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Arts-chipels.fr

L’Amour en toutes lettres. Je vous parle d’un temps…

© Emilia Stefani-Law

© Emilia Stefani-Law

Années 1930. Des chrétiens interrogent un abbé sur les troubles de leur sexualité. Un témoignage émouvant et terrible sur les misères de la sexualité.

Ils ont en commun d’avoir une foi catholique ancrée en eux. Ils ont des histoires différentes, mais se débattent tous dans un conflit où la foi et le désir s’affrontent, où la culpabilité guette. Ils sont perdus, ne savent plus s’orienter. Alors ils demandent. À l’abbé Viollet qui a ouvert les pages d’une brochure à ceux qui errent ainsi et se posent des questions. De lui on ne saura rien. Ni sur son ouverture d’esprit ni sur sa qualité d’écoute ni sur ses motivations. Mais ils ont besoin de parler et dans des lettres souvent longues, ils expriment ce qu’ils ne peuvent dire devant les autres, ce qu’ils enferment aux yeux du monde. Entre honte, colère et révolte, ils abordent les interdits qui ont régenté les rapports amoureux dans des cadres mal définis parfois, coercitifs toujours.

Une correspondance à sens unique

L’abbé Viollet fut, dans les années 1930, l’oreille privilégiée de l’intimité des couples. Hommes et femmes lui confient leurs problèmes de sexualité. Certaines de leurs lettres sont publiées, assorties de conseils. Mais celles-ci connaissent un sort particulier. Dans les cartons récupérés de l’abbé Viollet, celui-ci porte la mention « Cas de conscience ». Les lettres de ce carton, rassemblées dans un livre, ont été publiées dans les années 1990 par Martine Sevegrand. Découvertes lors de leur publication par Didier Ruiz, elles ont été présentées sur scène voici vingt ans. Aujourd’hui les mêmes comédiens reprennent la même lettre – chacun la sienne – avec laquelle ils ont vécu vingt années durant, qu’ils ont enrichie de leurs vingt ans de vie passée. Les lundis et mardi, soirs de représentation, deux séries de lettres différentes sont présentées.

© Emilia Stefani-Law

© Emilia Stefani-Law

Une honnêteté confondante

Il leur en faut, de la force, ou une dose de désespoir infini pour avouer ce que ces confessions recouvrent. Ils racontent des histoires dont la littérature est emplie, mais ils le font avec une sincérité confondante. Ils parlent de leur ignorance complète de la sexualité au moment du mariage, qui les laisse désarmés face à leur désir, parfois au non désir de l’autre. Comment se comporter, y a-t-il des limites fixées par l’Église ? Que faire quand on subit des assauts sexuels, qu’on se sent violé dans son intimité ? Ils demandent qu’on les aide à trouver les raisons de dire non. Et puis il y a ceux que la sexualité répugne, qu’une éducation au couvent a détourné du sexe vécu comme une souillure, que les attouchements dégoûtent. Et ceux qui ne comprennent pas, tel cet homme attiré par d’autres hommes qui aimerait bien être « normal », aimer une femme et l’épouser, qui ressent des émois mais pas pour le bon sexe et demande qu’on l’aide à rentrer dans le rang. Il y a enfin ceux qui ont accumulé les enfants dont la pléthore devient une charge et qui voudraient bien arrêter. Mais comment faire quand l’appel de la chair est là et que les commandements de l’Église leur interdisent de s’y soustraire ? ou, à l’inverse, quand l’homme et la femme se sont décidé à l’abstinence, que faire du désir et des attouchements détachés du contexte de la procréation ? « Croissez et vous multipliez » disent les textes sacrés et la femme porte la faute. « Tout pour l’homme, rien pour la femme », dit l’une d’elles. Leur corps est un objet, leur liberté inexistante, l’avortement interdit…

On se dit, à les écouter, que le temps n’est pas si loin où cette misère était la règle. À l’heure de la Manif pour tous et des slogans anti-avortement qui ont refleuri tout récemment, on peut se demander si ce que rapportent ces récits est si éloigné que cela. Il est heureux cependant que la législation de notre pays permette aujourd’hui qu’il en soit autrement. Mais cette liberté n’a pas été conquise sans lutte…

L’Amour en toutes lettres – Questions à l’abbé Viollet sur la sexualité (1924-1943) de Martine Sevegrand (éd. Albin Michel)

Adaptation : Silvie Laguna et Didier Ruiz

Mise en scène : Didier Ruiz

Avec, le lundi : Myriam Assouline, Brigitte Barilley, Xavier Béja, Nathalie Bitan (en avril), Laurent Claret (en mai), Marie-Do Fréval, isabelle Fournier, Isabel Juanpera, Laurent Lévy, Marie-Hélène Peyresaubes, Thierry Vu Huu.

Avec, le mardi : Nathalie Bitan, Patrice Bouret, Guy Delamarche, Emmanuelle Escourrou, Silvie Laguna, Emmanuel Landier, Morgane Lombard, Elvire Mellière, Christine Moreau, Thierry Vu Huu.

Théâtre de Belleville – 94, rue du Faubourg du Temple – 75011 Paris

Tél. 01 48 06 72 34. Site : www.theatredebelleville.com

Du 8 avril au 28 mai 2019, les lundis à 21h15, les mardis à 19h15

En tournée

Le 25 mai : Festival de jour de nuit, La Norville

Le 31 mai : Festival de jour de nuit, Arpajon

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