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Arts-chipels.fr

Léonard de Vinci. L’enfance malmenée d’un génie de la Renaissance.

Léonard de Vinci. L’enfance malmenée d’un génie de la Renaissance.

Beaucoup de choses ont été écrites sur l’homme universel, humaniste et emblématique, que fut Léonard en son temps. Brigitte Kernel nous propose de plonger dans son enfance pour, peut-être, mieux cerner le génie qu’il est devenu.

Sur la scène, un immense livre relié de cuir est posé au sol. Dans un coin, des mannequins de bois de différentes tailles attendent qu’on les anime. Un homme entre. C’est un homme fait. Il annonce : « Je m’appelle Léonard, je suis Italien et j’ai neuf ans depuis deux semaines. » Le spectacle est lancé. L’homme ouvre l’immense livre sur lequel il était assis. Les Carnets de Léonard de Vinci se dévoilent. Sur le livre ouvert se projetteront au fil du spectacle les pages d’écriture à l’envers de l’artiste et certains de ses dessins, esquisses volées à l’instant qui s’enfuit, études de paysages et de rochers de la campagne toscane, mais aussi dessins anatomiques, études de portraits ou maquettes de machines.

© Cyrille Valroff

© Cyrille Valroff

Une enfance tourmentée

L’histoire de Léonard commence comme un mélodrame dans le plus pur style de la littérature populaire. Une jeune et jolie fille est engrossée par un notaire dans le village de Vinci. Loin de se préoccuper du sort de la mère, celui-ci la laisse dans le plus complet dénuement avec l’enfant avant, finalement, de la marier à un paysan. Il récupère alors le petit garçon avec le projet de lui donner une formation juridique – il ne le reconnaîtra cependant jamais. Mais Léonard – de Vinci car en ce temps-là, votre localité d’origine, ajoutée au prénom, vous identifie – n’est pas l’enfant docile qu’on voudrait faire de lui. Privé de sa mère, qu’il a interdiction de voir, traité comme quantité négligeable par son père qui le mène durement – du moins le croit-il –, l’enfant grandit comme il peut, sous la protection chaleureuse de sa belle-mère qui ne peut avoir d’enfant et chez son grand-père. À cinq ans, il troque la pauvreté et le dénuement d’une vie de rien contre une demeure bourgeoise où il reçoit une éducation de qualité. S’il ignorera le latin, la grammaire et le calcul ne lui seront pas étrangers.

© Cyrille Valroff

© Cyrille Valroff

Un garçonnet peu banal

Dès son plus jeune âge, Léonard montre un talent exceptionnel pour le dessin. Il aime la nature, qu’il croque en toute occasion, les animaux, qu’il refuse de manger. Il est curieux de tout, veut savoir comment tout fonctionne, s’intéresse au mouvement, se passionne pour le vol des oiseaux et le mécanisme des ailes qui le rend possible, imagine un ancêtre du parachute, dévore le traité d’architecture et de perspective de Leon Battista Alberti. Il développe aussi cette curieuse disposition d’écrire de la main gauche des textes énigmatiques qu’on ne déchiffrera par la suite qu’à l’aide d’un miroir. Son exceptionnel talent lui vaut d’entrer, à douze ans, comme apprenti dans l’atelier d’Andrea del Verrochio que son père fréquente. Là, à Florence où sa famille a emménagé, il apprendra l’art de la couleur, la manière de réduire en poudre les pigments et de les malaxer avec l’huile. Là il rencontrera les grands artistes florentins de son temps : Botticelli, Pérugin, Ghirlandaio. Là, il sera en contact avec la fine fleur des penseurs de son temps. À vingt ans, il est admis dans la confrérie de saint Luc. L’apprenti est devenu maître. Le spectacle évoque en pointillés ce qui suit : ses expérimentations picturales, son sfumato incomparable, son exil à Milan où il concocte pour le peu commode Ludovic Sforza toute une machinerie guerrière, ses voyages dont le dernier le mènera, à l’invitation du roi de France, au Clos-Lucé, et ce portrait de Mona Lisa, la Joconde, qu’il se refuse à livrer à son commanditaire et emporte dans ses bagages comme l’aboutissement d’une démarche, la quintessence de son art.

© Cyrille Valroff

© Cyrille Valroff

Une vision psychologique du jeune Vinci qui parle à l’enfance

L’histoire de Léonard de Vinci, Brigitte Kernel choisit de la raconter à travers les premières années de l’artiste, ces années qu’on dit fondamentales pour la formation du caractère, celles qui impriment leurs effets durant toute la vie. Elle se glisse dans la peau du petit garçon pour en donner une interprétation psychologique. Elle parle d’enfance maltraitée, de privation de la mère, de manque d’amour. D’un père trop lointain vécu comme un étranger. Elle lui prête des émotions et des peines dans lesquelles les enfants peuvent se reconnaître, dans lesquelles se reflètent des questions que, de tout temps, les enfants en manque d’affection se sont posés. Grégory Gerreboo trouve les accents de l’innocence émerveillée dans le retour en arrière qu’il opère vers l’enfant Léonard et sa passion des choses de la vie, il communique sa présence chaleureuse au rôle. Les mannequins, fort beaux, ont quelque chose de ceux du Bauhaus dans leur rondeur de formes. Manipulés par l’acteur, ils deviennent tour à tour dans ce joli spectacle ses comparses pour évoquer l’enfant lui-même ou ses proches. Un regret toutefois : cette vision psychologisante des débuts de Léonard occulte, sans les ignorer tout à fait, d’autres facettes de l’artiste, plus problématiques. Il est trop beau pour être vrai, cet homme emblématique de la Renaissance, architecte, peintre, ingénieur pétri d’humanisme et curieux insatiable. Elle tire le personnage vers une figure plus univoque, plus consensuelle. C’est à ce prix que le spectacle peut proposer aux enfants un miroir où ils se retrouvent.

© Cyrille Valroff

© Cyrille Valroff

Léonard de Vinci, l’enfance d’un génie de Brigitte Kernel et Sylvia Roux, d'après le roman de Brigitte Kernel (éd. Leduc S.)

Mise en scène : Stéphane Cottin

Avec : Grégory Gerreboo et la voix de Lisa Schuster

Scénographie : Sophie Jacob et Stéphane Cottin. Lumière : Marie-Hélène Pinon. Costumes : Chouchane Abello-Tcherpachian. Son : Cyril Giroux.

À partir du 9 novembre 2019, les samedis à 17h

Studio Hébertot – 78 bis, boulevard des Batignolles – 75017 Paris

Tél. 01 42 93 13 04. Site : www.studiohebertot.com

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