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Arts-chipels.fr

La Fontaine. Un tirage au sort dans le grand jeu de la comédie humaine

© Ludo Leleu

© Ludo Leleu

2021 marquera le 400e de la naissance de Jean de la Fontaine. Une belle occasion de retrouver son talent de conteur, de réécouter ses Fables et d’en découvrir de nouvelles dans un spectacle plein d’allant et d’humour.

Un homme semble assoupi sur sa table de travail. Seule dans la lumière : une plume pour écrire. Elle est l’outil, l’emblème de notre homme. On entend au loin une voix d’enfant. On ne perçoit pas ce qu’il dit, seulement qu’il récite. La voix se fait audible. Elle annonce : le Rat des villes et le rat des champs. Le vieil homme sort de son sommeil et raconte la fable, bientôt rejoint par un jeune homme qui, tel un diable surgi de sa boîte, émerge des rayonnages encombrés de livres qui meublent la scène. Celui-ci, ils est casque et téléphone portable. Ensemble, le vieux et le jeune forment le lien entre les temps anciens et les nouveaux, le passé et le présent. Lire et dire La Fontaine, c’est transcender le temps et faire écouter un message qui traverse les siècles avec la même actualité.

© Ludo Leleu

© Ludo Leleu

Relire La Fontaine

Il est de certains textes qui sont comme le bon vin. Le temps ne les gâte pas, au contraire. A mesure qu’ils prennent de l’âge, leur résonnance s’accroît et s’enrichit. Nous avons ânonné, enfants, les déboires du corbeau victime de la rouerie du renard, déploré le sort du pauvre agneau dévoré par le loup, nous nous sommes gaussés du chêne trop assuré, vantard déraciné par le vent. Ces fables, et bien d’autres, on les récite encore dans sa tête en écoutant le texte dit, avec beaucoup de justesse et d’acuité, par les comédiens. On en retrouve la saveur en oubliant qu’elles ne sont pas seulement les exercices obligés des récitations à mémoriser mais que leurs considérations morales ou philosophiques ont des choses à nous dire et que ces animaux, qui nous ressemblaient comme des frères, nous parlent en fait de nous.

© Ludo Leleu

© Ludo Leleu

Un moraliste et un conteur

Les thèmes des Fables, on les connaît, ou on croit les connaître. Ils nous exhortent à l’humilité, à la mesure. Mais s’ils encensent le travail et l’effort, comme le Laboureur et ses enfants, s’ils chantent les sans-gloire et les petites gens (On a toujours besoin d’un plus petit que soi), s’ils valorisent le bon sens campagnard contre la fatuité citadine et célèbrent les valeurs d’amitié, ils brocardent aussi les abus des puissants, l’orgueil mal placé et le mépris des autres. A côté de la Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf s’étalent les mésaventures du mulet qui se haussait du col parce qu’il transportait de l’or auprès de son compère, pauvrement chargé et qui fut la victime désignée des voleurs quand l’autre fut épargné. La Fontaine ne manque pas de se gausser de la crédulité des hommes, tels ce bouc, tombé au fond d’un trou avec un renard, qui accepte que le renard monte sur son dos pour s’enfuir, lequel renard néglige évidemment de l’aider en retour. L’écho des études de droit que fit La Fontaine se retrouve dans le Chat, la belette et le petit lapin. Et certaines Fables prennent dans la situation présente un étrange relief, tels ces Animaux victimes de la peste où « Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés » et où les puissants désignent comme victime sacrificielle pour conjurer le mal le malheureux baudet qui a tondu en la mangeant toute l’herbe du pré – péché impardonnable et haro sur le baudet !

© Ludo Leleu

© Ludo Leleu

Une mise en scène intimiste qui invite à la participation

Nos deux protagonistes s’amusent et nous amusent en dégageant du texte les aspects satiriques et goguenards, les sentences et la légèreté. Ils jouent avec l’espace et le temps. Ils se travestissent style dix-septième siècle avec perruque et habit, nous promènent à l’autre bout de la planète avec un savoureux accent québécois sans doute pas très éloigné de la langue parlée à l’époque où vivait La Fontaine dans le Corbeau et le Renard, passent à l’anglais avec la Cigale et la fourmi quand ils ne chantent pas l’Oiseau blessé d’une flèche qui se plaint des humains sur un air de Je vous salue Marie ou Il n’y a pas d’amour heureux (poème d’Aragon) composé par Brassens. L’oiseau les met en garde sur les comportements belliqueux qu’ils adoptent vis-à-vis d’eux-mêmes : « toujours une moitié fournit des armes à l’autre ». Sur la piste circulaire tels des clowns au cirque, les acteurs prennent à parti les spectateurs, font lire à certains des poèmes. Les Fables apparaissent au détour d’une page des innombrables éditions de l’auteur, parfois prises au hasard d’un livre sorti à l’aveuglette d’une pile. Ainsi chaque spectacle auquel chaque fois cinquante spectateurs sont conviés apporte-t-il son lot de nouveauté comme chaque jour qui passe transmet son lot d’enseignements, sans ennui, mêlant le plaisir retrouvé du souvenir à celui de la découverte.

La Fontaine. L’assemblée fabuleuse. Fables de Jean de la Fontaine

Mise en scène : Nicola Auvray, sur une idée originale d’Yves Graffey

Avec : Yves Graffey et Lomig Ferré

Comédie de Picardie – 62, rue des Jacobins – 80000 Amiens

Tél. 03 22 22 20 20. Site : www.comediedepic.com

Du 14 au 18 octobre 2020 : mer. 14 à 19h30, jeu. 15 à 14h et 20h30, ven. 16 à 14h et 20h30,

sam. 17 à 19h30 dimanche 18 à 15h30

Puis du 2 au 10 novembre 2020 : les lun., mar., jeu. et ven. à 14h et 20h30, mer. 4 et sam. 7 à 19h30.

Tournée dans la région Hauts-de-France

Le 18 septembre 2020 : Montigny-sur-l’Hallue (80)
Le 30 septembre 2020 : Saint-Riquier (80)
Le 1er octobre 2020 : Flixecourt (80)
Le 2 octobre 2020 : Oisemont (80)
Le 3 octobre 2020 : Roisel (80)
Le 6 octobre 2020 : Nesle (80)
Le 9 octobre 2020 : Saint-Léger-lès-Domart (80)
Le 26 octobre et le 27 octobre 2020 : Albert (80)

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