Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Arts-chipels.fr

Respire. Que c’est beau, c’est beau, la vie !

Phot. © Lou Sarda

Phot. © Lou Sarda

Cette conversation imaginaire avec un enfant absent, qui hésite à naître, est un petit bijou de finesse et d’émotion. Romane Bohringer y célèbre la vie avec beaucoup de sensibilité et le spectacle offre un parcours de musique et d’images plein de délicatesse.

La scène révèle des espaces séparés par des parois de plastique transparent, tandis que l’écran en fond de scène évoque plus qu’il ne définit un couloir d’hôpital blanc, neutre, immaculé. Une femme attend. Elle ne bouge presque pas, statufiée qu’elle est dans cet entre-deux où se suspend sa vie. Une barrière invisible mais omniprésente – on comprend qu’il s’agit d’une vitre – la sépare d’un espace où se trouve un enfant, une petite fille qui hésite encore entre vivre et mourir, crier ou se taire à jamais. Dans un long plaidoyer à une encore-absente, la mère cherche le moyen d’atteindre la petite chose de l’autre côté de la paroi et de l’inciter à choisir le camp des vivants.

Un hymne à la vie et un appel à la résistance.

On la sent exténuée, cette femme, prenant comme autant de coups au plexus les réflexions récurrentes du corps médical destinées à la préparer au pire, à lui faire comprendre que la résignation à l’inévitable est l’autre alternative au combat pour la vie. Pourtant, elle ne baisse pas les bras. Elle se rebiffe, apostrophe l’enfant qui n’est pas encore, cherche l’infime ligne, presque imperceptible, qu’elle pourra franchir pour l’atteindre, lui insuffler cette respiration que le bébé peine à trouver, lui donner l’envie de faire la traversée. Ce qu’on entend, porté par l’émotion à la fois retenue et puissante qui naît de la gestuelle minimaliste de Romane Bohringer, presque immobile, c’est ce combat qu’elle mène pour que la vie triomphe. Privée du toucher et de la vision, c’est par la voix qui enfle et s’anime qu’elle tente cette traversée des enfers pour récupérer cette petite chose qu’elle aime sans la connaître.

© Karine Letellier

© Karine Letellier

Comme un lent apprivoisement…

La faire exister, c’est lui donner un visage, une personnalité, un supplément d’âme. Alors la mère n’hésite pas. Elle convoque tous les forces de la nature, tous les animaux de la création, tout ce qui vit et palpite pour réveiller l’âme encore endormie. Coquelicot, mandarine, marcassin ou cabri, la fillette s’inscrit dans le grand cycle de la nature et de la vie où toutes les mères chantent à leurs enfants des chansons douces pour les endormir, où elles les rassurent sur le fait que le jour qui meurt ne peut que renaître, et qui les confortent en affirmant que l’homme est un dieu. Poème symphonique, la mise en scène associe les images mentales qui surgissent au fil du récit de la mère, passant du couloir d’hôpital aux rues ou aux toits de Paris, à une musique presqu’en sourdine, en écho, interprétée en live par Bruno Ralle,  où alternent et se mélangent piano, guitare et sons électro pour donner, parfois avec des accents jazzy,  parfois avec des dissonances, la mesure de ce paysage mental.

Au-delà de la vie à naître

Elle est sur scène face à nous, cette mère qui apostrophe, et nous sommes l’enfant à naître, de l’autre côté de la glace. Nous sommes celui à qui il appartient de mener tous les combats, celui qui saura déceler les trésors cachés sous la surface, affronter le chagrin et trouver le courage de ceux qui n’ont pas flanché. Parce que la vie, c’est ça, ce flux et ce reflux. En même temps que le vol des oiseaux dans le ciel et le bonheur d’être ensemble, le frémissement d’aimer et d’être aimé, il y a les combats, les révoltes, le refus de laisser faire. Enfants d’un monde « d’entre deux guerres » qui vacille sur son assise et où les certitudes appartiennent au passé, nous avons le pouvoir de ne pas nous résigner. C’est le message que fait passer ce saisissant spectacle. La vie a un prix mais cela vaut la peine de le payer…

Respire de Sophie Maurer

S Mise en scène Panchika Velez S Avec Romane Bohringer, Bruno Rall S Scénographie et lumières Lucas Jimenez S Musique Baloo Productions S Collaboration artistique Mia Koumpan S Production François Volard, Acte 2 S Partenaire média Télérama S Cette pièce a bénéficié d’une bourse d’écriture de l’Association Beaumarchais-SACD

Du 15 septembre au 8 octobre 2022, du jeudi au samedi à 19h30

À La Scala – 13, boulevard de Strasbourg – 75010 Paris

01 40 03 44 30 www.lascala-paris.com

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article