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Arts-chipels.fr

La Sextape de Darwin. Quand nos amies les bêtes font la révolution sexuelle.

La Sextape de Darwin. Quand nos amies les bêtes font la révolution sexuelle.

Cette vie et mœurs de la gente animale, menée avec un humour ravageur, a beaucoup à nous apprendre sur la révolution sexuelle que l’homme opère à grand-peine.

Ambiance nature, apaisée, lorsqu’on pénètre dans la salle. En fond sonore léger résonnent des chants d’oiseaux. Une dame élégante, coincée dans son petit tailleur, apparaît sur la scène. Voix distinguée, légèrement maniérée et précieuse, la conférencière discourt sur les mœurs des animaux. Ça commence évidemment par le commencement, il y a un milliard d’années lorsqu’à côté des bactéries qui se reproduisent par division du noyau naît la reproduction sexuée. Un petit rappel au cas où on aurait oublié nos bases…

© DR

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Troublante nature

Sur le ton le plus sérieux, notre conférencière énonce les informations les plus ahurissantes. Sur les hermaphrodites, à la fois mâles et femelles, qui représentent 30% de la totalité des espèces animales hors insectes et s’associent entre eux tantôt en inversant les rôles, chacun à son tour endossant le rôle de mâle et femelle, tantôt en se passant de partenaire pour se reproduire. Elle décrit sans rire des animaux dont le sexe s’allonge jusqu’à faire six fois leur taille pour aller chercher non la petite bête mais le sexe de la femelle qu’ils doivent féconder. Elle nous introduit dans le corps de certains crustacés, tels les crabes, qui changent de sexe au cours de leur existence, quand ils ne passent pas de l’un à l’autre selon la position dans laquelle ils se trouvent comme la Crepidula fornicata, dont le nom, quoiqu’évocateur, n’a rien à voir avec la fornication, qui devient tantôt mâle et tantôt femelle selon qu’elle se trouve sur ou sous ses compagnons ou compagnes.

© Békir Aysan

© Békir Aysan

Un inventaire réjouissant

Comment choisir où se mettre quand on a, comme le kangourou femelle, trois vagins et deux utérus et, comme le mâle, deux pénis ? Les stratégies amoureuses se succèdent. Les araignées rouges, qui font l’amour à distance, tissent un chemin soyeux vers des poches reproductrices disposées çà et là pour leur partenaire. Les chenilles se mettent à briller pour se faire voir. Les oiseaux défendent en chantant leur territoire – barre-toi de mon arbre –, les grenouilles ont des étreintes qui durent sept jours, des limaces y reviennent sept fois, les girafes, cous emmêlés, ont des relations homosexuelles, le mâle de la baudroie se colle à la femelle jusqu’à disparaître. Le cannibalisme se pratique en amour, parfois c’est le père qui garde les œufs… Ce que la morale et la bien-pensance ont, de tout temps, considéré comme « perversion » se pratique dans la nature comme une tradition. De quoi donner à réfléchir…

© DR

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Entre lyrique, théâtre et danse

Peu à peu la conférence dérape. Le public est invité à faire partie du jeu qui cède peu à peu la place à des démonstrations in situ des mœurs des animaux. Insectes, limaces, oiseaux et autres libellules se livrent devant nos yeux à leur chorégraphie amoureuse tandis qu’une chanteuse, parfois sur des airs d’opéra – Wagner fait merveille dans les stratégies de conquête des mâles – ou par une collection de sons et de cris musicalisés, nous restitue un bruitage parodique et réjouissant. Les poches à sperme poussent sur les têtes, les vers de terre se prélassent langoureusement, les insectes communiquent à touche-touche de pinces. Et les bonobos toujours occupés à se tripoter les uns les autres mettent en pratique en permanence l’adage « Faites l’amour, pas la guerre ». Commencé sur un ton docte, le spectacle évolue vers un dérèglement progressif dont la folie va croissant, une sorte d’apocalypse saine et joyeuse. Si Noé avait su ça, composer la population de son arche aurait été autrement plus ardu. Quant à notre arche humaine, elle ferait bien d’en prendre un peu de graine !

© DR

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La Sextape de Darwin. Texte et mise en scène : Brigitte Mounier

Texte et mise en scène : Brigitte Mounier

Chorégraphie : Philippe Lafeuille

Avec : Sarah Nouveau, Antonin Chediny, Brigitte Mounier, Marie-Paule Bonnemason

Création Lumière : Nicolas Bignan. Construction : Ettore Marchica. Costumes : Émilie Cottam

À partir du 15 janvier 2020

Du mardi au samedi à 21h, matinée le samedi à 16h45

Théâtre La Bruyère, 5 rue La Bruyère – 75009 Paris

Tél. 01 48 74 76 99 Site : www.theatrelabruyere.com

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