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Arts-chipels.fr

Parasite. Un loup jubilatoire et provocateur dans la bergerie sociale.

Parasite. Un loup jubilatoire et provocateur dans la bergerie sociale.

Entre laissés-pour-compte et super-nantis coréens, une farce grand-guignolesque et décapante qui tourne au jeu de massacre.

La famille de Ki-taek vit d’expédients. Dans un sous-sol dont la fenêtre donne au ras de la rue, elle pirate le réseau wi-fi des voisins et survit à grand-peine en pliant des boîtes de pizza. C’est le règne de la débrouille dans un appartement trop étroit, lépreux et encombré ? qui sent l’abandon et le laisser-aller. Mais voici que le fils, Ki-woo, est intronisé par un ami professeur d’anglais d’une jeune fille de famille riche. En un tournemain le voilà nanti de faux diplômes tout à fait acceptables. Il n’a aucune peine à convaincre sa riche patronne, pour le moins crédule et dépassée, de son efficacité. Par des tours de passe-passe successifs, la famille Ki-taek en viendra à régenter la vie des Park. Ki-woo introduit sa sœur en tant qu’art-thérapeute auprès du petit garçon de la famille, petit tyran domestique en puissance. Tous deux s’arrangent ensuite pour faire renvoyer le chauffeur et la gouvernant pour que leurs parents s’installent dans la place.

Parasite. Un loup jubilatoire et provocateur dans la bergerie sociale.

Une comédie sociale qui tourne au drame

Cette réjouissante farce, qui tourne en ridicule ces puissants abusés que leur argent ne protège pas de la malhonnêteté et de la rouerie, tourne bientôt vinaigre quand la famille Park décide de partir, un week-end, en camping. Les Ki-taek s’installent en maîtres dans la belle maison désertée. Ils font la fête, boivent plus que de raison et se répandent jusqu’à ce que survienne l’ancienne gouvernante dont le mari est caché dans les soubassements de la maison. De l’employée proprette d’avant ne demeure qu’une femme au visage tuméfié, visiblement à la rue. La lutte pour la survie, engagée entre les deux familles, vire au sordide et le retour prématuré des Park, en raison de pluies torrentielles, n’arrange rien. Entre l’ex-gouvernante et son mari, enfermés de force dans la cave, les Ki-taek, cachés sous la table du salon pendant que Monsieur mignotte Madame et que le garçon se dresse une tente dans le jardin, on nage dans la cocasserie grinçante et dévastatrice. La situation ne fera qu’empirer quand les personnages, toute inhibition levée et livrés à leur seule rage, se mueront en monstres sanguinaires.

Parasite. Un loup jubilatoire et provocateur dans la bergerie sociale.

Une peinture sociale au vitriol, admirablement filmée

Au sous-sol sans lumière des Ki-taek répond la magnifique villa au milieu des arbres des Park, au désordre des premiers l’impeccable propreté des seconds, à l’aspect négligé et fripé des premiers le dressing abondamment fourni et la mise élégante et sans faux pli de Madame. Lorsque la famille Ki-taek est contrainte de fuir précipitamment sous un rideau de pluie pour regagner son antre, complètement inondé par la montée des eaux, Bong Joon-ho choisit de matérialiser cette redescente aux enfers sous la forme d’interminables escaliers qui font passer la famille du paradis net et clinquant à un fouillis de câbles qui traversent l’espace dans tous les sens. Dans le monde d’en bas, comme dans Metropolis, dans les entrailles de la terre, on ne soigne pas le décor pour les sous-hommes qui l’habitent. Pas de petites tables disposées dans le jardin, pas de concert champêtre, de mélodies italiennes et de cuisinier européen en toque. Et quand le monde d’en bas vient perturber le tableau idyllique en laissant ses traces sanglantes sur cette herbe trop verte, on bascule dans une horreur crue dont on sait qu’elle n’est que le produit d’une situation sociale inacceptable. L’odeur de la pauvreté a provoqué le drame.

Parasite. Un loup jubilatoire et provocateur dans la bergerie sociale.

Des personnages pris dans une mécanique infernale

L’intrigue pratique la satire sans tomber dans une caricature pour ce qui touche aux personnages. Les Park sont riches mais ils ne sont pas hautains. Ils ont simplement perdu le sens des réalités. Les Ki-taek ne sont pas des monstres. Ils ont une conscience, s’interrogent sur le devenir de ceux qu’ils évincent pour prendre leur place, montrent même un semblant de culpabilité pour le sort qu’ils font subir à leurs concurrents. Il n’empêche que dans leur monde on ne peut s’encombrer de scrupules. Ils n’ont, d’une certaine manière, pas le choix. La mise en accusation d’une société à deux vitesses, toute en grands écarts, s’en trouve renforcée. À la cruauté de la peinture sociale et au crescendo de violence à laquelle elle donne lieu s’ajoute une petite note ténue mais persistante qui semble dire qu’un jour, il pourrait en être autrement.

Parasite. Un loup jubilatoire et provocateur dans la bergerie sociale.

Parasite de Bong Joon-ho, Corée – 2019

Scénario : Bong Joon-ho et Han Jin-won

Réalkisation : Bong Joon-ho

Image : Hong Kyeong-pyo

Avec : Song Kang-ho (Ki-taek), Less Sun-kyun (M. Park), Cho Yeo-jeong (Chung Sook, femme de Ki-taek), Choi Woo-sik (Ki-woo, fils de Ki-taek), Park So-dam (Ki-jung, fille de Ki-taek), Lee Jung-eun (Moo-gwang, la gouvernante des Park), Jung Ziso (Da-hye, fille de Pak), Jung Hyeon-jun (Da-song, fils de Park), Park Seo-joon (l’ami de Ki-woo)

Palme d’or, Cannes 2019

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