24 Mars 2026
La diva viendra-t-elle faire ses adieux à la scène ? Antoine Heuillet ménage le suspense, dans un seul en scène virevoltant. Un hommage aux stars disparues.
En attendant Madeleine
Ce soir, on attend Madeleine Tornade : elle doit se produire pour la dernière fois dans Antigone, avant de quitter définitivement les planches. Le dénommé Antoine, ouvreur de son métier, accueille le public, veille à son confort. Il annonce qu’il faudra encore patienter : le mécanisme du rideau de scène est en panne. Puis, pas de chance, c’est l’assistante du metteur en scène qui fait un malaise. Ensuite, voilà le régisseur qui s’emmêle dans ses réglages, au grand dam de la redoutable agente de la star, venue assister à la représentation.
Rien ne va plus quand l’ambulance chargée de véhiculer Madeleine, plus très vaillante, de son EPHAD jusqu’au théâtre, loupe un virage... Bref, notre ouvreur a fort à faire pour garder les spectateurs en éveil. Ce ne sont pas les rebondissements qui lui manquent, l’occasion pour lui d’endosser de nombreux rôles.
Mais où sont les stars d’antan ?
Antoine Huillet nous offre un voyage dans les coulisses d’un théâtre, sorte d’hommage à tous ceux que le public ne verra jamais sur scène mais qui, dans l’ombre, font face aux aléas d’une représentation théâtrale.
Il nous parle aussi de sa fascination pour une époque devenue mythique à ses yeux, qui a vu briller des vedettes aujourd’hui disparues : « Ce spectacle est né d’un diagnostic médical. Je souffre d’un trouble au nom étrange, l’anémoia, la nostalgie pour une époque que l’on n’a pas connue. [...] Je suis hanté par un temps que je n’ai pas vécu, des images, des voix, des figures disparues qui me poursuivent [...] et surtout des visages féminins, presque tous absents avant même ma naissance. »
Sous couvert de comédie, l’artiste évoque les grandes figures féminines d’autrefois, autant d’étoiles au firmament des mémoires, qui, fantômes d’un art éphémère, peuplent encore son imaginaire. Cette Madeleine Tornade, il l’incarne en creux. Il est quelque sorte, son héritier.
Heuillet la Tornade
Jouant avec les codes du comique, du burlesque, de la pantomime et de la parodie, le comédien n’hésite pas à en faire des kilos, à charger la caricature de l’agente artistique, à se moquer sans compter des chroniqueurs du petit écran, voire à exagérer l’état cacochyme de la star nonagénaire. Homme de toutes les situations, il tient son public en haleine sans temps mort. Au bout du chemin, il évoque avec mélancolie ses chères disparues que Madeleine a rejointes quelque part dans le ciel : Dalida, Maria Casarès, Jacqueline Maillan et bien d’autres ..
Physique bondissant, physionomie un rien rêveuse, l’acteur n’a certes pas froid aux yeux en affrontant le monstre sacré qu’est le spectre de Madeleine Tornade, et en portraiturant tous ceux qui accompagnent sa carrière fictive.
Nous n’entendrons pas Antigone mais nous entrerons dans l’univers déjanté de l’auteur interprète, en quête d’un mythe.
Issu de l’É́cole du Nord, comme beaucoup d’artistes programmés dans le cycle l’Envolée au Théâtre Nanterre-Amandiers, Antoine Heuillet a déjà fait ses preuves dans plusieurs spectacles, notamment sous la direction d’Alain Françon dans En attendant Godot de Samuel Beckett (La Scala Paris, 2023), Les Voisins de Michel Vinaver et Un chapeau de paille d’Italie d’Eugène Labiche.
Avec Mais où est donc passée Madeleine Tornade ? il signe son premier spectacle. On le reverra bientôt dans Courir à la catastrophe, tragédie d’un garçon maladroit et rêveur, une fiction autobiographique à La Flèche.
Mais où est donc passée Madeleine Tornade ?
S De et avec Antoine Heuillet S Collaboration artistique Hugues Jourdain S Remerciements à Louis Albertosi et Zakary Bairy S Production Fonds de Dotation des Amandiers
Programmé dans le cadre de l’Envolée, par le Théâtre Nanterre-Amandiers, Mais où est donc passée Madeleine Tornade fait partie des spectacles « en balade » : 9 mars 2026, Conservatoire de Rueil-Malmaison ; 10 mars, Université Paris Nanterre ; 14 mars, Médiathèque Pierre et Marie Curie, Nanterre
Courir à la catastrophe du 1er avril au 3 mai 2026, les mercredis à 21h
La Flèche, 77 rue de Charonne, 75011 Paris T. 01 40 09 70 40