de Walter Benjamin, trouvée dans le brouillon de sa conférence radiophonique, Bert Brecht (1930). Ce théâtre, écrit-il, est un « laboratoire de la multilatéralité ».
Et surtout l’auteur ne perd pas de de vue la scène contemporaine. Il montre ici, pour étoffer son sujet, comment des artistes tels que Christiane Jatahy, Tiago Rodrigues, Angelica Liddell, Maguy Marin, Rébecca Chaillon… contribuent à renouveler les formes pour inventer non pas ce que peut-être un théâtre politique, mais comment la politique peut engendrer des inventions théâtrales et de nouvelles radicalités. À cet égard, Bernard Sobel est longuement sollicité. Il convient, dès lors, d’envisager autrement ce que peut le théâtre pour les luttes, afin de contester, voire de détruire de l’ordre existant. Tout en réussissant l’équation difficile d’un art exigeant, populaire et combatif, au service du plus grand nombre.
Ces épineuses questions, largement envisagées et étayées par l’érudit, appellent à débat. Une bonne raison pour assister aux présentations de son livre. La prochaine rencontre se tiendra à la Maison des Métallos, à Paris.
Brecht et les mauvais temps nouveaux (éd. La Fabrique, juin 2026)
Présentations – débats
30 septembre 2026 à 19h30, à la librairie de la Maison des Métallos 94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris
2 octobre 2026 à la librairie Terre des livres (Lyon)
12 octobre 2026 la librairie Le cadran lunaire (Mâcon)
14 octobre 2026 librairie Lire (Bazas)
17 octobre 2026 Théâtre 2·21 (Lausanne)
24 octobre 2026 librairie Quai des Brumes (Strasbourg)
3 novembre 2026 librairie Livre aux trésors (Liège)
23 novembre 2026 librairie Tropismes (Bruxelles)