Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Arts-chipels.fr

Le romantisme à l’honneur au Petit Palais – De la révolution sensible à la révolution politique.

Le romantisme à l’honneur au Petit Palais – De la révolution sensible à la révolution politique.

Le Petit Palais présente deux expositions, la première sur Paris romantique, la seconde sur les dessin du romantisme allemand. Complémentaires, ces deux expositions nous font percevoir le changement qui s’opère dans les mentalités dans la première moitié du XIXe siècle.

En France, la chute du Premier Empire entraîne une période de troubles qui vont voir alterner rétablissements de la monarchie et épisodes révolutionnaires. La monarchie de droit divin est bien morte et sa contestation dessine un nouveau paysage, tant dans la forme de la ville, dans les oppositions politiques que dans les conceptions artistiques, bouleversant aussi bien la peinture, la littérature et le théâtre que la musique. Le mérite de l’exposition du Petit Palais est de ne pas se limiter à l’une ou l’autre des parties mais de présenter un panorama général. La mode comme l’urbanisation, les salons comme les barricades, le Paris des quartiers comme le mobilier, les divertissements comme les beaux-arts y trouvent leur place.

Le romantisme à l’honneur au Petit Palais – De la révolution sensible à la révolution politique.

Ces salons où l’on discute le monde

S’il reste encore quelques salons aristocratiques, tels celui de Marie d’Orléans, fille de Louis-Philippe, sculptrice passionnée par le Moyen Âge, et celui de la duchesse de Berry qui lance la vogue des bains de mer, c’est désormais dans d’autres cénacles que se débat le monde. Le salon de Charles Nodier, « bibliothécaire » (conservateur) de l’Arsenal, est emblématique. S’y côtoient littérateurs, éditeurs, imprimeurs et graveurs. Les scientifiques fréquentent les artistes, ainsi que personnalités politiques. Ils se rassemblent aussi autour de Victor Hugo ou dans le salon de Delphine Girardin, l’épouse du fondateur de la Presse qui invente la presse bon marché et publie, pour la première fois, des romans-feuilletons signés par Balzac, Dumas ou George Sand. D’autres participent aux soirées haschichines du « psychiatre » Jacques-Joseph Moreau où quelques scientifiques se mêlent à Nerval, Baudelaire, Gautier, mais aussi Daumier, Flaubert et Delacroix.

Edouard Dubufe, Jeune fille au portrait

Edouard Dubufe, Jeune fille au portrait

Les endroits à la mode et les nouveaux quartiers de Paris

On se presse dans les jardins du Palais-Royal pour flâner à l’abri sous les arcades où de nombreuses boutiques offrent au chaland tout ce qu’il peut souhaiter, dames de petite vertu comprises, puis, à partir des années 1830, sur les grands boulevards, chics du côté de la Madeleine, populaciers vers la Bastille où le « boulevard du Crime » accueille les spectacles populaires et où se produit le mime Deburau, immortalisé par les Enfants du paradis. Une foule grouillante bientôt éclairée au gaz arpente les larges trottoirs bitumés plantés d’arbres. Les nouveaux riches se sont installés Chaussée d’Antin où ils font construire de somptueux hôtels particuliers tandis que la Nouvelle-Athènes, dans le quartier Saint-Georges-Notre-Dame-de-Lorette accueille les artistes : Hugo, Dumas, Gavarni mais aussi la comédienne Marie Dorval ou la danseuse Marie Taglioni. Quant au Quartier latin, qui a conservé ses rues médiévales, sales et lépreuses, il héberge les étudiants désargentés et leurs maîtresses, ces « grisettes » qu’immortalisera Henri Murger dans la Vie de Bohème.

Domenico Ferri, le Boulevard des Italiens denuit

Domenico Ferri, le Boulevard des Italiens denuit

Paris qui se bat

Le rétablissement de la monarchie n’est pas exempt de soulèvements. Après l’arrivée des Prussiens aux portes de Paris et l’entrée des souverains alliés dans Paris en 1814 puis la relative accalmie instaurée par la promulgation par Louis XVIII d’une charte constitutionnelle, le feu aux poudres est mis par son successeur, Charles X. Il s’attaque à la liberté de la presse, instaure un « milliard des émigrés » et dissout la Garde nationale, provoquant les émeutes des Trois Glorieuses (juillet 1830) qui signent sa perte et l’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe. La corruption qui règne et son opposition à toute réforme politique et sociale renforcent l’impopularité du nouveau souverain. Il abdique en février 1848, mettant fin à l’épisode royaliste. Sur les barricades flotte l’ombre de Gavroche.

Le romantisme à l’honneur au Petit Palais – De la révolution sensible à la révolution politique.

L’agitation politique et le rôle de la presse

Avec le développement d’une presse populaire et bon marché se développe une nouvelle profession : celle de journaliste. Les enquêtes sur la situation politique et sociale sont légion, les groupes politiques prolifèrent, les prophètes en tout genre aussi. On se passionne pour le Tableau de Paris, publié par Sébastien Mercier moins d’un demi-siècle plus tôt, qui dresse un tableau sombre des misères du peuple et des turpitudes de la ville. Les phalanstères, premiers groupements collectivistes, fleurissent. Le socialisme prend naissance et ses idées se diffusent. Eugène Sue fait un tabac avec les Mystères de Paris qui a pour toile de fond les bas-fonds parisiens et la misère du peuple. On s’arrache le feuilleton qu’on se fait lire collectivement tandis que les caricaturistes – Daumier, Gavarni, Grandville… – s’attaquent dans la presse aux travers du temps. L’époque est folle. On « galope » à un rythme effréné aux bals de l’Opéra, on se masque, on se déguise.

Louis-Leopold Boilly, l'Effet du melodrame.

Louis-Leopold Boilly, l'Effet du melodrame.

Ça bouge du côté des arts

On se passionne pour les temps « obscurs » du Moyen Âge, dont les arcs brisés et les scènes fantasmées alimentent le style troubadour. On collecte, comme Nerval, les chansons populaires, héritage d’un savoir ancien, et on se bat pour préserver certains aspects typiques du Vieux Paris et lui éviter la démolition. On prend parti, comme Delacroix, pour les peuples qui revendiquent leur indépendance. La révolution est européenne et le Printemps des peuples, empreint de revendications nationales face aux grands empires, résonne avec la situation française. La seconde génération romantique, autour de Victor Hugo, remet en cause les valeurs des temps qui l’ont précédée. Dans un chahut indescriptible favorisé par cinq heures d’attente dans le noir, les Jeune France attendent en ce 28 février 1830, avec la première d’Hernani, la confrontation inévitable avec les « parapluies », symboles du bourgeois rassis et réactionnaire. Prenant le contrepied d’une bienséance frileuse, Hugo énonce les principes de l’union du grotesque et du tragique dans le théâtre romantique. On se passionne pour les performances vocales et théâtrales de la Malibran ou pour le talent de tragédienne de Rachel, on porte le romantisme aux nues avec le jeu de Marie Dorval qui fut la maîtresse de Vigny, ou avec Carlotta Grisi pour laquelle Gautier écrit le livret de Giselle ou encore avec Marie Taglioni, « vaporeuse sylphide » dressée sur pointes, qui incarne à la perfection l’héroïne romantique éthérée et lunaire.

Le romantisme à l’honneur au Petit Palais – De la révolution sensible à la révolution politique.

D’un romantisme à l’autre

Passionnante époque où coexistent dans un désordre réjouissant des tendances contraires et où tout, en permanence, semble pouvoir être remis sur le métier. L’exposition, un étage plus bas, de 140 dessins romantiques allemands conservés dans les musées de Weimar apporte un éclairage plus généraliste et peut-être plus philosophique, au thème du romantisme. Ces feuilles d’exception, choisies à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle par Goethe pour le grand-duc de Saxe-Weimar et pour lui-même, révèlent la diversité des tendances qui s’expriment à travers le romantisme. Expression des passions, subjectivité de la vision tout autant que sentiment de la nature vont de pair avec une spiritualité chrétienne et une exaltation du sentiment national. Caspar David Friedrich, Philipp Runge et Johann Füssli y figurent en bonne place aux côtés de Tischbein, Carstens, Fohr, Horny, von Schadow, Schinkel, von Schwind, Richter ou encore des nazaréens,Overbeck et Schnorr von Carolsfeld.

On mesure, à passer d’une exposition à l’autre, l’apport que représente le romantisme dans l’aventure de l’art et de la pensée.

Caspar David Friedrich, Paysage de montagne avec croix au milieu des sapins (vers 1804-1805) et Rehberg, Vieillard barbu s'arrachant les cheveux ou Ossian
Caspar David Friedrich, Paysage de montagne avec croix au milieu des sapins (vers 1804-1805) et Rehberg, Vieillard barbu s'arrachant les cheveux ou Ossian

Caspar David Friedrich, Paysage de montagne avec croix au milieu des sapins (vers 1804-1805) et Rehberg, Vieillard barbu s'arrachant les cheveux ou Ossian

Paris romantique 1815-1848.

Exposition organisée par le musée du petit Palais et le musée de la Vie romantique

22 mai – 15 septembre 2019. Tlj sauf lundi, 10h-18h, le vendredi jusqu’à 21h.

Petit-Palais – Musée des beaux-arts de la Ville de Paris – Avenue Winston-Churchill – Paris 75008

Tél. 01 53 43 40 00. Site : www.petitpalais.paris.fr

Parallèlement, du 22 mai au 1er septembre, le Petit Palais présente l’exposition L’Allemagne romantique – dessins des musées de Weimar

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article