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Arts-chipels.fr

C’est pas la mer à boire. Et si on évitait seulement de boire la tasse ?

Phot. © Nathan Montrelay

Phot. © Nathan Montrelay

Place à un imaginaire débridé pour dire le mal de vivre de toute une génération ! Blanche Sottou, à travers le miroir de ses multiples âges, se dépense sans compter dans le déploiement d’énergie d'une jeunesse où l’on se perd pour éviter de se retrouver…

L’histoire commence par une petite fille qui en avait marre qu’on lui dise « petite ». Marre de devoir obéir. Marre de ne pas pouvoir goûter aux boissons des « grands ». Marre de ne pas pouvoir traverser une rue toute seule pour aller voir comment c’est la mer.

Alors bon, première révolte, elle se lance, au risque de sa vie, au milieu des voitures qui filent dans les deux sens. Vertige de la liberté. Vertige d’enfreindre les interdits, de s’enfoncer dans les eaux mouvantes, de prendre l’eau pour justement sortir sa tête hors de l’eau dans une mer qui ressemble à celle qu’elle n’a pas – sa mère. Les premières brassées d’une désobéissance qu’elle ne cessera de cultiver et d’amplifier.

Phot. © Nathan Montrelay

Phot. © Nathan Montrelay

Une galerie de personnages dans une toute petite fille

« J’ai six ans », qu’elle dit et, au-dessus d’elle, on entend les frangins et frangines qui la prennent de haut, et le père qui n’a d’yeux que pour son garçon. Et le sentiment d’être la dernière roue du carrosse qui la pousse à clamer « Moi aussi j’existe », une revendication que, de désobéissances en dissimulations, elle mènera tout au long de son apprentissage.

Sur son chemin il y a tous ceux qui l’entourent, la famille, bien sûr, et son « fais pas ci, fais pas ça » que la petite fille entend mais feint d’ignorer, le père qui s’aperçoit enfin – mais est-ce encore le temps ? – qu’on a grandi, et les autres – copines de collège d’abord, puis rencontres, et les vantardises d’ado pour se donner des allures libérées.

Aller de plus en plus loin, de plus en plus fort, de plus en plus au bout de la nuit, à coups de shots d’alcool et de joints qu’on se partage, puis de crack, jusqu’à se perdre pour éviter de se voir et faire de ses jours le séjour embrumé qui précède seulement la nuit. Bouger, encore et toujours, pour éviter d’affronter le vide qui succède à cette agitation permanente, où l’on se retrouve face à soi-même.

Mais il arrive quand même ce jour où le trop-plein ressemble à du vide meublé d’addictions, où on fait le bilan des gains et des pertes, où se fait entendre à nouveau la petite voix flûtée de la fillette qu’on était, avec ses rêves. La voix du slow down, de la solitude et du silence qui revient en force. Et c’est cela grandir et devenir soi-même.

Phot. © Andrea Villechange

Phot. © Andrea Villechange

Un monde à elle seule

Cette évocation, Blanche Sottou la mène seule en scène, presque sans accessoire, avec pour tout outil une console sur laquelle elle programmera, au fil de son récit, les musiques qui vont jalonner son parcours depuis Il était un petit navire jusqu’aux musiques pop, jazz et techno qui accompagnent les différentes étapes de sa vie de jeune fille.

C’est avec brio qu’elle passe sans transition et à toute allure d’une voix à l’autre, faisant descendre son timbre dans les graves pour évoquer son père, laissant traîner ses phrases d’un air blasé lorsqu’elle se glisse dans la peau d’ados revenus de tout et traînant derrière eux tout l’ennui du monde. Elle retrouve les accents savoureux de l’enfance en qualifiant le champagne de « Champomy avec le goût des grands » ou en se demandant, lorsqu’on lui rétorque qu’elle goûtera de l’alcool « plus tard » : « Est-ce que plus tard, ça peut être maintenant ? »

Elle évoque cet âge où « exister dans le regard des autres me rend plus forte ». Elle esquisse, sans mettre des mots autrement que suggérés, la violence que lui inflige le « matador » de son cœur qui lui laisse autour du cou, en guise de bijoux, un collier de marques, non sans dresser de l’épisode un bilan terrible qu’elle énonce sur le ton de l’ironie : « À chercher à vivre, j’allais mourir. »

Sans cesse en mouvement, elle retrouve à la perfection les gestuelles typiques des différents âges qu’elle incarne, ces dégaines qu’on se fait pour ressembler aux autres, ces expressions qu’on emploie grave pour communiquer.

Elle ne se contente pas de bouger, elle danse aussi – avec une grande liberté corporelle –, lancée dans la folie des nuits. Et elle chante, des morceaux mis en musique par Makhi, dj pianiste et compositeur de musique électronique, en décalant, par exemple, le Belles ! Belles ! Belles ! qui fut l’un des succès de Claude François, d’une voix aussi bien timbrée que sonore et intéressante qui donne toute son ampleur au questionnement qu’elle énonce : « Elle est où, la profondeur ? »

Parce que pour qu’exister [soit] pas la mer à boire, « chaque moment est pas obligé de servir à quelque chose » et que remplir sa vie « ne comble pas le vide. Ça l’agrandit ».

Phot. © Andrea Villechange

Phot. © Andrea Villechange

C’est pas la mer à boire
• Texte et interprétation Blanche Sottou • Création musicale Blanche Sottou et Iliès Makhlouf (Makhi) • Création lumières Enzo Cescatti • Visuel Andréa Villechange • Spectacle né d'une carte blanche à la Comédie Française et finalisé au Théâtre la Pépinière • Durée 1h10

Du 8 octobre au 10 décembre 2026 à 21h, les jeudis

Théâtre La Flèche 77 rue de Charonne, 75011 Paris
Réservations : info@theatrelafleche.fr 01 40 09 70 40

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