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Arts-chipels.fr

Les enfants c’est moi. Quand les histoires pour enfants ne commencent plus par « Il était une fois » et s’adressent aussi aux adultes

© DR

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Les enfants c’est tout sauf simple. Confrontés aux adultes, pas facile pour eux de se trouver, entre dépendance et autonomie. Et, du côté des adultes, qui doivent les laisser grandir et s’échapper, l’affaire n’est pas plus aisée… Ce conte aux allures de parcours initiatique passe leur relation au filtre d’un travail clownesque et farceur pas toujours exempt de grincements.

Un bric-à-brac invraisemblable situé sur le devant de la scène : alignements de poupées, animaux divers, collection de santons pour crèche grand format, doudous, boîtes multicolores… l’univers d’une chambre d’enfant remplie de jouets, dans lequel évolue une femme au visage blanchi, vêtue comme les mariées en apesanteur de Chagall, et son comparse, un musicien légèrement facétieux qui s’amuse à souligner le récit et donne une réplique musicale au monologue de la femme. Auguste au féminin, la femme n’a pas des souliers démesurés aux pieds ou le costume à carreaux trop grand pour elle, mais la même naïveté que son homologue clownesque, la même propension à prendre des vessies pour des lanternes, la même manière de se raconter des histoires. La différence, c’est que cette femme, encore pleine du monde fantasque de l’enfance, va être mère et se raconte déjà son enfant, qu’elle se fabrique une vie rêvée de mère.

© Fabien Debrabandere

© Fabien Debrabandere

D’une incompréhension à l’autre

Lorsque l’enfant paraît, il ne correspond évidemment pas au bambin rêvé. Il chouine et pleure, pollue l’univers sonore de sa mère, lui barre la route de l’imaginaire. Il y a bien la Vierge Marie, mère de toutes les mères, pour la soutenir du haut de sa mandorle lumineuse, lui dire que la réalité peut s’éloigner du fantasme sans tuer la magie de la maternité, rien n’y fait. C’est pas cette dame dont on ne sait d’où elle sort qui peut comprendre ce qui se passe, même accompagnée de ses rois mages. Le divorce entre la mère et l’enfant est consommé et le lien brisé alors que les remords la submergent et le désir de la mère, devenue « indigne », de renouer les fils entre eux. Au travers de cette fable mi-loufoque mi-amère, l’auteur « chahute » la figure de l’adulte et l’image qu’il se fait de l’enfance.

© Fabien Debrabandere

© Fabien Debrabandere

Une dynamique qui s’enveloppe dans le merveilleux

Cette évocation où l’on voit passer parents séparés ou célibataires, enfants abandonnés, parents absents et toutes les figures que recouvrent les situations familiales et les relations parents-enfants, toutes éminemment concrètes, trouvent leur place dans un monde enchanté. Les poupées parlent une langue imaginaire que traduit la mère, les animaux interviennent dans le débat, les marionnettes s’animent, les papillons descendent des cintres, les forêts faites de branche de métal sont enchantées. Plus cocasse, le landau du bébé semble animé d’une vie propre. Il prend la poudre d’escampette quand bon lui semble, se cache, se dérobe, va et vient à son gré. Une maison miniature figure le foyer de la mère, le téléphone s’éclaire comme un arbre de Noël. Quant à l’enfant perdu, il suit son chemin de petits cailloux en forme de guirlande lumineuse.

© Fabien Debrabandere

© Fabien Debrabandere

L’enfance vue par les enfants

Peuplé de voix d’enfants, le spectacle croise le point de vue des enfants et celui des adultes. A la mère qui fantasme l’existence de son enfant, dans son attente émerveillée, sa lassitude, son irritation et ses regrets répond la perception de l’enfant, à mi-chemin entre l’attachement et la volonté de s’individualiser. « Lâche-moi les baskets » pourraient-ils dire à cette mère qui court après. « Laisse-moi exister pour ce que je suis et non ce que tu voudrais que je sois. » Au questionnement sur la manière d’être un bon parent renvoie le respect à accorder à l’enfance et à sa nature. Une enfance qui n’est pas celle des « il était une fois » mais s’ancre, y compris plastiquement et musicalement, dans le monde d’aujourd’hui, son bruit, sa fureur, son désordre et ses rythmes rock.

Les enfants c’est moi, de Marie Levavasseur

Dès 8 ans

Mise en scène : Marie Levavasseur - compagnie Tourneboulé

Avec : Amélie Roman et le musicien-comédien Tim Fromon.

/ assistanat à la mise en scène Fanny Chevallier / collaboration artistique Gaëlle Moquay / conseils dramaturgiques Mariette Navarro / scénographie et construction Gaëlle Bouilly / marionnettes Julien Aillet / costumes et accessoires Mélanie Loisy / construction Aumaury Roussel et Sylvain Liagre / création lumières Hervé Gary / régie plateau Gaëlle Bouilly ou Julien Bouzillé / régie générale, lumière et son Julien Bouzillé, Vincent Masschelein ou Elwin Seydlitz.

Théâtre Paris-Villette - 211, avenue Jean-Jaurès – 75019 Paris

Du 17 décembre 2020 au 3 janvier 2021 – le ven. 18 à 19h, sam. 19 à 17h, dim. 20, 27 et le 3 janvier à 15h30, les 22, 28, 29, 30 à 14h30, le 2 janvier à 19h. Scolaire le 17 à 14h30.

Rés. 01 40 03 72 23 – www.theatre-paris-villette.fr

Tournée 2020-2021

• 17 déc.-3 jan. : Théâtre Paris-Villette

• 4-5 fév. : Dieppe, Scène nationale

• 9 au 11 fév. : Théâtre de Brétigny-sur-Orge

• 5 mar. : Théâtre Jean Marais, Saint-Gratien

• 14 mar. : Le Cube, Douvres-la-Délivrance

• 17 au 23 mar. : Scène nationale Grand Narbonne

• 7-8 avr. : Marionnettissimo, Tournefeuille

• 16 avr. : La Licorne, Cannes

• 17-18 mai. : L’Arc, scène nationale Le Creusot

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