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Arts-chipels.fr

Maryvonne. Une expérience limite entre théâtre et documentaire chargée de sens

Maryvonne. Une expérience limite entre théâtre et documentaire chargée de sens

Peut-on parler de ses proches et inventer une forme qui mêle théâtre et documentaire pour fabriquer une fiction qui soit en même temps documentaire, tel est le propos de cette attachante petite pièce qui pousse une petite-fille sur les traces de sa grand-mère.

Elle est toujours un peu cassante. Menue. Le visage parcheminé. Jamais ou presque souriante. Lucide sur elle-même et sur ce maintien un peu revêche qui éloigne les autres. Elle ne s’est pas laissé connaître, même de ses proches. Une énigme que Camille Berthelot décide de résoudre. Elle n’a pas de questions mais elle veut savoir qui était cette inconnue à la fois proche et lointaine, étrangère et familière. Alors elle décide de la filmer.

Maryvonne. Une expérience limite entre théâtre et documentaire chargée de sens

Un fil ténu qui passe par la littérature

Comment établir le contact avec cette femme que l’on n’embrasse pas, que l’on ne serre pas dans ses bras ? Biaiser par la littérature, lui demander de sélectionner des extraits pour les lire et expliquer pourquoi elle les a choisis. Bernanos, Céline et quelques autres. Ils disent éloignement, distance, humour froid comme celle qui les commente. À la question-affirmation qui suggère qu’elle se définit à travers ses lectures, elle esquive, feint de ne pas comprendre. Elle va peu à peu livrer d’elle un portrait pudique, à peine esquissé, réduit à de petites notations, aborder la question de l’amour et du manque qui s’installe lorsque celui avec qui l’on a parcouru un bon bout de sa route disparaît, aborder enfin la mort du grand-père.

Maryvonne. Une expérience limite entre théâtre et documentaire chargée de sens

Dialogue avec écran

Il y a une certaine étrangeté dans ce dialogue qui fait poser de non-questions sur scène et recevoir des réponses à l'avenant sur un écran. comme si c'était dans les creux, dans le non-dit qu'il fallait s'installer. La comédienne sur scène vit sa vie tout en dialoguant avec cette figure d’absence comme si la médiatisation de l’écran était nécessaire à l’établissement de la communication, comme si le contact direct était impossible. Mais cette figure médiatisée prend pour elle un caractère de réalité. Elle caresse en ombre chinoise cette femme qu’elle ne peut toucher, elle se love fictivement au creux de sa main, elle s’inclut d’une certaine manière dans l’image en se plaçant devant le projecteur pour faire apparaître le visage de sa grand-mère sur son caraco. Ce faisant, elle se définit elle-même en tentant de capter cette relation familiale qu’elle peine à établir. Cette non-histoire qui en est une, cette non-relation qui en est une, ce non-spectacle qui en est un forment, au-delà de l’exercice de style, un ensemble atypique, attachant, plein d’émotion et très juste.

Maryvonne. Texte et mise en scène de Camille Berthelot

Avec : Alma Livert, Maryvonne Berthelot (en vidéo)

Dramaturgie : Lucas Samain. Montage : Camille Berthelot, Vojta Janiska. Technique : Benjamin Mornet.

Du 14 au 19 janvier 2020 à 19h, dimanche à 16h00

Au Lavoir moderne parisien, 35 rue Léon – 75018 Paris

Tél. 01 46 06 08 05. Site : www.lavoirmoderneparisien.com

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