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Arts-chipels.fr

Un garçon d’Italie. Voyage dans une homosexualité qui se découvre.

Mathieu Touzé. Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Mathieu Touzé. Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Dans une mise en scène très minimaliste, Mathieu Touzé aborde à trois voix l’histoire d’un trio amoureux – la femme, le compagnon, l’amant – dans la configuration triangulaire homosexuelle de Philippe Besson.

Un homme est tombé à l’eau et s’est noyé. Suicide ou assassinat ? L’enquête de routine de la police la conduit à s’intéresser à ceux qui lui furent le plus liés : sa compagne, et celui dont il fut amoureux : un jeune prostitué.

Le choix du monologue

Sur la scène, un homme vient d’apparaître, de dos, dans un éclairage nocturne, quasi irréel, sur une musique forte et scandée. Dans une succession de noirs et de trouées lumineuses, deux autres personnages surgiront et disparaîtront : un homme et une femme. Puis la lumière se fait sur le premier homme revenu. Il raconte une étrange histoire dans laquelle il se présente lui-même alors que le scalpel entame ses chairs.

Maintenant face au public, c’est un mort qui nous parle, qui contemple sa vie depuis l’autre côté. Les deux autres personnages, eux, sont vivants et chacun à sa manière viendra témoigner de ce que fut le mort et de son lien avec lui.

Sur trois voies parallèles, chacun isolé dans son halo lumineux, sans se rencontrer, ils prennent la parole tour à tour pour raconter leur propre version de leur rapport avec le mort – qui de son côté dévoilera progressivement le rapport qu’il entretient avec eux et les raisons de son décès.

Yuming Hei, Maud Wyler et Mathieu Touzé. Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Yuming Hei, Maud Wyler et Mathieu Touzé. Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Une histoire-puzzle en forme de récit d’investigation

D’un côté, il y a la compagne « officielle » que le mort n’a jamais voulu épouser, mais qu’il aimait sincèrement. Elle « gère » sa mort, les faire-part, les invités, la relation à la mère du décédé tout en se demandant, comme la police qui l’interroge , pourquoi et comment la tragédie est arrivée. Une expression fugace sur le visage de la mère, un interrogatoire un peu « poussé » des policiers l’inciteront à chercher dans les affaires du mort les raisons possibles de son décès.

De l’autre côté, il y a ce jeune homme qui fait commerce de son corps dans des toilettes de gare avec d’autres hommes et parle de celui qu’il a passionnément aimé – on comprendra que c’est du mort qu’il s’agit.

Les récits se poursuivent. Chacun donne « sa » version du mort, jusqu’à ce que, peu à peu, elles se rejoignent à travers la rencontre des personnages et se complètent pour offrir une vision complexe de la personnalité du décédé. Chacun, ensuite, reprendra sa route vers son accomplissement personnel tandis que le mort éclaircira les raisons de sa fin.

Mathieu Touzé. Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Mathieu Touzé. Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Une écriture marquante

Avec sa comédienne et ses comédiens, enfermés dans une gestuelle proche de l’immobilité, réduits à n’être, d’une certaine manière, que voix, énonciations, la pièce, déroutante au début dans son abstraction, interpelle. Non par l’intrigue « policière » qui n’a que peu de poids mais par la suite de monologues qui fixent le projecteur, chaque fois, sur une facette différente du mort. On se glisse dans le désarroi de cette femme qui ne parvient plus à s’orienter ni à comprendre une situation qui échappe aux codes qu’on lui a, malgré elle, inculqués. On se laisse progressivement prendre par ce récit d’une homosexualité naissante qui aborde sans pudeur inutile mais sans provocation non plus la précarité et les difficultés auxquelles sont confrontés, au quotidien, les homosexuels.

Philippe Besson, dont le style a des faux airs de Marguerite Duras, a fait de son homosexualité, des difficultés qu’elle occasionne dans notre société et de leurs conséquences l’un de ses chevaux de bataille. Qu’il consacre un roman à Marcel Proust, qu’il évoque, à travers Arrête avec tes mensonges, sa rencontre amoureuse avec un camarade de lycée à Barbezieux ou la passion entre deux hommes durant la Première Guerre mondiale avec En l’absence des hommes, ou encore qu’il s’intéresse au harcèlement que subit un adolescent en raison de son homosexualité dans Vous parler de mon fils – un texte qui fait aussi l’objet d’une mise en scène de Mathieu Touzé, présentée en même temps qu’Un garçon d’Italie au Théâtre 14 –, la difficulté de vivre socialement l’homosexualité fait escorte à son œuvre. Que celle-ci s’accompagne d’un beau style, déshabillé jusqu’à l’os par l’actrice et les acteurs, lui donne une véritable dimension…

Vous parler de mon fils. Crédit Collectif Rêve concret.

Vous parler de mon fils. Crédit Collectif Rêve concret.

Un garçon d'Italie
S D'après le roman éponyme de Philippe Besson (éd. Julliard)S Mise en scène et adaptation Mathieu Touzé S Avec Maud Wyler , Yuming Hey et Mathieu Touzé S Création lumière Renaud Lagier S Administration/Diffusion Hélène Thil S Production Collectif Rêve ConcretS Avec le soutien du Théâtre Ouvert à Paris, du Théâtre Montansier de Versailles et du Département de l'EssonneS Création 2016S Durée 1h20

Du 3 au 29 mars 2026 , mar.-ven. 19h, Sam. 16h, dans le cadre du Temps fort Philippe Besson
Théâtre 14 - 20 avenue Marc Sangnier 75014 - Métro Porte de Vanves
Rés. theatre14.mapado.com / 01.45.45.49.77

Dans le cadre du Temps fort consacré à Philippe Besson , Mathieu Touzé présente également un seul en scène, qu'il joue, tiré du roman éponyme de l'auteur, Vous parlez de mon fils (éd. Julliard). Il a rencontré en scène un père dont le fils, Hugo, vient de se suicider. Remontant le temps, le père rencontré à nu, les mécanismes du harcèlement scolaire et de l'homophobie ordinaire qui ont conduit son fils à mettre fin à ses jours. Du 3 au 29 mars 2026 , mar.-ven. 21h, Sam. 18h

Du 30 mars au 26 mai 2026, Studio Hébertot, Paris. Lun. 19h, mar. 21h

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