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Arts-chipels.fr

MON LOU ou la passion amoureuse pour survivre dans un monde en guerre

MON LOU ou la passion amoureuse pour survivre dans un monde en guerre

Moana Ferré s’est intéressée au personnage de  Lou, femme libre et moderne idéalisée par Apollinaire. Elle nous invite dans son intimité, dans cette passion qu’Apollinaire a pour elle et nous fait partager en lisant/jouant les lettres qu’elle reçoit d’Apollinaire cette intimité secrète de l’amoureuse se délectant, lisant et relisant les missives de son amoureux. La scène est dépouillée, un banc, un écran et des lettres et encore des lettres qu’elle plie et déplie comme un immense origami.

Mon Lou est une adaptation des Lettres à Lou et Poèmes à Lou d’Apollinaire.

Ainsi, en 1914, Apollinaire fait la rencontre d’une jeune femme à Nice dont il tombe éperdument amoureux dès le premier regard : Louise de Coligny-Châtillon. A cette époque la jeune femme a 33 ans. Très indépendante, elle fascine le poète qui lui déclare rapidement toute son admiration. C'est le début d'une passion aussi intense qu'éphémère... Elle répond à ses avances par un jeu ambigu d’acceptations et de dérobades subites. Il s’engage volontairement dans les troupes françaises à Nîmes, le 6 décembre 1914. ET celle qu’il appellera désormais « Lou» va l’y retrouver dès le lendemain. Pendant huit jours il connaît auprès d’elle une passion déchaînée, d’un érotisme raffiné et violent.

On n’a retrouvé qu’une seule lettre de Lou qui est intégrée à une partie très intimiste de la pièce. On y découvre une femme libertine et impertinente. L’exercice est cependant difficile. Comment faire exister un personnage, qui n’existe que par l’exagération et l’emphase amoureuse d’un homme.  Comment jouer un personnage en creux, qui n’existe que par l’idéalisation amoureuse, passionnée, d’un homme qui s’apprête à partir à la guerre ? Moana Ferré a relevé le défi mais cependant le personnage de Lou manque un peu de corps, d’épaisseur et sur cette promesse qui m’avait alléchée,  je suis restée un peu sur ma faim.

La pièce est un monologue décalé puisque les mots du poète sont dits par une voix féminine. Juste, à un moment le monologue se transforme en dialogue et on entend une voix masculine qui interpelle LOU.

 

L’influence de Sade ?

La relation qu’il a avec Lou est parfois de ce que l’on comprend à la limite du sado-masochisme. On parle fouet, fessée, faire mal, toujours sous le mode érotique et on devine car juste évoqué leur relation paroxysmique.

Si c’était un récit, je vous parlerai forcément Du cher Marquis mais ce sont des lettres, donc du vécu et là on ne parle pas à un public. Apollinaire, dans ses lettres, vit, existe, souffre.  Il aime intensément,  il  pleure de solitude, il hurle sa douleur, sa souffrance. C’est profondément émotionnellement fort, on ne reste pas indifférent à une telle passion. C’est parfois très cru car il lui parle sans pudeur, lui faisant partager ses désirs les plus intimes, ses fantasmes les plus violents. Il lui parle aussi du front, de sa vie dans les tranchées et donc c’est aussi un témoignage incroyable avec les mots de ses compagnons d’infortunes. ON suit l’histoire éphémère de cet amour impossible au travers de la souffrance d’Apollinaire. C’est un moment intense et fort parce que les textes sont magnifiques et que Moana Ferré nous les fait partager avec une émotion vibrante qui les rend si présents et vivants.

Texte de Guillaume Apollinaire
mise en scène Christian Pageault
Jeu Moana Ferré
Composition musicale : Jean Michel Trimaille
Scénographie : Isabelle Jobard
Création lumières : Rodolphe Martin
Costumes : Judith Cortal

Au Lucernaire
du 18 avril au 23 juin à 19h du mardi au samedi

 

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