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Arts-chipels.fr

Je choisis le printemps. La valse-hésitation d’un paralysé de la vie…

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Jean-Frédéric Lemoues choisit le personnage d’un clown, sans faux-nez ni maquillage outrancier, pour camper un doux rêveur, empêché et maladroit, qui cherche par tous les moyens, évidemment cocasses, à sortir de l’impuissance où trop d’interdits et de barrières l’ont confiné.

C’est un petit jeune homme propre sur lui, sanglé dans son veston, qui se retrouve sur scène. Tout au plus son pantalon, très évasé sur le bas, suggère-t-il qu’il se distingue d’un homme croisé dans la rue. Il arpente la scène, se tord nerveusement les mains, fait durer l’attente – un peu trop –, se réfugie derrière l’arrivée tardive de spectateurs avant de se décider à commencer.

Commencer ? Voire ! Car ce qu’il confesse c’est justement son impossibilité de commencer. Il n’a pas été capable, déclare-t-il avec ses mimiques d’angoisse, d’imaginer un commencement. Il a essayé mais il ne peut pas. Alors il va se lancer à corps perdu, sans filet, dans une logorrhée qui s’appuie d’abord sur ce que le public attend et sur ce qui manque – de l’inexistence de pendrillons de théâtre et d’accessoires retenus par nécessité et non par choix à l’expression d’une « sève » qui bouillonne en lui mais ne sort pas, puis sur des considérations existentielles : « Qui suis-je ? ou plutôt Que suis-je ? »

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Un clown à la poursuite de l’existence

Ce personnage de l’indécis, de l’empêtré dans des consignes dans lesquelles il reste prisonnier, il le nomme Pantoufle, comme pour signifier sa nature clownesque en même temps que son carcan d’habitudes, son enfermement dans un monde qu’il n’a pas écrit.

Il s’y attaquera en empruntant, tout au long du spectacle, des extraits de pièces qu’il fera siens. Pour avoir enfin quelque chose sur quoi s’appuyer. De Bérénice de Racine aux poèmes de Victor Hugo, en passant par le mal-être de l’« enfant du siècle », Alfred de Musset, il mène une traque à la conquête de lui-même, un combat, un corps-à-corps poursuivi sans relâche, qui l’oppose à l’héritage qui le compose.

« Ça va, toi ? Moi, ça va pas » en est le leitmotiv, à grand renfort d’une gestuelle qui se rapproche de la danse et va chercher, dans le jeu halluciné des doigts lancés dans une course contre la montre de l’inexistence et de la disparition et dans le jeu entre contrainte et libération des mouvements, un point d’appui qui s’esquive sans cesse. Et toujours le monde se dérobe sous ses pas. Et la lumière le fuit, et il cherche à la rattraper, à l’apprivoiser, à la maîtriser, à dompter, dit-il, « mes autres avec moi ».

Il y a de la colère qui transparaît face à ce qui est. Il y a la volonté, arrachée au désespoir, de changer les choses. Il y a de la recherche éperdue d’un bonheur qui le fuit, avec, comme en écho, l’Invitation au voyage de Baudelaire – « Songe à la douceur / D’aller là-bas vivre ensemble ! ». On y trouve le désir de ne pas rester coincé là, de recoller des morceaux épars, de se libérer des impedimenta qui le corsètent. Des accents de vérité qui touchent.

C’est par là, sans doute, que ce spectacle, soigné dans ses détails mais pas toujours maîtrisé dans son déroulé, qui tourne un peu en boucle et parfois maladroit, trouve le chemin par lequel il atteint le spectateur. Il y a en germe une forme en train de se développer, de prendre son essor, et ce propos-là mérite qu'on s'y attarde.

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Phot. © Christophe Raynaud de Lage

Je choisis le printemps
• Écriture & jeu Jean-Frédéric Lemoues • Collaboratrice artistique Octobre Chabrol • Créateur lumières Félix Le Cloarec • Créateur son John M. Warts • Créatrice costume Lucie Duranteau • Production La Compagnie Extra Muros • Coréalisation Théâtre La Flèche • Administratrice Amandine Scotto • Avec le soutien de L’Étable de la Compagnie des Petits Champs • Résidences de création Les Tréteaux de France – Centre Dramatique National • Durée 1h10

Du 8 octobre au 10 décembre 2026, les jeudis 19h
Théâtre La Flèche 77 rue de Charonne 75011 Paris
theatrelafleche.fr Tél. 01 40 09 70 40

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