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Arts-chipels.fr

La Disparition du paysage. La dernière fenêtre…

© Aglaé Bory

© Aglaé Bory

Denis Podalydès, dans une quasi- immobilité et avec une économie de moyens remarquable, réussit à faire exister fortement l’histoire d’un homme enfermé dans une chambre énigmatique. Une interprétation saisissante…

Un immense écran s’ouvre en fond de scène. Les nuages défilent dans le ciel qu’on aperçoit par la fenêtre. Devant se tient un homme installé dans un fauteuil roulant. Il parle de journées toutes identiques, d’un temps passé sans discontinuité. Il ne sait pas depuis combien de temps il est là. Il ne se souvient pas pourquoi il est là, s’il a été victime d’une chute, d’un accident de voiture ou d’un attentat. Il ne sait plus non plus qui il était. Peu à peu, avec le temps qui s’écoule, au fil de la contemplation des rides que forme le sable sur la plage, de la pluie qui brouille la vision, des lampes qui brillent d’une lumière tremblotante dans la nuit, des bribes de mémoire remontent à la surface. Comme des fragments éclatés qui vont se recomposer pour reconstruire toute son histoire.

© Aglaé Bory

© Aglaé Bory

Un espace onirique

La pièce chemine en permanence entre le réel et l’imaginaire. Ce qu’on voit et ce qu’on entend est-il ce que voit et entend réellement le personnage ou bien une projection de son imaginaire ? L’image de son enfermement est-elle physique ou mentale ? Et quelle est la nature de la déflagration qui l’a conduit dans cette chambre ? Le brouillard qui envahit la fenêtre et donne à la pièce une luminosité intense mais irréelle est-il un phénomène physique ou la confusion de l’esprit et de la conscience du témoin immobile qui le contemple ? On est dans un entre-deux, dans un no man’s land où tout est possible, où l’on peut passer de la plage d’Ostende à la ville de Tokyo, avec son envahissement lumineux bigarré, du café Métropole au métro à Bruxelles – peut-être au moment de l’explosion. Dans cet espace abstrait qui découpe le personnage en ombre chinoise, la frontière entre réalité et fantasme a disparu, on est dans l’espace de la projection…

© Aglaé Bory

© Aglaé Bory

La fenêtre comme un espace mental

La fenêtre est l’écran sur lequel s’enchaînent les épisodes. Tel un rouleau de théâtre qui ferait défiler le paysage, elle est le cadre dans lequel s’inscrivent les souvenirs. Elle est le chemin par lequel le monde extérieur s’engouffre. Sa lumière aveuglante marque le caractère intolérable du réel. Elle développe le long travelling d’une vie en train de se perdre. Elle devient un personnage, changeant de forme au gré des errances mentales de l’homme enfermé dans le fantasme de sa vie, un espace vivant avec lequel il joue, plus seulement en l’observant mais en rentrant dedans, en se heurtant au mur invisible qu’elle lui oppose. Et lorsqu’à la fin un chantier métaphorique occulte peu à peu la vue qu’elle laisse passer, elle s’obture, tel un objectif d’appareil photo, telle aussi la vie qui s’exprimait encore dans l’expérience de mort imminente que vit le personnage…

© Aglaé Bory

© Aglaé Bory

La Disparition du paysage. Texte Jean-Philippe Toussaint

S Scénographie et mise en scène Aurélien Bory S Avec Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie-Française S Lumières Arno Veyrat S Musique Joan Cambon S Co-scénographie Pierre Dequivre S Costumes Manuela Agnesini S Collaborateur artistique et technique Stéphane Chipeaux-Dardé S Production C.I.C.T. – Théâtre des Bouffes du Nord S Coproduction Compagnie 111 – Aurélien Bory ; Théâtre de la Cité - centre dramatique national Toulouse Occitanie ; TNB – Théâtre National de Bretagne ; Théâtre National du Luxembourg ; Théâtre Princesse Grace Monaco ; Les Hivernales du Festival d’Anjou ; La Coursive - Scène Nationale de La Rochelle S Ce spectacle a reçu une aide à la création de la Mairie de Toulouse.

Théâtre des Bouffes du Nord – 37 bis boulevard de la Chapelle – 7501 Paris

Du 18 au 27 novembre 2021

Rés. 01 46 07 34 50 www.bouffesdunord.com

Tournée

– les 2 et 3 décembre 2021 à l’Équinoxe, Scène nationale de Châteauroux

– le 1er février 2022 au MA, Scène nationale de Montbéliard

– le 10 février 2022 à l’Agora, PNC Boulazac-Aquitaine

– le 22 février 2022 au Rive Gauche, Scène conventionnée de St-Etienne-du-Rouvray

– le 25 février 2022 au Grand Théâtre d’Angers, pour les Hivernales du festival d’Anjou

– le 11 mars 2022 à l’Agora, PNC Boulazac-Aquitaine

– du 15 au 18 mars02022  au Théâtre de la Cité, CDN Toulouse Occitanie

– du 23 au 25 mars 2022 à La Coursive, Scène nationale de La Rochelle

– le 8 avril 2022 au Théâtre de Chelles

– le 19 avril 2022 au Théâtre du Luxembourg, Meaux

– les 11 et 12 mai 2022 à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy

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