Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Arts-chipels.fr

The Other Place, After Antigone. De la tragédie grecque au drame familial.

De gauche à droite : Imogen Elliott (Issy), Tylan Grant (Leni), Ella Bruccoleri (Annie), Alicia Charles (Erica) et Nick Fletcher (Chris). Tournée européenne de The Other Place. Photo © Martin Argyroglo pour A. Zeldin Company

De gauche à droite : Imogen Elliott (Issy), Tylan Grant (Leni), Ella Bruccoleri (Annie), Alicia Charles (Erica) et Nick Fletcher (Chris). Tournée européenne de The Other Place. Photo © Martin Argyroglo pour A. Zeldin Company

Alexander Zeldin réinterprète la tragédie de Sophocle, Antigone, en projetant ses personnages dans le monde contemporain. Quand la question du pouvoir se déplace à l’intérieur des familles, la violence demeure.

Une maison à la construction très élaborée. En fond une immense baie vitrée ouvre sur ce qu’on découvrira être un jardin. De chaque côté, des passages et des portes, d’accès au jardin, à cour, d’accès aux chambres, par un escalier, à jardin. L’arrivée des comédiens par la rue, elle se fera depuis la salle. Le public est devenu le témoin, le voisin-voyeur de cette famille dont on va voir très vite le vernis craquer. Il l’observe, depuis sa fenêtre.

Salon cosy, coin cuisine chic et table offrent un aspect confortable, bourgeois. On n’est pas chez les prolos… La famille « propre sur elle » qui y est réunie est un assemblage. À côté de Chris, le « maître » de maison, sa femme Alicia ne cesse de s’étendre sur leur chance de disposer des lieux, sous le regard placide de leur fils Terry et de la jeune Issy, partie prenante de l’aventure, en présence du frère de Chris, Leni, un marginal anticonformiste qui prend une position goguenarde et critique face à l’événement.

De gauche à droite : Imogen Elliott (Issy) et Ella Bruccoleri (Annie). Tournée européenne de The Other Place. Photo © Martin Argyroglo pour A. Zeldin Company

De gauche à droite : Imogen Elliott (Issy) et Ella Bruccoleri (Annie). Tournée européenne de The Other Place. Photo © Martin Argyroglo pour A. Zeldin Company

Évacuer le souvenir du mort

Par petites touches on découvre la situation. Le frère de Chris est décédé et Issy, sa fille, vit avec la famille de son oncle. On comprendra, des sacs remplis d’affaires diverses déposés là, qu’on vide les lieux de leurs « scories » – les affaires du précédent propriétaire – pour prendre possession des lieux. Un grand débarras qui va inclure, pour faire le vide, les cendres du mort qui trônent encore dans la maison. Un partage des dépouilles qui vise à éradiquer la présence du mort dont les cendres seront dispersées ailleurs, en grande pompe, par la famille.

Mais voici que s’invite une trublionne : Annie, la fille aînée du mort, qui avait pris le large et revient, sac au dos, se mêler des affaires de la famille. Et Annie, contrairement à sa sœur, ne veut pas qu’on efface son père du tableau. Elle s’oppose à la dispersion des cendres, cherche à imposer le maintien de l’urne dans la maison. Des ballots de vieux vêtements, que son oncle destine à la déchèterie, elle tire un pantalon et une chemise, endossant, symboliquement, la personnalité du père.

Tout est prêt pour le grand déchirement et les règlements de compte dont la violence va crescendo mais dont l’issue n’est pas exactement celle qu’on prévoyait.

De gauche à droite : Nick Fletcher (Chris) et Ella Bruccoleri (Annie). Tournée européenne de The Other Place. Photo © Martin Argyroglo pour A. Zeldin Company

De gauche à droite : Nick Fletcher (Chris) et Ella Bruccoleri (Annie). Tournée européenne de The Other Place. Photo © Martin Argyroglo pour A. Zeldin Company

After Antigone

Sollicité par le National Theatre of Great Britain, à Londres, pour créer une pièce inspirée d’Antigone de Sophocle, Alexander Zeldin en dévie le propos. Transposant la fable dans le monde contemporain, il en modifie en même temps l’argument principal. Pour renforcer davantage le refus d’Antigone-Annie, c’est son père et non son frère qu’il fait mourir. Le Père, la figure tutélaire autour de laquelle tournent l’autorité et le pouvoir que Chris-Créon prétend s’arroger. Si l’auteur conserve le rôle de la jeune sœur rentrant dans le rang, il renforce les liens de famille en faisant de Chris-Créon l’oncle d’Annie.

C’est donc dans le huis-clos étouffant de ce groupe d’individus lancés dans le meurtre symbolique du Père, pour des motifs divergents qui éclateront et prendront de l’ampleur au fil de la pièce, que s’installe un climat de violence qui finira dans le drame. Car chacun, à son niveau, rue dans les brancards : Terry, le jeune homme, qui oppose à ses parents une insolence à peine voilée ; Leni, dont le détachement vaut distance ; Sissy, écartelée entre son amour pour sa sœur et sa soumission à une certaine « norme » ; et Chris, précédemment spolié par son frère – du moins le voit-il ainsi – qui ambitionne de devenir, enfin, calife à la place du calife. Seule la femme de Chris, Erica, se voile les yeux même quand la réalité les lui crève.

Haine et révolte, qui couvent sous le vernis des apparences, sont les deux mamelles d’un contre-pouvoir qui chemine insidieusement chez tous les personnages et, de manière ouverte, chez Annie.

L’escalade de la violence est chaque fois marquée par le déchaînement des éléments naturels – orage, tonnerre… – tandis que le plafond lumineux qui surmonte les personnages, clôt l’espace de la maison et la transforme en boîte où s’agitent tous les maux de la terre, fait échapper le décor, malgré son exactitude presque naturaliste, à un réalisme pur pour donner une dimension fantasmatique à ces relations familiales.

Alexander Zeldin nous a habitués à ce tout près du réel qui déraille et les comédiens s’inscrivent parfaitement dans ce décalage presque anodin qui, de léger, s’intensifie au fil du spectacle. Il n’empêche que la situation présentée par la pièce et le traitement qui en est fait dégagent un sentiment de déjà-vu et qu’on se sent frustré de voir le propos sur l’État et le pouvoir, traité par Sophocle, ramené au quotidien d’une situation familiale, d’autant que l’auteur-metteur en scène en rajoute dans l’imbroglio familial en donnant à l’opposition entre Chris et Annie un autre sens que politique.

Si l’exercice de style est brillant et s’il y a quelque chose de pasolinien dans la manière dont l’auteur « défait » la famille, on perd, dans The Other Place, de la force à passer de la tragédie au drame. Du combat d’Antigone, Sophocle reste le grand vainqueur.

De gauche à droite : Imogen Elliott (Issy) et Jerry Killick (Terry). Tournée européenne de The Other Place. Photo © Martin Argyroglo pour A. Zeldin Company

De gauche à droite : Imogen Elliott (Issy) et Jerry Killick (Terry). Tournée européenne de The Other Place. Photo © Martin Argyroglo pour A. Zeldin Company

The Other Place, After Antigone
Texte et mise en scène Alexander Zeldin Scénographe et costumes Rosanna Vize Lumières James Farncombe Composition musicale Yannis Philippakis Design sonore Josh Anio Grigg Travail gestuel Marcin Rudy Directeur de casting Jacob Sparrow Assistant metteur en scène Sammy J. Glover Coordinatrices des scènes d’intimité Katharine Hardman pour EK Intimacy Chorégraphe des combats Sam Lyon-Behan Coach vocal Cathleen McCarron Dramaturgie Faye Merralls, Sasha Milavic Davies Avec Ella Bruccoleri (Annie), Alicia Charles (Erica), Imogen Elliott (Issy), Nick Fletcher (Chris), Tylan Grant (Leni), Jerry Killick (Terry) Production originale National Theatre of Great Britain en association avec A. Zeldin Company Production en tournée A. Zeldin Company Coproduction Théâtre de la Ville-Paris – Festival d’Automne à Paris – Les Théâtres de la Ville de Luxembourg – Comédie de Genève Coréalisation Théâtre de la Ville-Paris – Festival d'Automne à Paris À partir de 15 ans Durée 1h30 Spectacle en anglais, surtitré en français

19 - 26 septembre 2026 20h / dim. 15h / sam. 26 sept. 15h + 20h
Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt - 2, place du Châtelet - Paris 4
www.theatredelaville-paris.com
TOURNÉE 2026
1er octobre 2026 Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg
8-14 octobre 2026 Comédie de Genève - Suisse

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article