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Arts-chipels.fr

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

Lettre envoyée ce jour à la Présidence de la République.

Les annonces du 10 décembre faites par le Premier Ministre en ce qui concerne la culture ont soudainement fait monter chez moi ce qui ressemblerait bien à de la colère... J'ai donc pris ma plus belle touche informatique pour envoyer une bafouille à la Présidence et je pense que nous devrions être nombreux à le faire. Une collection d'individus ça finit par faire masse... et peut-être par se faire entendre.

Courage à tous les acteurs de la culture et en sympathie avec eux!...

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

Monsieur le Président,

Force est de constater, à l’annonce faite le 10 décembre par Monsieur le Premier Ministre, que la culture et l’art ont été une fois de plus, sacrifiés, supposément au nom de l’intérêt général, sans que de réelles raisons aient été avancées quant au maintien de la fermeture des cinémas, musées et salles de spectacle. Le « plateau » constaté dans l’évolution du nombre de cas d’infection entraîne de nouvelles mesures, ce qui est bien normal. Mais où est la réflexion sur les facteurs qui engendrent cette stabilisation du nombre de cas ? La réouverture des magasins peut apparaître comme l’un des facteurs de ce maintien des alarmes. La culture, non.

     Les théâtres, les salles de spectacle, le cinéma, les musées et les expositions ont été fermés. S’il y a des entreprises qui ont appliqué à la lettre les mesures de protection préconisées par le gouvernement – masques, gel, désinfection des salles, jauge réduite – pour la sauvegarde de nos concitoyens lors du premier déconfinement, ce sont les entreprises culturelles. Fermées durant la période de reconfinement, elles n’ont aucune part dans la persistance du nombre de cas. Y a-t-il, de ce fait, une raison réelle de les maintenir sous le boisseau de l’interdiction quand les magasins, facteur à haut risque de la propagation de la maladie, resteront ouverts ?

Quant aux « nouvelles » mesures préconisées, une fois de plus une logique « marchande » a prévalu sur le simple bon sens. Ne pas paralyser l’économie au risque de maintenir une certaine propagation du virus est un choix qu’on peut comprendre. Mais en creux, doit-on y voir que les industries culturelles ne participent pas à l’économie ou qu’elles sont quantité suffisamment négligeable pour servir de victime expiatoire ? Où est donc « l’exception française » dans l’analyse que vous faites de la situation ? La non-réouverture des musées, cinémas et salles de spectacle est significative de la place que votre gouvernement accorde à la culture. Une quantité négligeable. Une cerise sur le gâteau, un petit extra dont on peut se priver sans conséquence aucune. Un luxe et non un supplément d’âme indispensable.

Je ne parle même pas ici seulement des dégâts que ces mesures apportent à l’activité économique générée par la culture. On sait que certains – ceux qui en ont le plus besoin – ne se relèveront pas, en dépit des aides. Le yoyo auquel se sont livré les autorités fragilise chaque jour davantage une profession qui ne cesse de reprendre espoir pour sombrer de nouveau. Des milliers d’artistes, de directeurs et de personnels de musées et de salles de cinéma se sont préparés afin de rendre au public ces hauts lieux de communication et d’échanges, qui établissent du lien, contribuent au dialogue qui nous fait si souvent défaut en ces moments d’incompréhension globale et d’hostilité communautariste. Alors que vous pointez du doigt les difficultés psychologiques créées par le confinement, le non-accès à la culture et au spectacle vivant – en mettant dans le même sac au passage des théâtres d’une centaine de places et des rassemblements qui se comptent en milliers de spectateurs – est un facteur d’aggravation du malaise, encore une fois sans qu’aucun fait objectif vienne appuyer une telle décision.

Nous avons compris les nécessités de l’intérêt collectif et sommes partie prenante des mesures de protection nécessaires. Mais lorsque l’incohérence s’invite à la table, notre conscience se révolte et vous courez le risque, d’une certaine manière, d’un développement de la désobéissance civile. Et pas seulement dans le domaine de la pandémie… Est-ce une conséquence souhaitable ?

J’espère pour ma part, en vous apportant un double point de vue de journaliste artistique et de consommatrice assidue, pour mon plaisir et mon enrichissement personnel, des lieux nourriciers de la culture – et je ne suis pas seule dans ce cas – que vous reconsidérerez la question de la culture de manière moins schématique lorsque le bilan des mesures de décembre et leur reconsidération en janvier interviendront.

Respectueusement vôtre

Sarah Franck

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