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Maya, une voix... en paroles et musique pour lutter contre le racisme

Maya, une voix... en paroles et musique pour lutter contre le racisme

La vie de la poétesse et auteure noire américaine Maya Angelou est à elle seule matière à littérature. Le spectacle rend un bel hommage à cette artiste militante qui accompagna dans leur lutte Malcolm X et Martin Luther King.

Elle n’est pas banale, Marguerite Annie Johnson connue sous le nom de Maya Angelou. Son destin de petite fille est à lui seul un roman. Née à Saint-Louis dans le Missouri, elle part avec ses parents pour la Californie dans l’espoir d’un monde meilleur, mais la misère la renvoie à sa grand-mère, dans l’Arkansas, un état du Sud où sévit la ségrégation. À sept ans, avec son frère, elle est récupérée par sa mère. Violée par le compagnon de celle-ci, elle témoigne lors du procès qui le met en accusation. L’homme finira assassiné par un oncle de sa mère. La jeune fille cesse alors de parler parce que « les mots sont vivants. Ils ont le pouvoir de guérir mais parfois ils ont le pouvoir de tuer. » Renvoyée chez sa grand-mère, elle y rencontre une femme qui l’initie à la littérature et lui redonne confiance en elle. Plus tard, en Californie, elle sera la première noire à fréquenter l’école privée dans laquelle sa mère l’inscrit.

Maya Angelou récitant "On the Pulse of Morning" lors de l'investiture de Bill Clinton en 1993.

Maya Angelou récitant "On the Pulse of Morning" lors de l'investiture de Bill Clinton en 1993.

Une femme exceptionnelle

Mère célibataire avant d’avoir 20 ans, cuisinière, danseuse et chanteuse, elle suit en Afrique un compagnon de Nelson Mandela, côtoie au Ghana Malcolm X qu’elle fait entrer aux États-Unis, est la coordinatrice new-yorkaise de l’organisation de Martin Luther King. Après l’assassinat de celui-ci, poussée par l’écrivain de Harlem James Baldwin, elle se met à écrire. Cette femme qui parle couramment le français, l’espagnol, l’italien et l’arabe se fixe ensuite à Winston Salem en Caroline du Sud où elle tient la chaire d’études américaines. Elle publie des œuvres autobiographiques : I Know Why the Caged Birds Sing (Je sais pourquoi les oiseaux en cage chantent), All God’s Children Need Traveling Shoes (Tous les enfants de Dieu ont besoin de chaussures de voyage). Son recueil de poèmes Give Me a Cool Drink of Water Fore I Die (Donnez-moi un verre d’eau fraîche avant que je meure) est proposé pour le prix Pulitzer. En 1993, elle est invitée par Bill Clinton à lire un poème pour son discours inaugural.

Maya, une voix... en paroles et musique pour lutter contre le racisme

Au croisement du passé et du présent

Le spectacle choisit de privilégier deux moments importants de la vie de Marguerite Johnson : son enfance dans les années 1930-1940, où se forge sa personnalité, où se vivent ses premières expériences de la négritude, de la différence et où se forme sa conscience de femme noire et de femme libre ; le moment où son destin s’est écrit et où elle est devenue une personnalité incontournable de l’émergence politique de la communauté afro-américaine. Dans un aller-retour entre l’enfance et ce qui constitue une forme d’apogée, il dessine la silhouette d’une femme forte et fragile à la fois, qui conquiert sa liberté, s’évade de la cage dans laquelle on l’avait enfermée, la revendication d’une liberté de penser qui l’éloigne des poncifs et du moindre souci du « politiquement correct ». De son violeur, elle retiendra la force des mots qui tuent plus que le viol…

Maya, une voix... en paroles et musique pour lutter contre le racisme

Sur un air de blues et de jazz

Mêlant les extraits de textes de Maya Angelou à l’environnement sonore qui fut le sien, cette création collective nous replonge dans le blues des champs de coton qui berça son enfance. Il nous renvoie à sa mère, chanteuse de cabaret, nous rappelle la carrière de chanteuse de Maya sous le pseudonyme de Miss Calypso et d’animatrice d’une émission dédiée à la musique afro-américaine, Black, Blues, Black. Les cinq comédiennes sur scène chantent a capella en anglais ces standards de blues et de jazz qui nous sont familiers, ici mis en situation pour permettre à Maya d’exprimer ce qu’elle ressent. Un chapeau, un châle suffisent à mettre en scène le père qui débarque à l’improviste ou la patronne blanche et pleine d’onctuosité méprisante. Ursuline Kairon, native de Chicago, passe du Cabaret latin et des variétés télévisées au théâtre pour nous dépeindre une Maya presque gênée d’être ce qu’elle est mais néanmoins ferme dans ses convictions et ses prises de position. L’ensemble forme un spectacle équilibré et agréable où le passage permanent du français à l’anglo-américain s’effectue naturellement et avec aisance.

Maya Angelou est peu connue – voire inconnue – en France dans la galaxie des personnalités afro-américaines ayant combattu pour la reconnaissance des droits de la communauté noire. L’hommage rendu ici à sa parole comble un manque. On ne peut que s’en réjouir.

Maya, une voix, de Éric Bouvron, Julie Delaurenti, Tiffany Hofstetter, Sharon Mann et Élizabeth Wautlet

Traduction de l’anglais de Julie Delaurenti

Mise en scène : Éric Bouvron

Musiques originales : Nina Forte et standards de blues et de jazz

Avec : Ursuline Kairon, Julie Delaurenti ou Sharon Mann, Vanessa Dolmen, Tiffany Hofstetter ou Élizabeth Wautlet, Audreu Mikondo

Du 24 mai au 15 juin 2019  et du 28 juin au 27 juillet

Les vendredis et samedis à 19h45 du 24 mai au 15 juin, à 21h30 à partir du 28 juin

Théâtre Essaïon – 6, rue Pierre-au-Lard – 75004 Paris

Tél. 01 42 78 46 42. Site : www.essaion-theatre.com

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