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Arts-chipels.fr

Sarkhollande. Au secours ! Politique, où t’es-tu réfugiée ?

Phot. © Animaux en paradis – Valentine Chauvin

Phot. © Animaux en paradis – Valentine Chauvin

Le 4e opus de Julien Campani, Léo Cohen-Paperman et Clovis Fouin consacré aux « rois » de la Ve République arrive sur le marché en faisant d’une pierre deux coups, fifty-fifty entre Nicolas Sarkhozy et François Hollande. Il n’est pas sûr qu’ils tirent leur épingle du jeu à se succéder ainsi.

Lorsque le spectacle commence, nous voici dans le bling-bling du music-hall, rideau à paillettes fermant la scène, réduite à une avant-scène ou presque. Le « petit » Nicolas nous arrive, bardé de ses tics : mouvements d’épaules et de cou intempestifs, clignements d’yeux, démarche pas d’équerre. Et son langage est à l’avenant, avec ses lâchers d’expressions ordurières ou à tout le moins populacières et son inculture aussi. Et les bourdes, bien sûr, qu’il accumule, disant un jour blanc et le lendemain noir avec le même aplomb. Bref, on se retrouve en terrain connu.

Les « rois » de la Ve

Le petit roi a fait son entrée et sa présentation au public introduit une nouveauté par rapport aux évocations des « rois » précédents. La Vie et la mort de Jacques Chirac avait pour narrateur un membre d’une famille française typique, les Müller, et le président se trouvait confronté à son taiseux de chauffeur. Le Dîner chez les Français de Valéry Giscard d’Estaing transportait l’homme politique dans une ferme campagnarde dont les hôtes allaient du paysan au syndicaliste vindicatif, en présence, évidemment, de son épouse Anne-Aymone qui n’en pouvait mais. Génération Mitterrand mettait en scène trois électeurs du Président en mai 1981 pour les confronter près d’un demi-siècle plus tard, alors que leurs votes se portaient sur Marine Le Pen, Jean-Luc Mélanchon et Emmanuel Macron pour voir en quoi leur mutation d’intention de votes s’inscrivait déjà en creux dans le paysage politique des années 1980.

Ici, avec Sarkhollande, plus de famille-miroir ou de Français emblématiques qui introduisent sur scène de la distance, on est en version stand-up, l’« artiste » face à son public, et le destinataire du show, c’est nous, même si l’on découvre par la suite que, comme dans toute opération de « comm’ », les dés sont pipés. Se conformant au schéma du tribun populaire, Sarkhozy demandera au public présent qui a voté pour lui en levant la main. Rires garantis compte tenu des spectateurs, pour beaucoup déjà coutumiers des épisodes précédents... L’adhésion de la salle occupe le centre du spectacle.

Phot. © Animaux en paradis – Valentine Chauvin

Phot. © Animaux en paradis – Valentine Chauvin

Sarkhozy et Hollande, même combat ?

Contrairement à Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, Nicolas Sarkhozy et François Hollande sont abordés en vis-à-vis dans un même spectacle, même si le traitement théâtral qu’ils reçoivent diffère. Parce que, analyse Léo Cohen-Paperman, chacun, à sa manière, a « désacralisé la fonction [présidentielle], de manière consciente ou inconsciente ». Et il ajoute : « Du ‘‘Casse-toi pov’con’’ au scooter de la rue du Cirque, du ‘‘Avec Carla, c’est du sérieux’’ au ‘‘Président normal’’, c’est comme si les deux hommes, pourtant bien dissemblables, étaient mus par un même désir – inconscient ? – de transgresser le caractère monarchique (et donc sacré) de la fonction présidentielle. »

Sur les traces de Kennedy, Giscard avait posé les premiers jalons en s’invitant chez les Français et en tentant de populariser son image d’aristo en jouant de l’accordéon. Mais avec Sarkhozy et Hollande, le président devient people, scruté dans ses recoins les plus intimes, et avec son assentiment. La société du spectacle et les infos virales sur les réseaux ont dévoré son image, délégitimé son élection, d’autant que les promesses de campagne – le « laxisme sécuritaire et migratoire », pour l’un, à droite, le monde de la finance attaqué comme un « ennemi », pour l’autre, à gauche – se sont évaporées et ont rejoint le paradis des vœux pieux.

Ainsi, tous deux seront pris au piège de l’outil qu’ils auront contribué à forger, celle de l’homme « normal », et l’aune qui servira à leur jugement passera par la vox populi. C’est donc face au public, que tous deux interpellent durant le spectacle, qu’ils effectueront leur prestation…

Le choix de la mise en scène les différencie cependant. Si Nicolas Sarkhozy n’a pas véritablement besoin d’une transposition tant la prégnance de ses tics et de ses saillies en font à eux seuls une figure clownesque, il n’en va pas de même de François Hollande, transformé en auguste, avec gros godillots, cravate et costume trop larges et nez passé au rouge sur un visage blanchi. Décisions contradictoires de l’un, indécisions de l’autre et déclarations à l’emporte-pièce se succèdent en prenant à partie, dans le public, des spectateurs « représentatifs », droite-gauche, hommes-femmes, français « de souche » et « d’origine étrangère ».

Phot. © Animaux en paradis – Valentine Chauvin

Phot. © Animaux en paradis – Valentine Chauvin

La troisième larronne

Tout ceci resterait, au contraire des épisodes précédents, assez anecdotique, comme si ces présidents sans substance n’avaient pas conduit de politique, ce qu’ils ont cependant fait, même à leur corps défendant et à reculons, si l’Histoire n’était pas venue au secours du spectacle.

Elle occupera la troisième partie de la pièce, à travers, une fois encore, un seule-en-scène qui dévide la litanie affligeante et tragique des événements qui ont noirci le tableau : attentats de Toulouse, de Charlie Hebdo, de l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, de Montrouge, du Bataclan, des terrasses parisiennes, du Stade de France, de Magnanville et de Nice qui ont secoué la France de 2012 à 2016, pour ne parler que des plus importants – des plus « médiatisés ». Une énumération sanglante que viennent ponctuer radicalisation islamique et camps d’entraînement du Moyen-Orient qui ne sont plus l’apanage des seuls « étrangers » mais de jeunes « bien d’chez nous ».

Les réponses politiques qui y sont données – ministère de l’Identité Nationale, déchéance de nationalité – ne résolvent pas le problème de cette « comédie identitaire » dont la troisième partie est défendue par une femme, Liberté guidant le monde du haut de son piédestal, au nom à consonnance étrangère : Leïla Merabet. Face à un Sarkhozy qui déballe ses origines hongroises quand ça l’arrange, elle est le nouveau visage d’une France aux identités mixtes, le fanal qui vient dire que la question du vivre ensemble est aujourd’hui cruciale.

De ce spectacle sympathique on garde cependant un sentiment mitigé. Est-ce parce qu’on se rapproche dans le temps et que l’analyse est plus malaisée qu’on a un sentiment de perte de substance par rapport aux spectacles précédents ? Si le spectacle conserve son aspect divertissant, bien mené, cultivant participation du public et théâtralité certaine, on reste, sur le plan de la réflexion politique qui occupait une plus large place dans les spectacles précédents, un peu sur sa faim…

Phot. © Animaux en paradis – Valentine Chauvin

Phot. © Animaux en paradis – Valentine Chauvin

Sarkhollande
S Texte Julien Campani, Léo Cohen-Paperman et Clovis Fouin S Mise en scène Léo Cohen-Paperman S Collaboration à la mise en scène Esther Moreira S Collaboration artistique (clown de F. Hollande) Valentin Boraud, Julien Campani S Avec Valentin Boraud, Clovis Fouin et Ada Harb S Scénographie Anne-Sophie Grac S Costumes Manon Naudet S Maquillage et coiffures Pauline Bry S Lumières Léa Maris S Création sonore Lucas Lelièvre S Régie générale Thomas Mousseau-Fernandez S Régie lumière Zélie Carasco S Direction de production Léonie Lenain S Diffusion & Développement Anne-Sophie Boulan S Administration Clara Rodrigues S Communication & Médiation Lucile Reynaud S Logistique Juliette Lecourt S Production Compagnie des Animaux en paradis S Coproduction TCM Théâtre de Charleville-Mézières ; Le Nouveau Relax, scène conventionnée d’intérêt national de Chaumont ; Le Carreau, scène nationale de Forbach ; Le Théâtre de Rungis ; CCAM Scène Nationale de Vandoeuvre-les-Nancy ; Théâtre du Fil de l’Eau, Pantin ; NEST Centre Dramatique National de Thionville ; TTB Théâtre du Train Bleu ; Acmé ; La Pépinière Théâtre S Accueil en résidence Théâtre de Rungis, ville Pantin et Nouveau Relax de Chaumont S Avec l’aide à la création de la Région Grand Est et de la Région Ile-de-France. Spectacle ayant bénéficié de l’aide de l’Agence culturelle Grand Est au titre du dispositif « Tournée de coopération » et de l’aide à la diffusion de la Ville de Paris dans le cadre de l’exploitation au Théâtre 13 S La compagnie des Animaux en Paradis bénéficie du soutien du ministère de la Culture / Direction régionale des affaires culturelles Grand Est, au titre de l’aide aux compagnies conventionnées et est soutenue par la Région Grand Est au titre d’une convention pluriannuelle S Durée 1h40

Théâtre 13 / Bibliothèque 30 rue du Chevaleret, 75013 Paris
Du 4 au 20 juin 2026, lun.-ven. 20h, sam. 18h. Relâches les dimanches 7 et 14 juin 2026

SAISON 2026 / 2027
Du 4 au 23 juillet 2026 à 10h - Théâtre du Train Bleu, Avignon (Festival)
20 & 27 sept., 11, 18 & 25 oct., 1er, 8 & 15 nov. 2026 – Théâtre de la Pépinière - Paris (75)
25 novembre 2026 – MJC Calonne, Sedan (08)
3 décembre 2026 - Halles aux Grains - Blois (41)
6 décembre 2026 - Théâtre de la Pépinière - Paris (75)
15 décembre 2026 - Théâtre du Cormier - Cormeilles en Parisis (95)
17 janvier 2027 - Théâtre de la Pépinière - Paris (75)
22 janvier 2027 - La Faïencerie - Creil (60)
28 janvier 2027 - NEST - Thionville (57)
31 janvier 2027 - Théâtre de la Pépinière - Paris (75)
4 février 2027 - Le Parvis - Tarbes (65)
5 au 6 février 2027 - Scène Nationale Sud Aquitain - Bayonne (64)
14 & 28 février 2027 - Théâtre de la Pépinière - Paris (75)
3 mars 2027 - L'Avant-Scène - Cognac (16)
11 et 13 mars 2027 - Le Fil de l’Eau - Pantin (93)
14, 21 & 28 mars, 4 avril 2027 – Théâtre de la Pépinière - Paris (75)

L’ensemble des épisodes de la série Huit rois (nos présidents), dont SarkHollande (comédie identitaire) seront au Théâtre de La Pépinière (Paris) à partir de septembre 2026

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