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Arts-chipels.fr

Outwitting the devil. La virtuosité de la lenteur pour transcender la violence des corps

Outwitting the devil. La virtuosité de la lenteur pour transcender la violence des corps

Comment faire pour « Être plus malin que le diable » ? Akram Khan , une fois encore, nous éblouit et nous enchante par sa nouvelle chorégraphie. IL réunit quatre  danseurs et deux danseuses de cultures, formations et âges différents.  Un des danseurs et non des moindres Dominique Petit a 68 ans et le plus jeune 23 ans. Akram Khan invoque pour nous  le dieu / homme Gilgamesh et son comparse Enkidu du fond des âges. Il nous évoque un épisode dramatique de leur mythologie, la destruction d’une vaste forêt de cèdres, dont la beauté et la richesse les avaient pourtant bouleversés. C’est un univers post-apocalyptique, violent, brutal venu de notre passé mais qui nous parle surtout  de notre futur car on ne peut s’empêcher d’évoquer nos catastrophes contemporaines et le bouleversement actuel de notre société. L’origine de l’histoire est un fragment, récemment découvert, de l’épopée babylonienne de Gilgamesh, l’un des récits fondateurs de l’humanité.

Outwitting the devil. La virtuosité de la lenteur pour transcender la violence des corps

C’est brut, sombre mais aussi tellement sensuel. Dans ce paysage noir, dévasté, il nous raconte le combat de ces deux  titans avec la violence des corps et une sauvagerie charnelle millimétrée. Oui c’est toujours si juste. Chaque geste l’un après l’autre nous entraîne vers le suivant. Les mouvements s’enchaînent les uns avec  les autres dans une plasticité incroyable. Les corps se mêlent et s’entremêlent inlassablement comme une caresse infinie, Mais c’est aussi un incroyable affrontement, un corps à corps  violent, chacun livre bataille  avec une sensuelle sauvagerie. Le côté sombre de Gilgamesh et Enkidu est exacerbé par la musique envoutante, dissonante parfois, violente aussi de Vincenzo Lamagna. Elle nous enferme et nous délivre de « la pesanteur » du temps, On est entrainé dans cet univers d’abord par le son brutal, violent qui contraste souvent avec la vélocité incroyable des danseurs et danseuses.

Akram Khan nous réjouit à chaque fois par ces interpellations des corps qu’il nous donne à voir. Dans cette pièce, les mouvements sont parfois si lents que les danseurs et danseuses les décomposent un à un, muscla à muscle et que l’on se demande comment ils tiennent encore ensemble.

Et comme toujours, Akram Khan tire ses inspirations du mélange des cultures. Il mêle ici les  principes du Bharatanatyam et de la danse indienne avec l’interprète Mythili Prakash qui danse avec en tenue traditionnelle aux multiples plis et tours et les principes du hiphop et de la danse contemporaine. .Son langage est universel car il  transcende les mythes et les cultures. IL est au-delà du genre au-delà du style, il nous raconte notre histoire tirée des profondeurs de nos inconscients avec une maestria toujours renouvelée et ainsi  encore une fois il nous livre une pièce chorégraphique magistrale que je vous invite à aller voir de toute urgence.

 

Direction artistique et chorégraphie Akram Khan
Dramaturgie Ruth Little
Lumières Aideen Malone
Conception visuelle Tom Scutt
Musique originale & son Vincenzo Lamagna
Costumes Kimie Nakano texte Jordan Tannahill
Direction des répétitions Mavin Khoo
avec Ching-Ying Chien, Joshua Jasper Narvaez, Dominique Petit, Mythili Prakash, Sam Pratt, James Vu Anh Pham

Théâtre de la ville
13eme ART
DU 11 au 20 septembre 2019

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