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Arts-chipels.fr

En prévision de la fin du monde et de la création d’un nouveau. Quand les enfants règlent leurs comptes avec le monde des adultes.

En prévision de la fin du monde et de la création d’un nouveau. Quand les enfants règlent leurs comptes avec le monde des adultes.

Ce spectacle qui invente un univers enfantin calqué sur les errances de celui des adultes est on ne peut plus réjouissant. Et gonflé…

Trois enfants sont réfugiés dans une cave. La première, Madison, a la dégaine du garçon manqué, le verbe haut, l’attitude et le costume paramilitaire. Sur une chaise, Sofia est ligotée. Elle a été prise en otage. Quant à Ethan, gentil garçon, il essaie d’arranger les choses, de contenir Madison, qui fait ça comme en vrai. Trois pré-ados. Onze ans et toutes leurs dents. Et des dents, ils en ont. Contre l’école, contre les parents, contre la vie qui leur est faite, l’éducation inadaptée à leurs attentes, les espaces verts inexistants, l’absence de distraction, l’ignorance dans laquelle on les tient… Alors ils ont décidé de se faire entendre. Comme les « grands », en prenant des otages pour avoir une visibilité médiatique, pour exister auprès de tous ceux qui décident de leur vie sans leur demander leur avis.

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Un spectacle né de rencontres

Le spectacle est issu d’une série de rencontres de l’auteure, Pauline Sales, avec des enfants du Val-de-Marne et d’ailleurs, en groupe classe à partir du CM1, parfois individuellement. En question : la manière dont les enfants perçoivent le monde où nous vivons, leur perméabilité aux grands débats de notre temps – dérèglement climatique, féminisme, mondialisation... –, leur conscience d’appartenir à un groupe ou à une société, leur rapport à l’actualité ou aux problèmes que rencontrent leurs parents – retraite, chômage, migrations... –, leur manière de percevoir leur propre vie et le futur qu’ils imaginent. Si certains ne s’étaient pas posé ces questions ou se montraient peu intéressés, d’autres avaient déjà fait le choix, par exemple, de se faire élire à un conseil municipal des enfants. C’est avec leur vocabulaire et leurs expressions qui passent, parfois par un questionnement sur la langue – demain, c’est un nom ? un verbe ? ou quoi d’autre ? – que le spectacle les met en scène.

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Un monde à l'envers

Dans cette prise d’otages, pour de rire mais pas que, se joue la transposition, à travers des yeux d’enfants, du monde des adultes. Madison trouve sa vie insupportable. Elle veut changer le monde, en tout cas pour les enfants. Sofia est maire du CME, qui n’est pas la Campagne Mondiale pour l’Éducation mais le Conseil Municipal des Enfants. Madison l’a séquestrée parce qu’elle considère qu’elle ne fait rien, concrètement, pour que le sort des enfants change. Donc, si la manière douce ne fonctionne pas, on va parler violence. Filmer sur un portable la séquestration et établir une liste de revendications. Les trois enfants ont des positions tantôt similaires, tantôt divergentes. Apprendre à se comprendre et à s’écouter mutuellement fera aussi partie du jeu qui mêle les expériences de vie très différentes de chacun, leur héritage familial, les communautés auxquelles ils appartiennent. Parce que leurs positions sont aussi, en partie, issues des positions de leurs parents, de l’apprentissage à l’école, de ce qui circule sur les réseaux sociaux, des échos du tumulte du monde.

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

D’acronymes en contradictions

C’est le monde qu’ils refont dans le huis clos de cette cave. À coups d’acronymes d’abord, analogues à ceux du monde des adultes. En revendiquant le RMEE, le revenu Minimum d’Existence des Enfants pour ne plus dépendre financièrement des parents, ou le DCE, le Droit à Choisir son Éducation ou le DCSP, celui de choisir ses Parents. Ils se multiplient et s’allongent de plus en plus, comme la liste des revendications que les enfants formulent. Du côté de la cantine, il est bien sûr question d’avoir une alimentation plus responsable, végétarienne peut-être. Oui mais alors, quid du MacDo avec son Coca ? Et si ce serait bien de vivre à la campagne, est-ce qu’on ne risque pas de s’y ennuyer ? La question de l’argent – en gagner beaucoup – le dispute à la lutte contre les inégalités. Le grand amour est mis en balance avec les amours multiples et multi-sexes…

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Sa Majesté des mouches, revu et corrigé façon 93 ou 94

On pense à la vision de la société proposée par Sa Majesté des mouches, le roman de William Golding et le film éponyme de Peter Brook, où des enfants, isolés sur une île déserte, reconstituaient une société qui, finalement, renvoyait aux conceptions dont ils avaient hérité. Mais là où Golding livrait une vision pessimiste du futur, Pauline Sales secoue dans le même sac poids du passé et perspectives d’avenir pour proposer un monde où le rêve et sa concrétisation restent des options ouvertes et plus riantes. Elle montre aussi que les conflits et autres formes de violence ne sont pas des abstractions et que jouer à la guerre n’est pas innocent. En abordant de front cette question dans le cadre d’un projet utopique, elle pose l'une des questions qui sous-tend le politique. La fin justifie-t-elle les moyens ? De quoi réinterroger le monde et les rapports sociaux tout en livrant une peinture cocasse de cette espèce étrange qui a pour nom « adultes »…

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

En prévision de la fin du monde et de la création d’un nouveau (éd. Les Solitaires associés) S Texte et mise en scène Pauline Sales

S Avec Jacques-Joël Delgado, Vinora Epp, Cloé Lastère ou Noémie Pastéger S Assistante à la mise en scène Noémie Pasteger S Scénographie Damien Caille Perret S Musique Simon Aeschimann S Avec l’aide de Cécile Kretschmar S À partir de 11 ans S Commande à l’écriture des Théâtrales Charles Dullin, Festival de la création contemporaine en Val-de-Marne S Tout public dès 10 ans S Production et administration Agnès Carré S Production Clémence Faravel Diffusion et production En votre compagnie – Olivier Talpaert S Coproduction Les Théâtrales Charles Dullin, Le Théâtre André Malraux Chevilly Larue, Communauté d’agglomération, Mont Saint-Michel – Normandie, Le Théâtre Paul Eluard de Choisy-le-Roi Préachats Théâtre de Gentilly, La Grange Dimière, Fresnes, Théâtre de St Maur, La MC2 Grenoble S Avec le soutien en résidence du Théâtre Paul Eluard de Choisy-le-Roi, scène conventionnée d’intérêt national art et création pour la diversité linguistique S La Compagnie A l’envi est conventionnée par la DRAC Île-de-France

TOURNÉE (EN COURS DE CONSTRUCTION)

28 mars au 6 avril 2022 – Plateaux sauvages, 5 rue des Plâtrières, 75020 Paris. www.lesplateauxsauvages.fr

26 novembre 2022 – Théâtre de Fresnes (dans le cadre des Théâtrales Charles Dullin)

2 et 3 décembre 2022 – Gentilly (dans le cadre des Théâtrales Charles Dullin)

4 et 5 décembre 2022 – Théâtre de Choisy-le-Roi (dans le cadre des Théâtrales Charles Dullin)

9 au 12 mai 2023 – Théâtre de la Joliette, Marseille

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