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Arts-chipels.fr

Désordre du Discours. Quand le discours qui se prend pour objet devient lui-même l’objet d’un discours théâtral.

© Marc Domage

© Marc Domage

Michel Foucault avait choisi de faire de sa leçon inaugurale au Collège de France donnée en 1970 un discours sur le discours. Le spectacle de Fanny de Chaillé offre l’opportunité de réentendre ce texte passionnant en l’enrichissant d’une relecture théâtrale.

Le spectateur pénètre dans un amphithéâtre d’école ou d’université. Nous voici ramenés des années en arrière, redevenus étudiants installés sur les gradins pour entendre un « prof » nous asséner son discours en chaire. Mais quel discours ! Pour sa leçon inaugurale au Collège de France, Michel Foucault avait choisi de faire du discours la matière même de son développement au lieu de présenter, comme c’était l’usage, l’état de ses recherches et son programme de cours. Il s’y livre à un démontage des mécanismes qui régissent le discours, délimite les procédures externes de limitation du discours – l’interdit, la ligne de partage entre raison et folie, les souvenirs de l’Histoire de la folie à l’âge classique remontent à la surface de notre mémoire – avant de s’intéresser à l’externalité du discours que représente le commentaire, à l’auteur et à l’organisation des discours en disciplines et de conclure sur l’aspect sociétal des procédures d’exclusion (rituels, doctrines…)

© Marc Domage

© Marc Domage

Relecture d’une relecture

Cette démonstration magistrale n’aurait pu être que la reconstitution d’un discours en chaire dont ne demeure aujourd’hui que la trace écrite, donc une version repensée et recomposée. Fanny de Chaillé en fait une relecture à part entière en tentant de « nettoyer » l’écriture pour faire réapparaître l’oralité du discours. Ce faisant, elle-même procède, dans l’écriture, à l’épure. Les textes qu’elle a produits au fil de la création, elle les dégraisse au fil de l’élaboration du spectacle jusqu’à revenir au texte de Michel Foucault seul, débarrassé du commentaire de la parole. Mais non de celui de sa profération. Car c’est bien dans les intervalles du discours, entre les silences des mots, que s’inscrit l’autre discours, celui de la parole dite. La mise en scène mettra en lumière un « plus que les mots » qui jongle entre dire et commenter. Une chorégraphie du geste, minimaliste mais éclairante.

© DR

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Une performance d’acteur

Guillaume Bailliart, sanglé dans un col roulé blanc qui n’est pas sans évoquer l’image de Michel Foucault rangée dans nos mémoires, reprend les codes que nécessite le discours en chaire : clarté d’élocution, pauses infinitésimales destinées à laisser l’auditeur assimiler ce qui vient d’être dit, mimiques variées pour introduire de la variété dans la captation d’attention. Mais sa gestuelle déborde le cadre traditionnel de l’énonciation du discours en chaire. Non content de s’allonger sur le bureau, ou de prononcer son texte tête rabattue sur lui, comme assommé par ce qu’il dit, ou au contraire de se dresser debout, dessus, pour prendre de l’ampleur, il fait de son corps l’instrument de l’argumentation même – thèse-antithèse, point de vue, contre-point de vue… Le corps dément, commente, analyse ce qui sort de la tête. Il révèle la pensée, l’intention, ce qui se cache derrière les mots. Il va même parfois jusqu’à reprendre les intonations du grand chauve. Coiffé d’une calvitie de farces et attrapes, il se glisse dans la peau de Foucault, adopte son élocution, ses accentuations, sa manière même, si singulière, de prononcer les mots.

Les spectateurs ne s’y trompent pas. Attentifs, riant au passage de certaines réflexions, ils saluent avec enthousiasme cette manière de faire revivre la pensée de celui qui fut l’un des très grands intellectuels du xxe siècle.

Désordre du Discours. Quand le discours qui se prend pour objet devient lui-même l’objet d’un discours théâtral.

Désordre du discours

Conception Fanny de Chaillé d’après L’Ordre du discours de Michel Foucault (éd. Gallimard)

Avec :  Guillaume Bailliart

Son : Manuel Coursin

Fanny de Chaillé est artiste associée à Malraux scène nationale Chambéry Savoie et au CND Centre national de la danse (Lyon).

Lun. 4 novembre 19h - Université Paris 8 Avec Le CND Centre National De La Danse

Mer. 6 novembre 19h et jeu. 7 novembre 12h30 - Université Paris Nanterre avec Nanterre-Amandiers

Ven. 8 novembre 19h - Beaux-Arts de Paris

Mar. 10 et mer. 11 décembre 19h30 - École des Arts de la Sorbonne – Centre Saint-Charles avec le Carreau du Temple

17-19 décembre - Théâtre la Vignette - Montpellier

12-13 février 2020 - Carré Colonnes - Bordeaux

30 mars 2020 - Comédie de Caen

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