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Arts-chipels.fr

Jean-Marc Luisada. L’homme qui parlait à l’oreille des pianos.

Jean-Marc Luisada. L’homme qui parlait à l’oreille des pianos.

Jean-Marc Luisada est un grand interprète de la musique romantique, mais il n’est pas que cela. Le concert qui mêlait Haydn, Debussy et Chopin atteste de son talent insigne de « caresseur de pianos ».

Il est de certains interprètes comme de senteurs rares. Elles laissent une trace olfactive bien après que le parfum s’en soit allé. C’est le cas pour Jean-Marc Luisada qui ne cesse de distiller, depuis nombre d’années, une musique aérienne qui laisse entendre chaque note, percevoir chaque inflexion et invite à pénétrer dans la musique. Le récital du Collège des Bernardins, dans sa diversité programmatique, n’a pas fait exception à la règle. Avec ses deux siècles d’écarts musicaux, des sources baroques, pleines d’imagination et de fantaisie présentes dans la Sonate n°13 de Haydn à la fausse simplicité ascétique de Debussy, avec un passage obligé, bien sûr, par Chopin dont Jean-Marc Luisada est un interprète d’élection, son programme nous a offert un beau voyage sur les terres chaleureusement habitées du pianiste.

Un pays qui lui ressemble

Si l’homme a de la bouteille, qu’il manipule avec un art parfois teinté de malice la gamme des émotions sur une carte qui n’est pas que du Tendre, s’il sait nous amener là où il voudrait qu’on soit et qu’il éprouve un plaisir manifeste à nous faire partager ses engouements et ses amours, il n’a pas son pareil pour nous entraîner sur des terres qu’on croyait connaître et qu’on redécouvre alors, transfigurées sous ses doigts. La précision et la finesse de son toucher, la respiration qu’il accorde à la musique, l’ampleur des liens qu’il tisse ouvrent sur des horizons inconnus, infinis, et provoquent une rêverie qui court au fil des notes et se prolonge bien après dans l’air du soir. Nostalgique il se veut, égaré du XIXe siècle, et nous sur ses traces.

Faire l’amour au piano

C’est ainsi qu’il qualifie sa relation à l’instrument. Intime, pour en garder l’essentiel de l’âme. Point n’est besoin d’écraser les touches pour dire la violence des sentiments. « Plus on joue fort, moins ça sonne », dit-il dans une interview. Un silence infime, une suspension du temps comme une hésitation à livrer un ressenti ou une pensée qui passe et provoque un changement de ton, une modification de l’atmosphère, une accélération soudaine comme un cœur qui s’emballe, une note plus appuyée que les autres et on sait que quelque chose a changé. La précision et la rigueur de Jean-Marc Luisada sont extrêmes. Ni laisser-aller ni lâcher prise ou abandon à un lyrisme qui serait plaqué ne sont perceptibles dans son jeu millimétré où les notes chantent. Il embrasse le piano et y habite. Quant à l’auditeur, heureux d’être là, il se remplit de sons et peuple son imaginaire de tous ces beaux fantômes…

Jean-Marc Luisada, le ciel au bout des doigts

Collège des Bernardins – 20, rue de Poissy – 75005 Paris

Le 27 novembre 2019

Prochain concert de Jean-Marc Luisada à Paris

Salle Gaveau – 45, rue La Boétie – 75008 Paris

Tél. 01 49 53 05 07. Site : www.sallegaveau.com

Jeudi 11 juin 2020 à 20h30

Au programme

Bach : Suite française n°5 en sol majeur

Schumann : Carnaval op. 9

Gershwin : Rhapsody in Blue

Ravel : le Tombeau de CouperinSarah 

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