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Arts-chipels.fr

L’Affaire Moussorgski. On a volé les tableaux d’une exposition !

L’Affaire Moussorgski. On a volé les tableaux d’une exposition !

Cette fantaisie musicale jazz qui donne en passant un coup de chapeau à son aînée russe offre une alliance réussie de belle musique, de conte et d’animations dessinées.

Il était une fois un musicien russe très attaché à sa culture. Il appréciait beaucoup un peintre qui partageait avec lui le même amour de la culture populaire de son pays. Ce peintre, Viktor Hartmann, décédé soudainement en pleine fleur de l’âge, avait été salué par une exposition rétrospective. Moussorgski était son ami. L’exposition lui inspire dix courtes pièces entrecoupées d’une « promenade » du compositeur au milieu des œuvres : les Tableaux d’une exposition.

Il était une fois un groupe de musiciens, « Les 5 000 doigts du Docteur K », qui s’était fixé pour but d’explorer les relations entre toutes les musiques, jazz, classique et autres en créant des hybrides où le détournement musical, humoristique, jette un pont entre les styles.

Il était une fois une compagnie qui aimait l’art clownesque, lié à la musique, au théâtre ou aux interventions spectaculaires en tout genre.

Pour la suite, il suffit de mettre tout sur un plateau, de bien agiter et vous avez l’Affaire Moussorgski.

© Vincent d’Eaubonne

© Vincent d’Eaubonne

Une intrigue « policière »

Nous voici transportés près d’un demi-siècle après la création de l’œuvre musicale. Le Modest Moussorgski qu’on nous présente n’est pas l’« original » mais son petit-fils, devenu gardien de musée. Nous sommes en pleine révolution russe et il n’a guère de travail, Modest. Il en profite donc pour faire un petit somme. Mais lorsqu’il se réveille, patratas ! les œuvres dont il avait la garde ont disparu ! Et Lénine doit justement visiter le musée ! Il ne reste plus à notre gardien qu’à se lancer à la recherche des tableaux disparus… Jovial personnage débonnaire aux joues rougies, il a tout de l’auguste, mimiques naïves et face de lune, bon sens comique et adresse directe au public.

© Vincent d’Eaubonne

© Vincent d’Eaubonne

Des « Tableaux » à remplir

Les œuvres qui ont inspiré Moussorgski en 1874 sont en partie inconnues aujourd’hui. Celles qu’on pense avoir identifiées ne valent guère qu’on s’y arrête sur le plan artistique, n’était l’attention que le compositeur leur a accordée. « Hartmann bouillonne en moi, écrit-il : je peux à peine aller assez vite pour gribouiller sur le papier ; les sons et les idées sont suspendus dans les airs. ». Sa musique, en revanche, porte des titres évocateurs : « Gnomus », « Le vieux château », « Les Tuileries, disputes d’enfants après le jeu », « Ballet des poussins dans leur coque », « La cabane sur pattes de poules » ou « La Grande Porte de Kiev » pour n’en citer qu’une partie. De quoi lâcher la bride à l’imaginaire pour combler les vides. C’est ce que fait Alain Pierre, le directeur musical, qui évoque, dans son enfance, sa fascination pour cette musique à programme dont les titres suggèrent une histoire mais dont le texte est introuvable : « Beaucoup plus tard, dit-il, j’ai compris que cette histoire n’existait pas et que je pouvais l’inventer. L’inventer en revisitant le titre de chaque tableau […] L’inventer en créant des images. L’inventer en jouant la musique de Moussorgski, en l’arrangeant à la manière, jazz, en inventant d’autres morceaux, pour prolonger mon rêve d’aujourd’hui. » Le plaisir que portent sur scène les musiciens est communicatif. Sans temps mort ni baisse de régime, accompagnant parfois le texte du gardien, reprenant le motif de la promenade du compositeur, ils nous entraînent dans cet univers fantaisiste, aussi disparate que les thèmes qu’il évoque.

© Vincent d’Eaubonne

© Vincent d’Eaubonne

Une création graphique à plusieurs mains

À l’intrigue qui lance Modest Moussorgski sur les traces des tableaux vont s’ajouter des péripéties graphiques. Durant un an, quatre dessinateurs- Raphaël Lerays, Christophe Fauconnet, Charlie Cuif et Sébastien Danguy des Déserts – seront associés au projet. Au fur et à mesure de la création de la musique, et en s’inspirant des titres des tableaux, ils créeront dessins et images animées, projetés durant le spectacle. C’est ainsi que notre brave gardien se lance à la poursuite d’un gnome sur une plate-forme d’autobus, traverse la Terre en barque ou rencontre Méphistophélès qui cherche à toute force à lui faire signer, pour retrouver les tableaux, le pacte où il vendra son âme au diable. Modest peine à traîner son lourd char polonais, parle aux morts dont les crânes s’allument, dialogue avec Baba Yaga, la sorcière des contes russes qui vit dans une maison montée sur pattes de poules. Les dessins sont inventifs. Mine de plomb, plume, aquarelle et gouache, dans un joyeux mélange, nous renvoient à Saint-Pétersbourg ou à Paris, alternant noirs, bistres, grisés et couleurs éclatantes. Des photographies anciennes nous plongent dans un univers début de siècle. La Révolution russe revient comme un leitmotiv, et avec elle les œuvres de cette époque : Chagall, qui propose à Modest de l’initier à la peinture, Malevitch dont le fameux Carré blanc sur fond blanc surgit inopinément, ou Kandinsky pour le bis.

© Vincent d’Eaubonne

© Vincent d’Eaubonne

Pour le plaisir de tous

Dans ce mélange détonnant, petits et grands trouvent leur compte. On s’amuse beaucoup. Aux grands, les clins d’œil à la peinture et à l’histoire. Aux enfants, l’aventure du petit guide dans laquelle ils s’installent de plain-pied. Pas de chahut ni de bavardages. Attentifs, ils rient aux déboires de Modest, suivent ses aventures, s’amusent de leur cocasserie. Ils sont fascinés, captés par cette histoire qui n’en est pas vraiment une, pris par la musique.

L’Affaire Moussorgski offre toutes les qualités d’une initiation à la musique dans sa diversité en même temps que le plaisir d’un spectacle à part entière.

L’affaire Moussorgski ou Les tableaux disparus de Modest Moussorgski

Conte musical jazz tout public à partir de 8 ans

Librement inspiré des Tableaux d’une exposition de Modest Moussorgski et des ses dix scènes entrecoupées de « Promenades » : Gnomus ; Il vecchio castello ; les Tuileries, dispute d’enfants après le jeu ; Bydlo ; Ballet des poussins dans leur coque ; Samuel Goldenberg et Schmuyle ; Limoges, le marché ; Catacombae. Cum Mortuis in lingua mortua ; la Cabane sur pattes de poule ; la Grande Porte de Kiev.

Écriture et arrangements : Alain Pierre

Mise en espace et direction d’acteur : Florence Joubert. Son : Philippe Cadeau. Lumière et vidéo : Willial Languillat.

Avec : Alain Pierre (direction musicale, saxophones, flûte, ondes Martenot), Bertrand Dabo (batterie), Jean-François Vincendeau (contrebasse), Thomas Mayeras (piano, orgue) et Olivier Clénet (Modest Moussorgski)

Dessinateurs : Raphaël Lerays, Christophe Fauconnet, Charlie Cuif, Sébastien Danguy des Deserts.

Philharmonie de Paris, 221, avenue Jean-Jaurès – 75019 Paris

Tél. 01 44 84 44 84. Site : www.philharmoniedeparis.fr

Les 21 septembre 2019 à 11h et 15h, le 22 à 11h

Tournée 2019 (en cours)

  • 23 octobre 2019 au Théâtre d’Angers, place du Ralliement à Angers (49)
  • 7 février2019 à l’Espace Capellia à La Chapelle sur Erdre (44)

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