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Arts-chipels.fr

107 ans. Un amour fou traversé par l’adolescence et la littérature

107 ans. Un amour fou traversé par l’adolescence et la littérature

Si l’on ne meurt pas d’aimer, on peut aimer à en mourir. Mais survivre malgré tout. Telle est la fable de ce récit ineffable qui élève l’amour au rang de source inépuisable.

Simon noircit avec application des feuillets qu’il piétine ensuite et livre au vent. Simon a seize ans. L’âge des grandes révoltes. L’âge des désespoirs sans fond. L’âge des rêves. Il aime Lucie depuis l’enfance mais Lucie ne l’aime plus. Alors il a passé sa rage et sa tristesse sur ce qu’il a trouvé. Il a bouffé un poisson rouge qui ne lui avait rien fait. Il l’a recraché, bien sûr, parce que c’est dégueulasse et visqueux, un poisson. Et puis il s’est puni de n’avoir pas su garder l’intégrité de cet amour, il a un peu trop joué avec les lames de cutter, trop tracé de lignes sanglantes sur son corps. Pour tout ça, Simon est interné et, du fond de son hôpital psychiatrique, il convoque son histoire. Il éclaire un à un les lumignons de sa mémoire, allume les lampes de sa tête pour livrer ce qui ne cesse d’occuper sa pensée.

107 ans. Un amour fou traversé par l’adolescence et la littérature

Un mal de vivre traversé par l’amour

Il a toujours été pas comme les autres, Simon. Pas causant, solitaire, enfermé dans son monde à lui. Ses références, ce sont des errants, comme Kerouac, ceux qui vont à la dérive, ceux qui sont à côté du monde, ou des poètes et des littérateurs qui font commerce avec la mort comme Ted Hughes suspecté d’avoir conduit sa femme, la poétesse Sylvia Plath, et sa maîtresse au suicide. Mais c’est aussi Jane Austen, qui décrit d’une plume mordante les petits arrangements de la gentry anglaise. Un être lucide, Simon. Il sait ce qu’être différent veut dire dans la société. Il a la dent dure, le verbe acerbe, une certaine gouaille, un humour ravageur. Il a cette manière abrupte des ados de déverser sans fioritures sa dose acide de vérités, sans souci de ceux qui l’entourent. Il a besoin d’absolu. Et l’absolu, c’est l’amour.

107 ans. Un amour fou traversé par l’adolescence et la littérature

Un univers de carte postale amoureuse traversé par le vide

Simon fredonne les chansons d’amour qui peuplent notre imaginaire. Elles parlent de souffrance, de blessures, de la difficulté « d’ouvrir son cœur en deux » mais de la nécessité de continuer d’aimer, comme la seule issue, « jusqu’à ne plus sentir la douleur ». Il regarde se défaire sa relation avec Lucie avec une lucidité cruelle. « L'amour, dit-il, bout puis il s'évapore. Les gens regardent au fond des casseroles, les dernières bulles qui s'agitent, mais les gens savent que c'est fini, qu'il n'y en aura bientôt plus. Quand ça leur fait trop peur, quand ils se sentent vraiment désemparés, ils rajoutent un peu d'eau froide, pour que ça tienne encore, quelques années ou quelques mois, mais ça ne tient pas. » En dépit de tout, il érige cet amour qui ne le quittera jamais comme une barrière à la solitude, à l’enfermement, aux médicaments qu’on lui administre. Il en fait une blessure chérie, choyée, enfermée au-dedans de lui. Il regarde le temps passer sur ses plaies ouvertes… et nous livre une histoire de tous les temps et du nôtre aussi.

107 ans, de Diastème (Points)

Adaptation : Adrienne Ollé & Simon Fraud

Mise en scène : Adrienne Ollé

Avec : Simon Fraud

Scénographie : Suzanne Barbaud

Création musicale : Eskazed

Du 5 au 27 juillet à 18h25

Au Théâtre Artéphile (tél. 04 90 03 01 90)

Festival d’Avignon OFF

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