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Arts-chipels.fr

Deux amis. Il suffit d’une table, de deux chaises et d’un bâton...

Deux amis. Il suffit d’une table, de deux chaises et d’un bâton...

À travers l’histoire de deux comédiens, la pièce offre le très bel hommage rendu au théâtre par Pascal Rambert, auteur, chorégraphe, metteur en scène et réalisateur.

Ils forment un couple, vivant et travaillant ensemble. Ils ont le projet, comme l’avait fait Antoine Vitez avec les « 4 Molière » – le Misanthrope, l’École des femmes, Tartuffe et Don Juan –, de remonter ces spectacles en reprenant le credo du metteur en scène : revenir à l’essence du théâtre telle que l’envisageait Molière en utilisant un nombre limité d’accessoires – une table, deux chaises et un bâton, le gendarme qui frappe les trois coups au théâtre. Ils mêlent leurs considérations sur le théâtre, assemblage de souvenirs, de plaisirs, de discussions sur son essence, à l’évocation de leur vie commune, au pari de Pascal ou au sens de l’Histoire. Un parcours dans le désordre qui passe par le coup de foudre de leur rencontre et une vie de passions partagées.

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

L’acteur en plein cœur

Pascal Rambert entretient avec ses interprètes une relation qui n’est pas seulement de l’ordre de la relation d’un metteur en scène et de comédiens interprètes. La personnalité de l’acteur, sa manière d’être en scène, sa perception sensible sont pour lui une source d’inspiration. Il compose ses pièces en pensant à leur être-là. Il écrit et met en scène des corps qui se côtoient intimement, se confrontent, s’affrontent. Des timbres qui se rejoignent. Ici il réunit Charles Berling et Stanislas Nordey, deux acteurs qui se connaissent bien. Il va les mettre d’une certaine manière en danger en les poussant au-delà des limites dans un jeu de massacre intime. Amis-amants reliés par une relation amoureuse à la fois douce et torride depuis de longues années, ils parlent de ce qu’ils sont en même temps que de leur passion commune, le théâtre.

© Nicolas Martinez

© Nicolas Martinez

Dans la galaxie des sentiments et des passions

En plein cœur de leur préparation, un sms arrive sur le portable de Stanislas. C’est celui d’un critique, méprisé par l’acteur qui le tient en médiocre considération. Son contenu, pour le moins singulier, déclenche entre les amoureux une discussion qui vire rapidement à l’explosion et à la démesure. Tout un flot de sentiments mêlés se déversent. Ce qu’on ne sait pas, on l’invente et Charles, en tentant de deviner ce qui se cache derrière le message – le respect pour l’autre voudrait qu’il ne le lise pas mais il l’a lu quand même – crée des scénarios de plus en plus monstrueux, en dépit des dénégations de Stanislas. Passion, jalousie, petites rancœurs accumulées se déversent comme un torrent impétueux, inarrêtable, iconoclaste. Jusqu’au moment ultime où se dégage ce qui compte vraiment.

© Vincent Berenger

© Vincent Berenger

Le théâtre, fragments d'un parcours amoureux

Une vie de théâtre pour le théâtre traverse la pièce de part en part. Molière, l’inspirateur, y tient une place de choix comme le modèle qui façonne ces vies dédiées. Des extraits de ses pièces sont jouées par les deux comédiens. Les attachés de presse et photographes sont mis sur la sellette avec amusement. Les critiques sont excusés (en partie) pour leurs mauvais papiers qui naissent d'une impression de trahison de leur passion. Les metteurs en scène « qui ne regardent pas les acteurs » et poursuivent un projet formé uniquement dans leur tête reçoivent leur part de portrait-charge. On voit se dessiner l’angoisse du comédien, jeté dans l’arène tous les soirs. Dans ce retour aux sources d’un théâtre réduit à quelques accessoires, il est aussi question des aventures individuelles prématurément interrompues comme celles de Vilar ou de Vitez. L’émotion affleure dans l’évocation d’Antoine Vitez, du comédien qui donne la réplique à Trintignant dans Ma nuit chez Maud de Rohmer au metteur en scène penseur et poète. Les histoires individuelles se mêlent à celles, emblématiques, du théâtre. L’amour, la vie, la souffrance et la mort sont indissociables du théâtre.

Deux amis (texte à paraître aux Solitaires intempestifs)  9 & 10 novembre 20h30

Dans le cadre du Moment Rambert, carte blanche donnée à Pascal Rambert

Au Théâtre des Bouffes du Nord – 37, boulevard de la Chapelle – 75010 Paris

Rés. 01 46 07 34 50. Site www.bouffesdunord.fr

S Texte et mise en scène Pascal Rambert S Avec Charles Berling, Stanislas Nordey S Lumière Yves Godin S Costumes Anaïs Romand S Collaboration artistique Pauline Roussille S Régie générale Alessandra Calabi S Régie lumière Thierry Morin S Régie plateau Antoine Giraud S Création le 9 juillet 2021 à Châteauvallon Scène nationale S Remerciements à la Fondazione Teatro Piemonte Europa (Turin)

TOURNÉE

24 au 12 décembre – TNS, Strasbourg

5 et 7 mai 2022 – Piccolo Teatro, Milan

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