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Arts-chipels.fr

Trois expositions à la Fondation Custodia. Siècle d’Or hollandais et peinture contemporaine

Frans Hals, La Famille Van Campen dans un paysage (fragment), vers 1623-1625. Huile sur toile. – 151 × 163,6 cm. Toledo Museum of Art, Toledo (Ohio).

Frans Hals, La Famille Van Campen dans un paysage (fragment), vers 1623-1625. Huile sur toile. – 151 × 163,6 cm. Toledo Museum of Art, Toledo (Ohio).

Un parcours éclaté dans le temps qui mène du portrait au paysage avec les portraits de famille de Frans Hals, les représentations d’enfants et les aquarelles et toiles de Marian Plug.

Dans l’art hollandais du xviie siècle, Frans Hals, le portraitiste par excellence de cette période, est resté à la frange de notre mémoire. L’exposition, qui lui rend hommage, concentre la partie qui lui est dédiée aux portraits de groupes, de grandes dimensions, et offre l’occasion de rassembler pour la première fois plusieurs pièces du tableau monumental consacré à la Famille Van Campen dans un paysage (v. 1623-1625).

Un contexte historique particulier

Les provinces du nord des Pays-Bas acquièrent en 1581 leur indépendance vis-à-vis de l’Espagne et prônent, dans cette période de tensions religieuses, la liberté des cultes. La bourgeoisie, enrichie en particulier par le commerce du drap et le trafic maritime, ainsi que les régents et les immigrés chassés de leurs pays respectifs pour des raisons religieuses affluent, répandant le calvinisme. La noblesse et les institutions religieuses, clientes habituelles des peintres, cèdent le pas à une bourgeoisie puissante et fière d’elle-même. Le portrait va se faire le vecteur et le témoin de cet état de fait. Aux sujets de la « grande » histoire se substituent des portraits, individuels ou collectifs (familles, groupements civiques…) qui exaltent les vertus de ces nouveaux maîtres. La représentation de la famille, dans toute son unité et son étendue, va fournir la matière de tableaux monumentaux. Exposés aux yeux de tous, dans les lieux de réception, ils témoigneront de la force du clan et mettront en avant la fidélité qui unit les époux et la réussite que constitue une nombreuse descendance. Des portraits de famille de Frans Hals, seuls quatre nous sont parvenus. Ils sont présentés dans l’exposition. Outre la Famille van Campen, on trouve trois autres portraits de famille : le Portrait d’une famille néerlandaise (milieu des années 1630) conservé au Cincinnati Art Museum (Ohio), et les Portrait de famille dans un paysage, le premier au musée Thyssen-Bornemisza à Madrid (v. 1645-1648), le second à la National Gallery à Londres (v. 1647-1650).

Frans Hals, Enfants de la famille Van Campen avec une voiture tirée par un bouc (fragment), vers 1623-1625. Huile sur toile. – 152 × 107,5 cm. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles. Et Frans Hals, Portrait d’un jeune garçon de la famille Van Campen (fragment), vers 1623-1625. Huile sur toile. – 54 × 47,4 cm. Collection particulière
Frans Hals, Enfants de la famille Van Campen avec une voiture tirée par un bouc (fragment), vers 1623-1625. Huile sur toile. – 152 × 107,5 cm. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles. Et Frans Hals, Portrait d’un jeune garçon de la famille Van Campen (fragment), vers 1623-1625. Huile sur toile. – 54 × 47,4 cm. Collection particulière

Frans Hals, Enfants de la famille Van Campen avec une voiture tirée par un bouc (fragment), vers 1623-1625. Huile sur toile. – 152 × 107,5 cm. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles. Et Frans Hals, Portrait d’un jeune garçon de la famille Van Campen (fragment), vers 1623-1625. Huile sur toile. – 54 × 47,4 cm. Collection particulière

L’extraordinaire aventure de la Famille Campen

On connaissait un tableau intitulé la Famille Van Campen dans un paysage conservé au Toledo Museum of Art (Ohio). Par ailleurs existaient deux autres tableaux de Frans Hals : Trois enfants dans une charrette tirée par un bouc, conservé par les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles, et un Portrait de jeune garçon dans une collection privée.  Dès la fin des années 1920, des similitudes entre les tableaux de Toledo et de Bruxelles avaient été remarquées. Mais c’est l’occasion de la restauration du tableau en 2016 et la présence d’un fragment plus petit dans une collection privée en 2017 qui offrent l’occasion de vérifier cette hypothèse. La restauration dévoile en effet que des surpeints, appliqués au xixe siècle le long des bords verticaux de la toile masquaient les fragments d’une jeune fille et de divers vêtements. La preuve de la continuité des œuvres est faite. Il manque encore une partie de la toile à droite de l’image, vers laquelle convergent les regards des enfants de la Charrette. On peut penser qu’il s’agit d’une autre jeune fille ou d’une nourrice portant un bébé dans ses bras, ce qui amène à l'hypothèse d'un tableau reconstitué comme ci-dessous.

Proposition de reconstitution du portrait de famille originel de Frans Hals par Liesbeth De Belie et Catherine Van Herck, incluant l’enfant peint par Salomon de Bray.

Proposition de reconstitution du portrait de famille originel de Frans Hals par Liesbeth De Belie et Catherine Van Herck, incluant l’enfant peint par Salomon de Bray.

L’enfant du Siècle d’or dans les collections de la Fondation

Les portraits d’enfants de la même période conservés à la Fondation et exposés à cette occasion présentent une grande diversité, qui témoigne de la richesse d’approches de ces croquis et portraits peints. Tantôt graves comme le Portrait d’Hugo Grotius à l’âge de 16 ans (Van Ravesteynn, 1599) ou maniérés comme le Portrait d’une fillette avec un chevreuil (Nicolas Maes, v. 1680), saisissant des enfants appliqués à l’écriture ou livrés au royaume des songes, ils s’attachent parfois à l’éphémère passage d’un enfant faisant danser un chien savant au son du violon ou à la représentation au pinceau et à l’encre grise, pleine de dynamisme, d’un Enfant jouant du tambour à friction (Adriaen van der Werff). Chez Rembrandt, l’enfant, placé en fond d’image – il apprend à marcher avec un trotteur – renvoie, dans son rapport aux deux élèves du peintre situés au premier plan, à une forme d’allégorie de l’apprentissage.

Rembrandt Harmensz. van Rijn (Leyde 1606 – 1669 Amsterdam), Figures académiques d’hommes (« Het rolwagentje », Le Trotteur), vers 1646. Eau-forte. – 187 × 126 mm. Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris.

Rembrandt Harmensz. van Rijn (Leyde 1606 – 1669 Amsterdam), Figures académiques d’hommes (« Het rolwagentje », Le Trotteur), vers 1646. Eau-forte. – 187 × 126 mm. Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris.

Plug sans plug

La nature vient compléter cette vision néerlandaise avec les œuvres de Marian Plug, une peintre et graphiste contemporaine. Les œuvres exposées sont en grande majorité celles de la dernière décennie. Dans un univers où tous les contours ont été estompés ne subsistent que des taches de lumière, des coulées qui suggèrent plutôt qu’elles ne disent : un espace indistinct – reflets de soleil couchant dans une eau teintée de rose tandis que s’étend la nuit ? –, une rivière ou un lac dont la masse bleutée traverse la toile, un tronc d’arbre qui surgit dans un paysage inondé de jaune, les globes lumineux et flous qui accompagnent les pointillés délimitant la voie d’une autoroute… L’ouverture de l’exposition sur des aquarelles des années 1960 vient rappeler la filiation entre les superpositions délicates des couleurs aquarellées qui se mêlent et le parcours contemporain où l’huile prend place.

Marian Plug, Sans titre III, 2008. Huile sur toile. – 65 × 70 cm. Collection de l’artiste. Photo : Pieter Boersma, Amsterdam © ADAGP, Paris, 2019

Marian Plug, Sans titre III, 2008. Huile sur toile. – 65 × 70 cm. Collection de l’artiste. Photo : Pieter Boersma, Amsterdam © ADAGP, Paris, 2019

En guise de conclusion, pour tout dix-septièmiste impénitent comme pour les passionnés d’histoire de l’art, l’exposition sera un point de passage obligé. Pour les autres demeurent curiosité et flânerie, qui sont, somme toute, de bien agréables maladies…

Trois expositions à la Fondation Custodia : Frans Hals, portraits de famille ; Enfants du Siècle d’or, œuvres de la Fondation Custodia ; Marian Plug, peintures et œuvres sur papier.

Du 8 juin au 25 août 2019, tlj de 12h à 18f sf lundi

Fondation Custodia – 121, rue de Lille – 75007, Paris

Site : www.fondationcustodia.fr, tél. 01 47 05 75019

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