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Arts-chipels.fr

Ambiance des salons romantiques sur des pianos d’époque. Schubert et les autres. 2019 et la suite.

Rosenberger 1820

Rosenberger 1820

Ambiance de salon romantique avec une soirée Schubert salle Cortot en décembre 2019. Quand les pianos anciens racontent la musique autrement.

Avec la restauration des pianos romantiques entreprise par l’association de la Nouvelle Athènes et la mise en place de master classes de jeu sur les pianos anciens se développe une tendance qui vise à faire entendre les musiques pour piano composées à partir de la fin du XVIIIe siècle sur les instruments pour lesquels ils ont été composés et non sur les instruments modernes. L’Institut polonais Frédéric Chopin de Varsovie consacre cette tendance en créant en 2018 un nouveau concours international de piano calqué sur le modèle de son aîné créé en 1927. Il met en avant l’interprétation sur des pianos datant de l’époque du compositeur.

Les salons, émulation musicale et lieu de rencontre

Les concerts de la Nouvelle Athènes nous replongent dans l’atmosphère des salons romantiques propices aux joutes musicales entre compositeurs, dans lesquels les petites formations instrumentales et la voix avaient leur part. Le concert du 20 décembre dernier, essentiellement consacré à Schubert, n’a pas dérogé à cette règle. Avec une première partie solo de piano, puis avec l’ensemble Lélio (piano, clarinette, violoncelle et voix de soprano) et un trio piano-violon-violoncelle, il a fait revivre un peu de l’atmosphère de l’époque. La taille réduite, chaleureuse et boisée, de la salle Cortot a donné au concert un caractère intimiste et sa belle acoustique a offert un agréable écrin sonore à la musique telle qu’elle était jouée à cette époque. Un certain climat qui permet de retrouver, pour l’auditoire, d’autres sensations, plus proches celles des spectateurs du XIXe siècle.

Ensemble Lélio

Ensemble Lélio

Schubert et autour

La conception du programme rappelait aussi le voisinage fréquent à l’époque dans une même soirée entre compositeurs et l’alternance de parties instrumentales et chantées. Si la partie initiale et la finale, instrumentales, étaient consacrées exclusivement à Schubert, avec des Impromptus (en si bémol majeur op. 42 n°3, en mi bémol majeur n°2 et sol bémol majeur n°3, op. 90) et le Trio en si bémol majeur op. 99, la partie médiane variait les compositeurs – Schubert, Franz Paul Lachner et Carl Maria von Weber,  arrangés pour l’ensemble par Benjamin d’Anfray – et faisait place au lied. La sonorité particulière du piano à queue Rosenberger de 1820 appartenant à Luca Montebugnoli nous a offert une approche différente de la musique, servie par la qualité de l’interprétation. Les pianos anciens procurent une perception plus intime de la musique, dans une proximité plus grande entre l’interprète et ceux qui l’écoutent.

Dmitry Abloguin

Dmitry Abloguin

L’âme romantique

Dmitry Ablogin, Benjamin d’Anfray et Edoardo Torbianelli se sont succédé au piano. Dmitry Ablogin, lauréat de plusieurs concours internationaux dont celui de Nicolai Rubinstein à Paris, du Germany Piano Open à Hanovre et du concours Chopin, fait partie des jeunes pianistes qui souhaitent se dédier aux pianos d’époque. Son jeu aérien et mélodique, tout en nuances, a laissé transparaître ce chant si particulier qui court sous la musique de Schubert. Benjamin d’Anfray, qui développe par ailleurs une réflexion sur l’esthétique romantique et sur l’improvisation au XIXe siècle au sein du Master d’interprétation des musiques ancienne consacré au pianoforte, a ici laissé de côté son jeu souvent fougueux pour se couler avec son ensemble dans la nostalgie colorée de folklore du programme choisi. Le trio formé par Edoardo Torbianelli – qui a mené une recherche sur la vocalité au piano de Chopin et est l’interprète remarqué de Pièces tardives de Chopin sur un Pleyel 1842 –, avec Wietse Beels (du quatuor belge Taurus) et Fernando Caida-Greco (spécialiste de musique contemporaine et romantique) a su rendre la délicatesse infinie et la force du Trio op. 99 en si bémol majeur de Schubert. Composé par Schubert un an avant sa mort, il alterne rythmes vifs et dansés très ornementés avec des complaintes teintées de mélancolie et d’accents dramatiques. Une musique toute en nuances et en états d’âme.

Les références folkloriques soulignent l’importance accordée par le romantisme, au niveau européen, à la culture populaire. Dans une époque de printemps des peuples, les airs et chansons traditionnels – dont Nerval, en littérature, fournit l’équivalent avec sa collecte des chansons populaires du Valois – sont mis au goût du jour par les romantiques et trouvent, en musique, une expression dans la revalorisation des airs folkloriques. Dans le concert, elles trouvent une expression avec le yodel alpin qui sert de leitmotiv au Pâtre sur le rocher (Der Hirten auf den Felsen) ou la musique tzigane qui irrigue le Trio op. 99.

Des concerts et des actions à suivre

Rencontres et master classes sur le thème des pianos anciens se poursuivront en 2020 avec une journée d’improvisation dans le style des romantiques animée par Edoardo Torbianelli le 13 janvier, des rencontres portant sur la restauration du piano Erard 1806 acquis par l’association ainsi que des master classes consacrées à la pratique des instruments anciens avec Aurélien Delage, Eloy Orzaiz, Maude Gratton les 8 et 9 février. Une journée ayant pour thème les enregistrements historiques fermera le cycle le 16 mars. Côté concerts, un concert, « Dans les salons parisiens sous le Ier Empire » le 7 février salle Cortot permettra d’entendre le piano Erard nouvellement restauré, acquis par la Nouvelle Athènes. Deux autres concerts, doublés de master classes et de rencontres, se dérouleront les 8 et 9 février au Reid Hall.

La Nouvelle Athènes – 19, rue du Banquier – 75013 Paris

Tél. 06 70 20 67 34. Site : www.lanouvelleathenespianosromantiques.com

Pour les manifestations à venir

https://www.lanouvelleathenespianosromantiques.com/agenda-reservations

En 2020

Vendredi 7 février, 20h : « Dans les salons parisiens sous le Ier Empire », salle Cortot (78 rue Cardinet – 75017 Paris)

Découverte de Mozart à Paris, Beethoven et les pianos Erard 1800, le rôle des pianistes virtuoses Dussek, Steibelt, des professeurs du Conservatoire Louis Adam & Hélène de Montgeroult. Instrument : Inauguration du Piano Carré Erard 1806, collection La Nouvelle Athènes, restauré par le Maître d’Art Christopher Clarke

Avec : Piet Kuijken, Eloy Orzaiz piano, Marta Ramirez violon, Ensemble Hexameron, Luca Montebugnoli piano et direction.

8 & 9 février 2020 – Reid Hall (4 rue de Chevreuse - 75006 Paris)

Conférences, master classes publiques et concerts avec Piet Kuijken, Luca Montebugnoli, Eloy Orzaiz, Daria Fadeeva, Bénédicte Harlé... et Christopher Clarke, Jérôme Dorival...

Discographie

« Dans un salon de la Nouvelle Athènes » : des enregistrements live des concerts du Petit Palais réalisés à l’occasion de l’exposition Paris romantique en 2019.

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