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Arts-chipels.fr

Les Femmes de Barbe-bleue. Un conte cruel sur la perversité et les relations entre les sexes.

Les Femmes de Barbe-bleue. Un conte cruel sur la perversité et les relations entre les sexes.

Anne, ma sœur Anne… Le conte de Perrault fait partie de ces histoires qu’on raconte le soir aux enfants. Mais il n’est pas seulement une fable pour apprivoiser la peur…

La nouvelle femme de Barbe-bleue a organisé une splendide fête au château en l’absence de son époux. Elle serait au comble du bonheur n’était cette petite clé qu’il lui a laissée avec interdiction formelle d’ouvrir la porte de la pièce à laquelle elle donne accès. On connaît l’histoire. Elle hésite, se morigène, veut respecter la volonté de son époux. Mais ce qui est interdit n’en est que plus tentant et elle craque…

© Morgane Moal

© Morgane Moal

Une approche résolument contemporaine

Cette histoire fait partie de notre patrimoine mémoriel, elle est quasiment inscrite dans nos gènes culturels. La compagnie Juste avant la compagnie choisit de l’interroger, d’en presser le jus pour faire rendre gorge au(x) sens caché(s) derrière le conte « pour enfants ». Lorsque la dernière épouse de Barbe-bleue brave l’interdit et ouvre la porte dans le spectacle, elle livre accès à quatre femmes-zombies façon Nuit des morts-vivants. Chacune d’entre elles va, en nous racontant son histoire, nous livrer sa version de l’attitude de Barbe-bleue. Point ici de nobles dames aux beaux atours mais des femmes d’aujourd’hui qui parlent la langue de tous les jours et qui nous ressemblent.

© Morgane Moal

© Morgane Moal

Des archétypes féminins dans des situations d’aujourd’hui

Ces femmes représentent à elles quatre un large panorama des femmes d’aujourd’hui. Il y a la bourgeoise triomphante, fonceuse, qui se jette au cou de Barbe-bleue pour sortir de son milieu, de sa petite vie de gosse de riche et ne pas faire des quiches « comme maman », la petite jeune fille timide qui se laisse circonvenir et n’ose pas ouvrir la bouche, la journaliste indépendante qui se laisse prendre au jeu du beau ténébreux et que l’homme réduira au rang de chien, ramassant à quatre pattes avec sa bouche les effets déchirés qu’il a éparpillés, la jouisseuse un peu nympho, reflet inversé de l’attitude de certains « mâles », qui en veut toujours plus jusqu’à susciter le rejet.

© Morgane Moal

© Morgane Moal

Amour-addiction

Elles racontent leur sort de femmes confinées, enfermées, niées en tant qu’elles-mêmes, réduites à servir et à subir, même si leur esclavage est doré. Elles rendent manifeste le processus de domination à l’œuvre dans le conte et la perversité que celui-ci met en scène. Elles nous parlent aussi de ces femmes d’aujourd’hui, victimes de sévices qu’elles excusent chaque fois en pensant que demain sera un autre jour – la violence s’accompagne souvent ensuite de fleurs – ou qui perdent la vie parce qu’un homme, « plein d’amour », la leur a ôtée. Elles ont été séduites, elles aiment encore, elles voudraient dire mais n’osent pas. Toutes ensemble, elles vont s’attaquer à leur problème, trouver la ressource pour vaincre leurs appréhensions et leurs peurs, adopter une autre attitude, une autre manière de se comporter.

© Morgane Moal

© Morgane Moal

Une énergie communicative

Elles sont formidables, ces filles qui se mettent en scène et explorent le conte avec un humour ravageur. On rit beaucoup à les voir jouer leurs personnages et leur bourreau avec un brio et un entrain infatigables. En même temps le rire est jaune tant les connections s’établissent avec les situations d’aujourd’hui. Les histoires qu’elles racontent ont un accent de vérité qui ne trompe pas. Aussi, quand vient la femme qui les venge toutes et qui n’attendra pas que ses frères viennent à son secours, on comprend que, au-delà des situations fantasmées que développent les quatre mortes-vivantes, des solutions sont possibles dans le monde réel. Perrault est dépassé. La curiosité dite « des femmes » n’est pas un vilain défaut. Leur sexualité – peut-être symbolisée par la clé tachée de sang qui représente, selon Bruno Bettelheim, la tentation sexuelle – leur appartient. Quant aux violences qui leur sont faites – ça c’était déjà dans Perrault – elles méritent d’être punies.

Les Femmes de Barbe-bleue. Création collective

Mise en scène : Lisa Guez

Dramaturgie : Valentine Krasnochok, assistée de Sarah Doukhan

Avec : Valentine Bellone, Valentine Krasnochok, Anne Knosp, Nelly Latour

Du 27 au 20 novembre 2019 à 21h, le 1er décembre à 17h

Au Lavoir moderne parisien, 35 rue Léon – 75018 Paris

Tél. 01 46 06 08 05. Site : www.lavoirmoderneparisien.com

En tournée

14 décembre (16h30 et 21h), 15 décembre (14h et 18h) – JTN, 35 rue des Lions-Saint-Paul – 75004 Paris (dans le cadre du Festival Impatience)

3 et 4 mars 2020, Théâtre de la Verrière, Lille (59)

12 et 13 mars, L’Escapade, Hénin-Beaumont (62)

1er et 2 avril, Théâtre de la Parcheminerie, Rennes (35), dans le cadre du festival Mythos

15 mai, Théâtre les Tisserands, Lomme (59)

18 juin, Maine-et-Loire (38), dans le cadre du Festival d’Anjou

8 et 9 juillet, Nuits de Fourvières, Lyon (69)

Juillet, Théâtre des Carmes, Avignon, festival off (84)

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