Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Arts-chipels.fr

Homère Kebab. Rencontre entre des odyssées « ordinaires ».

Phot. © Emmanuel de Saint Leger

Phot. © Emmanuel de Saint Leger

Quand un Grec qui vend des kebabs rencontre un Kabyle qui vient manger chez le Grec une spécialité turque du côté de Calais, leurs histoires ne peuvent pas être seulement celles de tous les jours…

Il est seul en scène, dans un décor nu, avec pour tout accessoire une chaise et un sac de supermarché dans lequel il trimballe ses affaires. Lui, c’est Rida, un ex-joueur de foot des Fennecs, en Algérie, une pointure dans son domaine. La parka fatiguée, ses vieilles baskets aux pieds, il erre dans les rues de Calais en attendant de pouvoir passer de l’autre côté, en Angleterre. C’est son Ithaque à lui qui a déjà traversé la mer en venant d’Algérie. Une Ithaque à l’envers puisqu’il ne rentre pas au pays natal, mais qu’il en sort pour n’y plus revenir.

Et puisque le marchand de kebabs est Grec et qu’il s’appelle Homère, il sera, lui, Ulysse. Ensemble, ils seront le voyageur et son aède comme aux temps des épopées mythologiques, conjuguant passé et présent dans une quête d’à-venir. Deux immigrés qui ont quitté le soleil de la Méditerranée pour les brumes du Nord. Deux solitudes dans un milieu où ils n’ont pas vraiment leur place.

Phot. © Emmanuel de Saint Leger

Phot. © Emmanuel de Saint Leger

Un seul-en-scène qui conjugue tous les temps

C’est avec un plaisir malin qu’Ulysse-Rida se joue de tous les registres de langue et de tous les accents, footballeur trop cultivé pour n’être qu’un frappeur de ballon, qui sait à l’occasion adopter les accents qu’on prête à ceux de son espèce, à ceux qui viennent d’ailleurs. Non seulement son langage est châtié, mais il sait aussi puiser dans le passé ses références et associer dans un même propos le ventre du cheval de Troie et la coque retournée de la barque dans laquelle il a fait le voyage et traversé la mer.

Ni misérabilisme, ni pathos ne marquent son odyssée qui surgit par bribes dans le monologue-dialogue qu’il entame avec ce marchand de bouffe pas vraiment classe avec qui il a l’exil en partage, même si les expériences sont différentes. Le rapprochement de deux solitudes, le même sentiment d’être étranger et de se voir traiter comme tel, la même volonté de chercher ailleurs ce qu’on ne trouve plus chez soi. 

Phot. © Emmanuel de Saint Leger

Phot. © Emmanuel de Saint Leger

La fierté au cœur

Tandis que se racontent, en pièces détachées, par bribes insérées dans les pliures du temps, ces gestes d’une vie ordinaire, transformées en épopée, où se croisent l’existence de Rida-Ulysse et celle de « son » Homère, émaillées de considérations sur la sauce du kebab ou la prononciation du mot « harissa », se tisse peu à peu, au-delà de la solidarité née de l’exil, une amitié qui permettra au personnage de se définir non plus comme assisté à la remorque d’une situation subie, mais comme un intervenant actif de sa propre vie, un homme qui choisit sa destinée et ne se laisse pas gouverner par elle. Ulysse ne porte pas son exil par défaut mais comme une revendication, une affirmation de son refus de voir sa liberté entravée. Ses objectifs, il se les fixe et rien ne le fera dévier de ses choix.

Dans son rôle de personnage hybride, cramponné à ses certitudes, Melki Izzouzi campe un Rida-Ulysse convaincant. Un personnage fort et fier jusqu’à l’orgueil en même temps que fraternel, opiniâtre dans son acharnement à choisir sa vie au lieu de la subir. Il porte une leçon de l’exil qui ne se tourne plus vers la perte mais s’oriente vers la conquête d’un monde nouveau. Une aventure humaine passée au filtre un peu chic de la mythologie, mais qui ne peut laisser insensible.

Homère Kebab de Benoît Lepecq (éd. L’Harmattan)
S Mise en scène Benoît Lepecq S Interprétation Melki Izzouzi S Lumières et son Jean-Charles Levesque S Collaboration artistique Corinne François-Denève S Production Cie Benoît Lepecq S Durée 1h15

Du 7 janvier au 11 mars 2026, les mercredis à 19h00

Théâtre La Flèche, 77 rue de Charonne, 75011 Paris
Rés. info@theatrelafleche.fr 01 40 09 70 40

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article