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Arts-chipels.fr

The Singing Club. Ô combien d’épousées, combien de combattantes sont devenues chanteuses pour surmonter l’attente…

The Singing Club. Ô combien d’épousées, combien de combattantes sont devenues chanteuses pour surmonter l’attente…

Femme de soldat est un statut peu enviable quand les hommes partent à la guerre… Peter Cattaneo dresse une peinture sociale tendre, humoristique et savoureuse des stratégies déployées par ces femmes pour surmonter l’angoisse. Une histoire qui finit en chansons…

On se rappelle encore The Full Monty, avec ses inénarrables chômeurs devenus chippendales pour la plus grande joie de la gent féminine. De là, il est facile d'imaginer que son réalisateur, Peter Cattaneo, va nous entraîner avec la même jubilation sur des sentiers tout aussi inattendus. Cette fois-ci, place aux dames dans un univers où on parle généralement peu d’elles lorsqu’elles ne sont pas soldats, les dames de ces messieurs (et dames) engagés dans l'armée. Nous voici dans le cadre d’une garnison provinciale anglaise, confite dans ses petites habitudes et respectueuse de la tradition, comme il se doit. Une vie tranquille avec son cortège de petits tracas et ses ados frondeurs, au moment où les hommes partent en opération – une mission de routine – pour un long mois en Afghanistan. Comme on entretient le moral des troupes, il faut entretenir celui de leurs compagnes… Armée oblige, on anticipe les baisses de moral chez les civiles. On nomme une responsable d’animation, on l’encourage à mettre en place des activités. Mais voilà que la femme du colonel décide de s’en mêler…

© Aimee Spinks

© Aimee Spinks

Hiérarchie, quand tu nous tiens…

Christine Scott-Thomas campe une femme de colonel coincée et dirigiste. Le commandement fait partie de ses gènes. Aussi, alors que la responsabilité d’occuper les épouses en incombe à une femme de lieutenant, d’un rang inférieur à celui de son mari, elle s’érige en cheftaine scout et la rivalité entre les deux femmes, quoique canalisée, éclate. Dans la recherche d’activités fédératrices, il est question de tricot, de cafés où chacun apporte son écot, de repas communs avec un puis deux puis trois petits coups à boire et ainsi de suite et – pourquoi pas – de monter une chorale, projet adopté. Mais sur quelles bases et avec quel répertoire ? L’une penche pour des cantiques et calque ses visées sur l’enseignement de la musique qu’elle a reçu. L’autre – Sharon Horgan – à l’exact opposé, improvise sur un petit synthétiseur les airs à la mode que toutes connaissent et reprennent dans un bel ensemble cacophonique. Là où l’une prône le sans alcool, l’autre défend la murge qui permet d’oublier… Toutes deux sont épatantes dans ce combat des chefs où chacune se hausse du col pour prendre le dessus. Mais nous sommes dans le registre de la comédie – humaine. Leurs points de vue se rejoindront finalement et chacune mettra de l’eau dans son vin ou du vin dans son eau pour créer une chorale qui unira le groupe des femmes et les conduira à se produire au Royal Albert Hall. Avec succès.

© Sean Gleason

© Sean Gleason

Une histoire vraie

Au point de départ, il y a une enquête auprès de vraies femmes de militaires engagées dans l’aventure des chorales. Malgré leurs différences, elles font l’apprentissage de la cohésion et de la camaraderie par le biais du chant, y trouvent le point d’appui d’une solidarité. « Nous avons découvert, dit Peter Cattaneo, des femmes de soldats très courageuses et sincères, et les histoires qu’elles nous ont confié étaient des leçons d’humilité, parfois émouvantes et souvent hilarantes. » La volonté de refléter ces témoignages de la réalité conduit le réalisateur à choisir de tourner le film dans une vraie base, avec son quotidien, ses soldats en exercice et leurs familles en tant que figurants, à Catterick, l’endroit même où la première chorale fut fondée. La fiction utilise la réalité dont elle est issue pour raconter de manière romancée cette même réalité.

© Aimee Spinks

© Aimee Spinks

Une galerie de personnages hauts en couleur

Elles sont aussi diverses qu’il est possible de l’être, les femmes croquées par Peter Cattaneo. Il y a la femme du colonel, droite dans ses bottes, qui ne laisse rien passer de sa douleur d’avoir perdu son fils à la guerre. Sa « rivale », Lisa, toute en sautes d’humeur, qui a du caractère et se trouve confrontée à son ado de fille, rebelle, qu’elle voit dériver sans parvenir à la canaliser. Il y a la très jeune femme romantique et rêveuse mariée à celui qu’elle fréquente depuis qu’elle a quinze ans, l’homo rude, nature, brute de décoffrage, la timide un peu ronde qui se cache dans un coin pour chanter, la passionnée de football qui utilise le vocabulaire du match pour décrire les situations qu’elle rencontre, celle qui affectionne les propos plutôt alertes dans les échanges qu’elle entretient avec son homme parti au loin, et bien d’autres encore. Une humanité en miniature, avec ses petits travers, ses engouements, ses désespoirs, ses joies, et les enfants autour, qui jouent et s’ébattent.

© Sean Gleason

© Sean Gleason

Une aventure musicale

Le film reconstitue avec humour l’aventure qui mène cette chorale de bric et de broc, cacophonique et hétéroclite, à un niveau d’excellence et lui ouvre les portes de la prestigieuse salle du Royal Albert Hall. Loin de gommer les différences entre les voix qui chantent ensemble sans former un ensemble sinon disparate et désaccordé, Peter Cattaneo a enregistré les chants dans les conditions du direct, en en conservant les imperfections, le côté brut et spontané, l’authenticité sympathique et saisissante. Un savoureux mélange où les voix de rogomme et les beuglements discordants semés de petits filets aigus pleins de cœur renvoient aux musiques électro-pop des années 1980. Avec une pêche d’enfer, capharnaümesque et chaotique, qui s’ordonne finalement et se discipline dans une proposition créatrice commune formée de la diversité des expressions, où chacune trouve sa place…

© Aimee Spinks

© Aimee Spinks

Une humanité attachante

Au-delà de la trame musicale qui sous-tend le film, c’est son caractère profondément humain qui séduit. Même si les personnages croqués sont archétypiques, leurs propos nous parlent d’un quotidien souvent occulté par les « informations ». La gestion de la vie courante d’une femme de militaire, livrée à elle-même, qui fait face à tous les aléas, et surtout son attente de celui qui est au loin, parfois en danger. Les communications impossibles, les nouvelles parcellaires, l’absence qu’on remplit comme on peut par la correspondance, les tragédies qui pèsent comme une composante indissociable et secouent la communauté. Elles sont présentes, avec leurs pragmatismes, leurs espoirs, leurs rires et leurs pleurs. Elles existent pleinement. Et ce club chantant en fait une évocation très habitée et profondément émouvante.

The Singing Club. 2019. Film britannique, 1h52’. Sortie en France 4 novembre 2020

Réalisation : Peter Cattaneo

Scénario : Rachel Tunnard et Rosanne Flynn

Avec : Kristin Scott Thomas (Kate), Sharon Horgan (Lisa),  Jason Flemyng (Crooks), Greg Wise (Richard), Emma Lowndes (Annie), Gaby French (Jess), Lara Rossi (Ruby), Amy James-Kelly (Sarah), India Ria Amarteifio (Frankie)

Image Hubert Taczanowski. Décors John Beard. Musique originale Lorne Balfe. Montage Lesley Walker et Anne Sopel. Superviseur musical Liz Gallacher. Costumes Jill Taylor. Maquillage Charlotte Hayward Copiffure. Casting Julie Harkin Cdg

©Military Wives Choir Film Ltd 2019 UK

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