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Arts-chipels.fr

Coronavirus, an 1. Journal de résistance. Mars 2020

Coronavirus, an 1. Journal de résistance. Mars 2020

C’est comme avant ou après Jésus-Christ : il n’y a pas d’année 0.

En ce 11e jour de confinement de l’an 1 (catégorisé, dans l’ère chrétienne, en 27 mars 2020) du Covid 19, et pour ne pas céder à la mortifère morosité que martèlent immuablement les médias à travers leur macabre bilan journalier, il est urgent de secouer nos électrons – libres, comme il se doit – car les 6 semaines (au moins, si l’on en croit les dires des médecins) qui s’annoncent risquent de nous paraître bien longues et lourdes.

Résister par l’art et le rire

J’ai longtemps hésité sur la forme à donner à cette résistance. Les envois des uns et des autres, chaque jour attendus comme une récréation salutaire, ont donné une forme au magma indifférencié de mes attentes informulées. Résister passe par la curiosité et le rire. Cette vertu libératoire qui éloigne l’angoisse nous réconcilie avec le monde. L’humour est le propre de l’homme et ce qui circule à l’heure actuelle sur les réseaux sociaux – qui trouvent, une fois n’est pas coutume, leur pleine justification – montre que nombreux sont ceux qui ont choisi cette voie pour se sentir vivants et aider les autres à l’être.

Certains d’entre vous se souviennent peut-être du film d’Alain Resnais On connaît la chanson, où Sabine Azéma poussait la chansonnette avec Résiste ! (https://www.dailymotion.com/video/xafqyo). Donc y-a-qu’à t-as-qu’à faut-qu-on et méthode Coué pour faire de ce moment une parenthèse intéressante dans nos vies.

Certains sont plus heureux que d'autres...

Certains sont plus heureux que d'autres...

Échanger, partager

Nous sommes nombreux à échanger chaque jour, entre nous, une info sur les « distractions » qui nous sont offertes, un concert, une photo ou une vidéo humoristique. Pourquoi la chaleur qui se diffuse à travers ces échanges ne concernerait-elle pas les autres, plus largement, en trouvant sa place dans arts-chipels ? C’est l’heure où l’on navigue à saute-mouton d’un site à l’autre, où l’on se remet à lire, où l’on prend le temps d’écouter, où l’on compare des interprétations musicales, où les visites de musées et les concerts virtuels se multiplient. Autant offrir aux autres ce dont nous bénéficions et jouer les passeurs. Arts-chipels, blog culturel et artistique, est tout indiqué et la rubrique « Que faire ? » adaptée à cet usage.

Seront donc mises en ligne, jour après jour, des brèves aptes à susciter émotion, curiosité, désir d’aller plus loin, en mêlant information, extraits de textes ou de musique, réflexion et humour. Vos envois seront les bienvenus.

Communication et sociologie de bazar

J’ouvre donc cette première livraison d’arts-chipels avec quelques traits d’humour et de vie livrés par nombre d’entre vous dans la période qui vient de s’écouler, avant d’ajouter, chaque jour, une petite branche à l’arbre qui pousse ses rameaux vers le ciel. Façon sociologie de bazar, quelques thèmes se dégagent des florilèges que vous avez envoyés. Il y a – ce que nous sommes oblige – de la culture sous toutes ses formes, des lectures en accès libre, des visites virtuelles, des concerts et opéras. D’autres thèmes se sont fait une place. Le confinement a donné naissance aux formes les plus surprenantes ou cocasses d’un imaginaire nourri de la vie quotidienne, de la famille, des enfants, du couple ; d’une société désormais aux abonnés absents, du télétravail, de la claustration et du désir d’évasion ; et, France oblige, du boire (surtout) et du manger. Quant aux écrivains, ils ont répandu des textes d’intérêt divers en forme de journaux, intimes ou pas.

Rush for food...

Rush for food...

Journal du confinement an 1

Chaque jour, arts-chipels diffusera une partie de vos envois. Textes, images et sons seront les bienvenus. Petits jeux et plaisanteries aussi. Intéressants, amusants, puérils, inspirés, de bon ou de mauvais goût, ils font partie de la voie lactée d’une humanité en souffrance à qui l’isolement inspire les rêves d’une communauté perdue, de petits paradis sombrés dans l’océan pollué des concessions de toute sorte.

Alors, puisqu’il faut bien commencer, une petite réflexion inspirée par le Théâtre et la peste d’Antonin Artaud. Point ne sommes à cette phase d’exacerbation extrême des sens analogue à la rupture que constitue la peste et qu’Artaud appelle de ses vœux pour le théâtre. Un cataclysme mental qui déborde toutes les conventions de la vie sociale et les attendus culturels pour parvenir à la sensation nue, violente, sans concession. Nous sommes néanmoins dans une période où les cartes se rebattent, où le choix nécessaire des priorités nous oblige à un retour sur nous-mêmes, nous pousse à repenser notre rapport au monde dans le « voyage autour de ma chambre » que le confinement induit. Même si cette prise de conscience n’est exempte ni de douleur ni d’inquiétude, l’enfermement nous oblige à déterminer ce qui est essentiel, à revenir sur la trame qui tisse notre vie, à son cœur plutôt qu’à sa surface, pour brillante qu’elle soit, et à plonger au-delà des apparences, dans l’essence même des choses. Nous avons bien besoin pour nous accompagner des paroles des poètes, des chants des musiciens, des représentations des artistes, en faisant au passage un petit salut au merveilleux poète turc Nazim Hikmet qui écrivait : « Les chants des hommes sont plus beaux qu’eux-mêmes ». Quel plus bel hommage rendu à l’art que celui-là ? Et il explose en ce moment, ce recours à l’art, sous forme de maximes, de films, d’images. Il dit l’éphémère en même temps que l’immémorial, la créativité en même temps que la création. Aussi ne nous privons pas de cueillir le jour qui vient en picorant les graines que sèment nos semblables.

// Côté musique, testons les délicieuses Indes galantes de Rameau à l’Opéra de Paris (https://www.operadeparis.fr/magazine/les-indes-galantes-replay)

ou les kits de survie musicale de la Philharmonie (https://mb.philharmonie-de-paris.fr/emailing/50530/2952/r16gpibumpmzmpyubafhsphysfveziuhezf/emailing.aspx)

// Versant graphique et esthétique, inventez-vous un jeu avec ces « Tableaux vivants » : pouvez-vous identifier, à partir de ces mises en scène, le titre des peintures qu’elles citent et les artistes concernés ? Avec le Requiem de Mozart en fond sonore, on aurait tort de bouder son plaisir (lien valable jusqu’au 27 avril 2020) : https://itransfert.hachette-livre.fr/easyshare/fwd/link=mBYPJHaXRCVKUIgRDJNI7C

// Entre théâtre et art du clown, pourquoi ne pas rentrer dans le one-woman show attachant de Marc Favreau avec Marie Thomas proposé par le théâtre Les Déchargeurs : https://vimeo.com/218746635?utm_source=sendinblue&utm_campaign=Mars_public_2&utm_medium=email

// Et puis une petite note d’humour italien – pardon pour ceux qui l’ont déjà reçue – sur les agendas de crise… 

Je n'y arrive plus!

// L’agenda culturel des vidéos à voir sur France TV Culture box :

https://mail.google.com/mail/u/1/#inbox/FMfcgxwHMZLFPcFwHwZVWBCJKpKwnGCS

// Et pour finir, provisoirement, un savoureux Journal de confinement (ci-dessous).

 

Si vous avez des émotions, de la musique, des extraits de texte, des réflexions, des commentaires, des images ou des sons à partager, merci de me les faire parvenir.

Et merci de garder en mémoire les coordonnées du site si vous souhaitez changer d’air (confiné) : www.arts-chipels.fr

Bon week-end !

 

JOURNAL DE CONFINEMENT
JOUR 1

Mercredi 18 mars. Premier jour à quatre à la maison. Journée ensoleillée, les enfants ont pu profiter du jardin. Pas encore de nouvelles de la maîtresse, j'imagine qu'il faut le temps de s'organiser. Ce midi, apéritif en famille, jeux l'après-midi ; Mathilde avait fait un gâteau au chocolat pour le goûter. Petit air de vacances !
JOUR 2
Jeudi 19 mars. Première tonte de l'année ! J'adore l'odeur de l'herbe coupée. Les arbres sont en bourgeons, les tulipes sortent de terre, les premiers jours de printemps sont toujours agréables ! Foot avec les enfants qui ont fini par se disputer, comme toujours. La vie s'organise tranquillement.
JOUR 3
Vendredi 20 mars. Les premiers devoirs sont tombés pour Mathis : révisions sur les divisions. Surtout rester calme... Léa fait des dessins pour papa et maman. Trop mignon.
JOUR 5
Dimanche 22 mars. Le jardin est au carré, on dirait Versailles ! Comme quoi il y a toujours du bon à prendre ! Mathilde a les mains dans la farine la moitié du temps : gare aux kilos en trop ! Léa a épuisé la moitié du stock de pages blanches, c'est moche pour la planète. Côté divisions, on rame...
JOUR 7
Mercredi 25 mars. Si Mathis me demande encore une fois ce qu'est un dividende, je lui fais manger son cahier ! Léa a enfoncé toutes les pointes de feutres et chouine à longueur de journée. Mathilde s'est lancée dans la confection d'un gâteau roumain à la purée de marrons et aux pruneaux. Est-ce vraiment une bonne idée ? Le temps commence à sembler long.
JOUR 10
Samedi 28 mars. Je crois que mon fils est con, j'ai abandonné la division. On a une semaine de retard sur le travail envoyé par la maîtresse. J'ai vomi le gâteau aux marrons.
JOUR 11
Dimanche 29 mars. La caisse à outil est nickel, j'ai rangé mes clefs plates par ordre de grandeur, les marteaux par ordre croissant de poids. J'ai trié tout ce qui pouvait se trier dans la maison : clous, vis, boutons, punaises (par couleurs), slips. Je commence à voir flou.
JOUR 14
Mercredi 1er avril. On continue sur le passé simple. La décence m'oblige à me taire.

JOUR 15
Je rédige une lettre à l'attention du pape pour faire canoniser la maîtresse de mon fils. J'ai envie d'écouter Céline Dion en passant l'aspirateur dans le garage. Je crois que ça va pas le faire.
JOUR 16
Vendredi 3 avril. « Les enfants prenâmes le goûter sur la terrasse ». Bon cette fois-ci c'est clair, Mathis n'aura pas non plus le prix Nobel de littérature... J'ai envie d'épouser sa maîtresse... je crois que je commence à délirer... Léa regarde la télé H 24. Mathilde a commencé une pièce montée à cinq étages. Je le sens pas trop. J'ai déjà pris cinq kilos...
JOUR 17
Samedi 4 avril. Je crois que j'ai chopé un Gilles de la Tourette avec ce putain de passé simple de merde ! La pièce montée s'est cassé la gueule. J'ai des hallucinations, les dessins de ma fille me parlent !
JOUR 18
Dimanche 5 avril. Pour la première fois de ma vie, j'ai prié Dieu...
JOUR 19
J'ai bouffé la page du livre de conjugaison. Problème réglé...
JOUR 20
Passé la journée à chercher le chien, on l'a perdu !
JOUR 21
Merde, c'est vrai, on n'a pas de chien ! J'attaque ma cinquième bière de la journée. Léa ressemble à un lapin qui aurait attrapé la Myxomatose.
JOUR 30
36 mars. Je suis sûr d'avoir vu passer la maîtresse de Mathis dans la pâture derrière chez nous : elle promenait son Bescherelle en laisse. Je vais reprendre un ricard …
JOUR 31
J'ai les dents qui grattent, je transpire des yeux. Je me rends compte que mon slip est à l'envers. Comme je le porte au-dessus mon pyjama, j'ai l'air encore plus con.
JOUR 32
An 3020 après ma belle-mère. Plus de farine dans les magasins, Mathilde est prostrée sur une chaise dans la cuisine, elle fait la conversation au four. Mathis essaye de diviser le passé simple. Léa bave devant la télévision. Les stocks de Ricard sont épuisés. Au secours...
JOUR 40
37 avril 2028. Oh putain on a remonté le temps ! Il se passe des trucs bizarres... Il y a une dame dans ma cuisine qui pleure en regardant le four, je ne sais pas du tout qui c'est. Et cette petite assise dans le coin qui regarde en ricanant, elle me file les jetons. De toute façon je ne sais plus comment je m'appelle. Je ne sais même plus pourquoi j'écris. C'est la fin...
JOUR 50
Il s'est passé quelque chose. Il y a des gens partout, on entend « c'est fini ! », « C'est fini ! », « Plus de confinement ! ». Je ne sais pas ce qu'il se passe. Je sors pour voir. Je m'y reprends à trois fois avant de savoir enfin passer la baie vitrée. Je respire à pleins poumons. Je tombe dans les pommes. Direction les urgences.
JOUR 60
Vendredi 15 mai. Reprise du travail depuis une semaine. Mathilde, Mathis et Léa vont bien. La vie a repris son cours normal, si ce n'est que j'ai du cholestérol, du diabète, des troubles de la personnalité (mon double ne parle qu'au passé simple et cherche à diviser tout ce qu'il peut, c'est un peu pénible...) Mais bon nous en sommes sortis vivants ! Rendez-vous demain chez la psy, 15h30...

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