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Arts-chipels.fr

Antioche. L’essence de la révolte, version québécoise

Antioche. L’essence de la révolte, version québécoise

Un beau spectacle, poétique et complexe, qui croise les destins d’une mère et de sa fille sous l’ombre tutélaire d’une révoltée de toujours : Antigone.

Jade a l’âge des absolus, des rêves qui vous entraînent sur les chemins écartés vers les endroits cachés où le monde a du sens, où on peut inverser le sort de la planète, où la rendre plus propre, plus humaine n’est pas qu’une utopie. Inès, sa mère, est revenue de tout. Dans son appartement de banlieue, elle ne rêve plus. La nuit, elle se dépouille de sa respectabilité bourgeoise et elle boit, en silence, face à sa télé qui distille du bonheur consumériste en-veux-tu-en-voilà. Elles sont chacune dans leur espace, isolées du monde, face à un écran. La mère absorbe en silence le contenu qui sort de l’écran, la fille tchate avec un inconnu qui enchante son quotidien, à qui elle dit sa révolte, son refus du monde tel qu’il est. Entre elles, Antigone, l’amie de Jade.

© Yanick Macdonald

© Yanick Macdonald

Une Antigone éternelle

Antigone n’est pas une jeune femme comme les autres. Antigone a 2 500 ans, elle sort tout droit de la mythologie grecque. Son histoire est terrible. Elle est la fille d’Œdipe et de Jocaste. Son père, parricide, s’est crevé les yeux. Sa mère s’est pendue après avoir appris qu’Œdipe, son époux, était son propre père. Polynice, son frère, a combattu son propre frère Étéocle et a été tué au combat. Créon a refusé à Antigone le droit de l’ensevelir dignement, le condamnant à errer pour l’éternité, mais Antigone a bravé l’interdit et Créon l’a fait emmurer vivante. Antigone est l’image d’un certain désespoir de vivre. Marquée par le destin, elle n’a cessé de combattre pour conserver la liberté de ses actes, le droit d’honorer ses morts. Elle est la révoltée, celle qui a refusé de se plier aux ordres du pouvoir, celle qui a bravé tous les interdits pour conserver le respect d’elle-même. Elle est une conscience en acte. Elle est multiple aussi, entre Sophocle et Anouilh, à cheval entre des mondes, antique et moderne à la fois, immémoriale.

© Yanick Macdonald

© Yanick Macdonald

Destins croisés

Ces trois femmes vont peu à peu nous dévoiler leur histoire. Celle du refus et de l’exil, pour Inès qui a quitté l’Orient pour l’Occident. Celle du départ vers un ailleurs qu’elle imagine lumineux et ouvert pour Jade. Et Antigone qui convoque les morts, agite les ombres du passé, fait revivre cette remontée dans le temps qui la conduit, guitare à la main et micro devant elle, à chanter les illusions perdues qu’on continue à poursuivre envers et contre tout. Elles se retrouvent à Antioche, en Turquie, cité prospère de la Route de la Soie qui a perdu son opulence pour n’être plus que le lieu de passage des jeunes en partance vers la félicité illusoire des paradis qu’on leur promet. Jade poursuit l’absolu, elle recherche le sens de l’existence sans lequel la vie n’est rien. Elle est passion, révolte, radicalité sans compromis sur la route de ses racines. Inès en vient. Elle a fait son chemin à rebours de celui de sa fille en coupant les ponts avec la culture liberticide dont elle est issue, en gagnant l’Occident pour pouvoir être elle-même.

© Yanick Macdonald

© Yanick Macdonald

Un idéal de révolte qui traverse le temps et l’espace

Où se trouve le chemin quand des enfants meurent au Bengladesh, quand nous naviguons entre to-do-list et micro-ondes, quand le café quotidien et les lasagnes vont de pair avec une colère inextinguible ? Les murs sont invisibles, ils n’en sont pas moins présents. Et parce que Jade, Inès et Antigone– toutes trois éclatantes de vitalité et de présence – ont l’accent québécois, elles nous convient aussi à une traversée de l’espace et du temps. Cette histoire est de tous les temps et de tous les lieux. Elle concerne tous ceux qui préfèrent vivre debout que mourir à genoux, qui espèrent et se battent pour leurs convictions, mais qui savent aussi dénoncer les cauchemars déguisés en utopie, reconnaître les mensonges qu’on leur sert pour ne plus en être les dupes. Le texte de Sarah Berthiaume porte avec force et lyrisme cette union contradictoire de l’espoir et du désespoir vécus un ressort de vie, cette révolte aux yeux ouverts qui ne se satisfait pas des certitudes qu’on lui propose. C’est dans la lucidité que nous devons puiser les forces pour continuer le combat pour une humanité renouvelée.

© Yanick Macdonald

© Yanick Macdonald

Antioche, texte de Sarah Berthiaume

Mise en scène : Martin Faucher

Scénographie : Max-Otto Fauteux

Musique originale : Michel F. Côté

Vidéo : Pierre Laniel

Avec : Sharon Ibgui, Sarah Laurendeau, Mounia Zahzam

Théâtre Paris-Villette

Du 21 au 25 mai 2019, mar, mer à 20h, jeu, ven et sam à 19h

211, avenue Jean-Jaurès – 75019 Paris

Rés. 01 40 03 72 23 – www.theatre-paris-villette.fr

En tournée

Du 5 au 26 juillet 2019 : 11. Gilgamesh Belleville, Avignon (84)

7-8 novembre 2019 : Scène nationale, Albi (81)

12 novembre 2019 : Maison du peuple, Millau (12)

14 novembre 2019 : MJC, Rodez (12)

Dans le cadre d’une tournée du grand T de Nantes (44)

21 et 22 novembre 2019 : Carré argent, Pontchâteau (44)

28 novembre 2019 : Le Champilambart, Vallet (44)

4-5 décembre 2019 : Espace Retz, Machecoul (44)

10 décembre 2019 : Théâtre Saint-Louis, Chollet (49)

15 et 16 janvier 2020 : Théâtre, Privas (07)

20 janvier 2020 : Espace Sequoia Corne, Loire-Authon (49)

22 janvier 2020 : Scènes universitaires, Le Mans (72)

24 janvier 2020 : Le Préambule, Ligne (44)

28 janvier 2020 : Espace 93, Clichy-sous-Bois (93)

30 janvier 2020 : Le Carroi, La Flèche (72)

4 février 2020 : Scènes de pays dans les Mauges, Beaupréau (49)

6 février 2020 : Piano’cktail, Bouguenais (44)

11 février 2020 : Le Pôle Sud, Chartres de Bretagne (35)

12 avril 2020 : Grain de sel, Séné (56)

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