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AlUla, merveille d’Arabie

AlUla, merveille d’Arabie

L’Institut du monde arabe présente une exposition sur AlUla, une petite ville ou plutôt une vallée située dans le nord-ouest de l’Arabie Saoudite. C’est le site unique d’une oasis verdoyante, où se sont succédé plusieurs cultures et de nombreux voyageurs depuis la préhistoire jusqu’à nos jours.

Dès le parvis de l’Institut, les passants et les visiteurs sont accueillis par une immense photo d’un monument irréel : une imposante façade taillée ou plutôt sculptée dans un rocher de forme ovoïde qui se dresse au milieu d’un paysage désertique. La roche est orangée sous le projecteur du soleil et elle se détache sur un ciel d’un bleu très pur. Dès l’entrée, au rez-de-chaussée de l’IMA, sont projetées des vidéos spectaculaires de massifs désertiques, falaises, canyons et oasis.

Le nom d’AlUla n’évoque rien de connu pour la plupart des visiteurs qui entrent dans l’exposition. L’Arabie Saoudite est encore un pays peu accessible au tourisme. C’est l’une des raisons pour lesquelles ont été créés une Commission royale pour AlUla et un programme de coopération franco-saoudien pour la mise en valeur de cet ensemble naturel et historique exceptionnel. Il s’appuie sur une collaboration archéologique franco-saoudienne qui existe depuis près de 20 ans déjà.

L’exposition propose au public une approche sensible et émotionnelle autant que scientifique et archéologique. Le pari est réussi. On nous présente la nature austère et spectaculaire du désert arabique, la végétation miraculeuse de l’oasis, l’homme dans cette nature et son évolution dans le temps.

Oasis d’AlUla, © Yann Arthus-Bertrand, Hope Production

Oasis d’AlUla, © Yann Arthus-Bertrand, Hope Production

Une oasis millénaire

Une vidéo panoramique, en fait un plan fixe de paysage filmé sur 24h, sert de fond à la première salle qui offre une immersion dans le temps long. Une animation sur un vaste plan en relief de la vallée fait dérouler le temps géologique en accéléré, les éruptions, les coulées de lave, d’eau, de sable, les érosions, la végétation, qui ont créé en plusieurs centaines de millions d’années ce paysage désertique très spectaculaire de massifs et de falaises où dominent les grès de couleurs chaudes. D’importantes réserves d’eau souterraines auxquelles s’ajoutent quelques précipitations ont fait de ce lieu a priori hostile un lieu de vie foisonnant de végétation. Dans la même salle, des photographies illustrent quelques témoins de la présence humaine aux périodes préhistoriques : les gravures rupestres de dromadaires, d’ibex et d’autruches ainsi que de chasseurs, les cairns funéraires et les énigmatiques tombes à traîne, qui sont des tumuli accompagnés d’une série de pierriers en ligne.

La deuxième salle propose une immersion dans l’oasis et ses eaux domestiquées, dans la végétation bruissante de sons et de chants d’oiseaux. Les recherches archéologiques récentes ont permis d’identifier les cultures antiques présentes dans l’oasis : palmier dattier, olivier, grenadier, vigne, figuier, céréales, blés, orges, ainsi que le coton.

 

Les royaumes antiques de Dadan et de Lihyân

Du cadre naturel et des premières présences humaines, nous passons ensuite au temps historique, l’époque des royaumes arabes, qui ont prospéré au Ier millénaire avant notre ère dans cette oasis, sur la voie des caravanes chargées d’encens et de myrrhe, qui remontaient des royaumes sud-arabiques vers le Levant méditerranéen. Le site d’AlUla constituait le centre et la capitale des royaumes de Dadan (IXe-Ve av. J.-C.) et de Lihyân (Ve-début Ier av. J.-C.), connus historiquement, mais mal localisés jusqu’aux travaux archéologiques saoudiens en cours. Grâce à un système interactif de vidéos, Abdulrahman AlSuhaibani, archéologue et commissaire saoudien de l’exposition,  présente les principaux lieux et monuments de cette période, dans les massifs rocheux ou au pied de l’imposante falaise qui surplombe l’oasis. De vastes sanctuaires sont en cours d’exploration. Les visiteurs sont surtout frappés par les statues colossales égyptisantes du sanctuaire de Dadan, qui vivent leur premier séjour parisien.

Oasis et falaises d’AlUla ©Virginia Cassola 2018

Oasis et falaises d’AlUla ©Virginia Cassola 2018

Hégra, la petite sœur de Pétra

Avec Hégra, la ville la plus méridionale du royaume nabatéen, qui fut vivante du Ier siècle avant J.-C. au IVe siècle ap. J.-C., nous abordons un domaine qui nous est plus familier grâce à la notoriété mondiale du site de Pétra en Jordanie, distant de quelques centaines de kilomètres seulement vers le nord. Pétra, capitale du royaume des Nabatéens, est célèbre pour son site montagneux et plusieurs centaines de tombeaux à façades monumentales taillées dans le grès. À Hégra, des vidéos panoramiques saisissantes, prises par des drones, nous font évoluer à vol d’oiseau autour des massifs de grès dans lesquels sont également sculptées des façades de tombeaux rupestres qui empruntent aux grammaires architecturales mésopotamienne, égyptienne et gréco-romaine. Merlons, gorges égyptiennes et ordres corinthiens cohabitent avec élégance, stylisation et parfois gaucherie. Par ces façades rupestres monumentales qui entouraient le centre ville, le monde des morts restait en permanence visible aux vivants. Ces tombeaux à façades témoignaient aussi de la richesse de la lignée familiale. Une animation toute en délicatesse et douceur reconstitue le déroulement des rituels funéraires. Des fragments de toile teinte en rouge, de cuirs et de cordage sont les témoins émouvants et étonnamment proches de ces rituels de la mort.

Tombes nabatéennes, AlUla, Copyright Yann Arthus-Bertrand, Hope Production

Tombes nabatéennes, AlUla, Copyright Yann Arthus-Bertrand, Hope Production

Différents types d’objets en terre cuite et en bronze, lampes, monnaies, bijoux témoignent par ailleurs de la vie quotidienne, des échanges et des influences jusqu’à la présence romaine à partir du IIe siècle de notre ère.

Coffret à cosmétiques, Hégra. Époque nabatéenne. (AlUla, musée d’Archéologie et de patrimoine populaire, 60681_M01)

Coffret à cosmétiques, Hégra. Époque nabatéenne. (AlUla, musée d’Archéologie et de patrimoine populaire, 60681_M01)

La richesse de l’épigraphie d’AlUla, avec ses langues et ses écritures, dadanite, araméenne, nabatéenne, grecque, romaine, arabe, est également le symbole de l’importance du site et de sa situation de creuset culturel. Pour Laila Nehmé, commissaire de l’exposition et directrice de la Mission archéologique française, le nabatéen est à l’origine de la création de l’écriture arabe. C’est dans cette région que l’on trouve les premières inscriptions en langue, puis en écriture arabe.

Linteau avec inscription dadanite, sanctuaire d’Umm Daraj, Ve-Ier s. av. J.-C.  (Riyâd, Musée national, 1-03-1_000355).

Linteau avec inscription dadanite, sanctuaire d’Umm Daraj, Ve-Ier s. av. J.-C. (Riyâd, Musée national, 1-03-1_000355).

Caravanes et pèlerinages

Après la succession des royaumes antiques, les périodes islamiques ont perpétué l’essentiel des activités humaines, animées par les caravanes commerçantes et les pèlerinages. Ces diverses activités et les échanges culturels dans ce lieu de passage sont illustrés par quelques objets et sculptures et par de charmantes peintures orientalistes du XIXe siècle. Au cours de cette longue période, les sites antiques ont été abandonnés au profit de nouvelles agglomérations. Ainsi, la vieille ville d’AlUla conserve encore partiellement les vestiges de l’habitat médiéval de cette région. Un plan animé de la vallée présente très judicieusement l’évolution des implantations et des sites d’accueil des voyageurs et pèlerins au cours des siècles.

Vieille ville d’AlUla © Yann Arthus Bertrand 2019.

Vieille ville d’AlUla © Yann Arthus Bertrand 2019.

La voie de passage historique de la vallée d’AlUla a été finalement matérialisée à l’époque moderne par l’extraordinaire chemin de fer du Hijâz, construit en 1900, dont la gare, en plein désert de Madâin Salih (Hégra), a été récemment restaurée. Ce chemin de fer transportait les pèlerins jusqu’à Médine. C’est en même temps l’époque de la découverte moderne de la région par les scientifiques européens, parmi lesquels les pères dominicains Jaussen et Savignac.

Le père Savignac réalise l’estampage d’une inscription nabatéenne gravée sur un tombeau nabatéen, Hégra 1907 (Jérusalem, École biblique et archéologique française, 01697-STN-228).

Le père Savignac réalise l’estampage d’une inscription nabatéenne gravée sur un tombeau nabatéen, Hégra 1907 (Jérusalem, École biblique et archéologique française, 01697-STN-228).

La gare est désaffectée et le tourisme international souhaité par les membres de la Commission royale saoudienne n’est pas encore d’actualité, mais vous pourrez par le métro, le bus, ou à pied, rejoindre cette exposition riche et lumineuse où se mêlent très habilement une présentation du cadre naturel spectaculaire et les résultats les plus récents des recherches archéologiques. Sur ce site imposant et d’une beauté saisissante, l’exposition met en lumière la très grande mobilité des groupes humains et en même temps la permanence de leurs activités, à travers plusieurs millénaires et de nombreux changements politiques, culturels et religieux.

AlUla, merveille d’Arabie

Commissaires de l’exposition : Abdulrahman AlSuhaibani et Leïla Nehmé

Du 9 octobre 2019 au 19 janvier 2020

Institut du Monde arabe – 1, rue des Fossés-Saint-Bernard – 75005 Paris

Site : www.imarabe.org

Les mardis, mercredis et jeudis 10h-18h, sam. et dim. 10h-19h. Nocturne jusqu’à 20h les 7/11, 12/12 et 09/01/2020

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