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Arts-chipels.fr

L’Élégance voqale. Sur un air de chanson leste

L’Élégance voqale. Sur un air de chanson leste

Il fait bon, de temps en temps, laisser au vestiaire les prises de tête pour s’amuser de nos petits travers amoureux. Et de se réjouir d’un PMQ (parle à mon cul) très enlevé et plein d’humour.

Ils sont sept garçons dans le vent de la chanson grivoise. La mine malicieuse, l’allure décontractée. Ils entonnent avec un bel ensemble des chansons de trou d’balle, de p’tites putains du coin des rues ou d’artilleur en goguette. A cappella, ne vous déplaise, ils se renvoient la balle, les boules ou le bâton, c’est selon. Ils fouillent la braguette, passent la main entre les seins, font sonner à plusieurs voix les clochettes que trimballent les cornus cocus. Ils jouent de la métaphore, du sous-entendu pas si sous que ça pour passer sans transition au manifeste, appelant une chatte une chatte tout en célébrant la bite à Dudule. Bref, leurs vocalises les entraînent par monts et par vaux sur des fleuves de stupre et de fornication, qu’enjambent la masturbation et les « amours toujours » que le quotidien use et délite.

© Arach’Pictures – Najim Chaoui

© Arach’Pictures – Najim Chaoui

Coquinades bon enfant

Tambour battant et sans temps mort, avec un ensemble réglé au petit poil, ils enchaînent les étapes de leur promenade coquine en terres humides. Ils font revivre ces chansons de corps de garde que, même sans les apprendre, nous avons engrangées dans un recoin de notre mémoire. Ils s’en amusent et nous amusent aussi. On aurait pu craindre un étalage d’âneries sexistes auxquelles se livrent parfois les garçons entre eux. Nos sept compères passent au large pour le plus grand bonheur des spectateurs. Nulle vulgarité dans cet étalage de mésaventures sexuelles décrites en langue crue, où le chat qui dit ce qu’il a à dire répond à la chatte, où le missionnaire peut avoir une drôle de position. Ils ont une distance amusée qui parle d’un temps où la grivoiserie n’était pas politiquement incorrecte, où Bobby Lapointe, Brassens et les Frères Jacques faisaient les délices des microsillons sans qu’on s’en offusque.

© Hugiloki

© Hugiloki

Une ballade musicale

Le texte ne constitue pas le seul attrait de ce spectacle agréablement décalé. La musique est de la partie. De Bach à Édith Piaf, des Platters ou des Papas et Mammas à Bob Marley, les chanteurs jouent de tous les registres, ajoutant le plaisir de la citation, les mimiques de rocker ou les déplacements élastiques d’un Michael Jackson aux textes consacrés de la chanson paillarde. Reprenant à chaque fois comme une antienne la même historiette à trousse-que-veux-tu, ils la traitent chaque fois dans un style différent, ajoutant la gageure musicale au savoureux dialogue des voix. Au total on rit beaucoup sans se sentir coupable de le faire. L’Élégance voqale a cette chaleur un peu nostalgique mais réconfortante des insolences du temps passé.

 [PMQ] L’Élégance voqale

Mise en scène : Charlotte Gaccio

Avec : Pierre Marescaux, Geoffrey Bailleul, Louis Lefebvre Legagneur, Benjamin Riez, Joël Legagneur, Brice Baillon et Olivier Andrys

Théâtre des Deux ânes, 100, boulevard de Clichy – 75019 Paris

Tél. 01 46 06 10 26. Site : www.2anes.com  

Mercredi 4 décembre à 20h30

En 2020 : Mercredi 22 janvier, mercredi 5 février, mercredi 22 avril à 20h30.

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