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Arts-chipels.fr

Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu. J’ai été ce que tu es, tu seras ce que je suis.

© Pierre Planchenault

© Pierre Planchenault

Ce tendre et doux spectacle convoque le temps qui passe et l’usure des années. Il enchante les enfants de 8 ans et plus qui restent en suspens, fascinés par l’univers onirique qu’il développe.

Un homme grand, aux jambes interminables, en nœud papillon et costume, troue l’obscurité lorsqu’il passe en sifflotant. Peu à peu la scène s’anime. De petites maisons de papier s’éclairent sous son souffle, insolites miniatures sur l’immensité du plateau. Noir. Une petite fille apparaît. Elle dispose les maisons de manière à décrire son appartement. Ici le couloir, là la salle à manger. Une branche posée au sol et la porte est en place. Elle met ses chaussures, s’installe. Noir. L’homme passe. Un claquement de doigts et l’une des maisons prend feu. Lorsque la lumière revient, c’est une vieille dame, vêtue comme la petite fille, qui a magiquement remplacé la petite fille.

© Pierre Planchenault

© Pierre Planchenault

Un imaginaire de toutes les enfances

D’emblée, voici le spectateur plongé dans un univers onirique, inventé de toutes pièces et pourtant si familier. Lorsque la petite fille crée son environnement avec les maisons et les branches, on se revoit jouer à « on fait comme si que… », les bouts de papier n’étaient pas ce qu’ils paraissent être, les morceaux de bois pas des branches d’arbre, comme si l’horizon n’était pas ce que nous voyons. Qu’y a-t-il donc de l’autre côté de la fenêtre de la maison ? La mer, peut-être ? ou la montagne, pourquoi pas ? Mais non, ce sont des moutons, et un berger, et un chien. Et on tire le fil de l’évocation, et chacun y ajoute sa note personnelle. Le berger sous le ciel nocturne s’émerveille devant la face rieuse de la Lune. Il la dérobe pour la contempler mais il n’est guère sage et au lieu de la garder pour lui, il la vend. Ce qu’il ne manque pas de regretter. Pour combler le vide, il ne lui reste plus qu’à s’envoler vers le ciel où les pièces de monnaie qu’il garde dans sa poche scintilleront comme autant d’étoiles.

© Pierre Planchenault

© Pierre Planchenault

D’une génération à l’autre

Une autre trame chemine sous le spectacle. Bientôt l’on comprend que les rôles de la grand-mère et de la petite-fille sont interchangeables. La petite fille incarne l’enfant que fut la grand-mère. Elle deviendra à son tour la vieille dame qui lui fait face lorsqu’à la suite d’un nouveau noir, les deux personnages se trouvent ensemble sur scène. Ainsi va la vie, dans ce relais permanent entre les générations. L’allumeur de maisons, à défaut de réverbères, est celui qui fait naître, mais aussi mourir. Il passe un pacte avec la grand-mère. Elle veut retarder, le temps d’une pensée, le moment de disparaître. Pas encore, attends un peu… Et si l’on pense à toi, alors tu n’es pas tout à fait mort… La pièce aborde avec délicatesse l’une des questions majeures auxquelles se confronte l’enfance. Elle évacue le stress en déplaçant la perte des êtres chers sur le terrain de la mémoire. Le magicien qui fait surgir la lumière et la fait disparaître comme la vie qui passe n’a plus qu’à dessiner la nouvelle maison qui abritera les souvenirs.

© Pierre Planchenault

© Pierre Planchenault

De la magie avant toute chose

Apparitions soudaines, disparitions dans un éclair de lumière ou dans un jet de fumée, éclairages déclenchés par un souffle ou commandés par la voix, trappes qui s’ouvrent et se referment, neige qui tombe en myriades d’éclats blancs qui scintillent dans la lumière et avec lesquels on peut jouer à faire des boules de neige… les « Oh ! » et les « Ah ! » stupéfaits des enfants, incroyablement silencieux et attentifs tout au long du spectacle, saluent chaque surprise. L’ensemble forme une belle aventure dans laquelle on s’engage en larguant rationalité et logique. « Raconte-moi une histoire » est un leitmotiv et celle d’Aimée et Emma, les deux protagonistes et faces d’une même médaille, nous renvoie à un pays où l’imagination gambade en liberté dans les paradis colorés de l’enfance.

Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu, de Philippe Dorin

Dès 8 ans

Mise en scène : Julien Duval - compagnie Le Syndicat d’Initiative

Avec : France Darry, Carlos Martins et Juliette Nougaret, en alternance avec Camille Ruffié.

/ assistant à la mise en scène Carlos Martins / composition musicale Kat May / scénographie Olivier Thomas / lumières Michel Theuil / costumes Édith Traverso / création sonore Madame Miniature / régie générale Anna Tubiana / seconde assistante Maud Martin / régisseur Samuel Poumeyrol / doublure enfants Zoé Gauchet /

Théâtre Paris-Villette - 211, avenue Jean-Jaurès – 75019 Paris

Du 15 octobre au 1er novembre – les mer. & jeu. à 14h30, les ven. à 19h, les dim. à 15h30, le sam. 24 à 19h, scolaires le jeudi.

Rés. 01 40 03 72 23www.theatre-paris-villette.fr

Tournée 2020-2021

• 26 et 27 nov : L’Empreinte, scène nationale Brive-Tulle

• 11 - 14 déc. : Espace Culturel Larreko, St Pée sur Nivelle

• 16 et 17 déc. : Salle St Louis, Saint Palais

• 8 jan. : Théâtre Ducourneau, Agen

• 15 jan. : Le Parvis, scène nationale Tarbes Pyrénées

• 21 et 22 jan. : Gallia Théâtre, scène conventionnée d’intérêt national de Saintes

• 27 et 28 jan. : Maison de la Culture de Bourges

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