28 Août 2026
Ils s’aiment et se le disent. Mais le paysage n’est pas serein et l’aspect trop lisse de leur relation masque des abîmes.
C’est dans une ambiance de roman-photo aussi artificielle et fabriquée qu’apparemment idyllique qu’ils jouent un toi-moi-je-nous amoureux, ostensiblement sans nuage. Mais derrière, des scènes en voix off laissent entendre que rien n’est aussi rose que leur dialogue le laisse entendre.
S’y mêleront bientôt les mille et un hiatus provoqués par la vie quotidienne : une petite fille qui refuse obstinément de parler, les soins qu’elle requiert de la part de ses parents, les sacrifices de vie que la situation engendre, le qu’en dira-t-on, le rétrécissement du quotidien, les désirs d’évasion et les petites rancœurs qui ouvrent de larges gouffres.
Sur les chemins trop attendus de la déliquescence
Ce grand déballage, la pièce l’explore avec une violence qui va crescendo au fur et à mesure que les griefs que chacun adresse à l’autre sont mis à nu, exposés au grand jour. Un jeu de massacre perdant-perdant qui aligne les stéréotypes du genre avec une emphase malicieuse tandis que la construction en boucle du texte, revendiquée par l’écriture, ajoute une impression de tourner en rond, dans un éternel recommencement, sans alternative possible.
Le dialogue, qui joue sur le convenu des rapports amoureux et familiaux dans cette situation marquée du sceau de la trivialité quotidienne, s’il contribue à cet ensemble, laisse cependant dans son sillage un je-ne-sais-quoi de déjà entendu ailleurs que la pièce ne parvient pas à supplanter. De son côté, le jeu des comédiens, souvent trop « porté », reste à la surface du thème et passe à la marge d’une exploration plus fine des poncifs alignés par le texte comme grains de chapelet et dont la portée touche, au-delà des problèmes de couple, au mal-être social et à la violence inexprimée des rapports entre les individus au sein du monde du travail.
Il restera néanmoins que ce champ de bataille intime dont l’amour est l’enjeu offre l’empreinte en creux de bien des échecs que la société consacre et qui nous sont familiers.
Les Beaux de Léonore Confino
S Jeu Yasmin Van Deventer et Cédric Welsch S Mise en scène Anne Coutureau S Costumes Mathilde Chollot S Son/Musique Jean-Noël Yven S Scénographie et lumières Amandine Voiron et Émile Rigaud S Maquillage et coiffures Claire Jourda Devaux S Production Théâtre vivant S Durée 1h15
Du 16 septembre au 30 décembre 2023, les mercredis à 19h
Théâtre des Mathurins, 36, rue des Mathurins, 75008 Paris
www.theatredesmathurins.com/