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Arts-chipels.fr

Célébration. L’art du huis clos complètement déjanté où le cynisme absurde sert de savoir vivre.

Célébration. L’art du huis clos complètement déjanté où le cynisme absurde sert de savoir vivre.

Une salle de restaurant, un couple qui fête une promotion et à une autre table, deux couples qui fêtent un anniversaire de mariage. On est dans un endroit chic, fréquenté par la bourgeoisie londonienne, l’ambiance est cosy et étouffée jusqu’à un petit détail qui dérape, et un autre et puis encore un autre et là on passe dans un autre registre..

Les personnages sourient, se parlent et en se parlant ils laissent tomber les masques où en enfilent d’autres dans une perpétuelle fuite en avant, dans une perpétuelle quête d’amour et de sens. Le parler est cru, trivial, en décalage avec ce côté très bourgeois, très sophistiqué. Les personnages se déchirent « en souriant ». C’est impitoyable et pitoyable. C’est extrêmement violent sous cet aspect très polissé.

Harold Pinter fait là une critique acerbe de la société anglaise. Il dénonce l’hypocrisie latente de cette société bourgeoise. Il se moque avec une cruauté jouissive de ses compatriotes et plus largement de ses contemporains et de son époque.

La dénonciation de la violence machiste de la bourgeoisie anglaise

Cette pièce a été écrite en 1999.  Et comme dans toutes les pièces d’Harold Pinter les dialogues et les situations reflètent les inégalités sexistes de la société anglaise et occidentale de l’époque, c’est-à-dire les inégalités entre les positions féminines et masculines. Les hommes sont dans le pouvoir et la domination et les femmes sont cantonnées à la séduction et à la soumission. Elles accompagnent les hommes, en tant qu’épouses ou amantes. Les femmes sont institutrices ou secrétaires ou oisives et  les hommes sont banquiers ou consultants, bref des « winners ». Les femmes subissent et les hommes dominent. Les insultes sexuelles alliées à la  provocation et à l’humiliation fusent. On peut y voir une dénonciation de ces rapports machistes bien avant la dénonciation du #metoo.


Une référence littéraire

Pour rappel Harold Pinter a obtenu le prix Nobel de Littérature en 2005. De plus, ses pièces sont devenues des monuments incontournables dans le monde du théâtre » Ainsi, Pinter jouit aujourd'hui d'une posture de « classique moderne ». Il est considéré comme la figure la plus illustre du théâtre anglais de la seconde moitié du XXe siècle.

 

La parodie burlesque au service de la dramaturgie

La dimension absurde est omniprésente dans l’écriture de Harold Pinter. Et la mise en scène de Jules Audry, extrêmement intelligente y injecte  une touche  supplémentaire de burlesque et de « décalé » qui renforce  la  dramaturgie. Les silences entre les phrases, le décalage des mots et des situations  perturbent  et accentuent aussi le côté  absurde. Les personnages pensent tout haut sans les limites qui prévalent  en bonne société. On oscille entre rêves, cauchemar et retour à l’enfance avec le personnage du serveur qui revient régulièrement raconter des souvenirs imaginaires. Les personnages sont perdus et  profondément désespérés ce qui contraste avec la mise en scène festive. Les personnages oscillent ainsi entre leur solitude car chacun au final est désespérément  seul et cette artefact de fiesta déjantée qui s’intercale entre les scènes plus moires.

La mise en scène rend  hommage et s’est inspiré de  Buñuel, Kubrick, Bourdin et bien d’autres…

Jules Audry dans sa mise en scène a choisi et revendique  des inspirations prestigieuses  à un certain nombre d’artistes dans bien des domaines différents qu’il nous énumère complaisamment sur le leaflet  distribué avant  la représentation et que l’on peut donc s’amuser à retrouver tout le long du spectacle.  Franchise que j’apprècie énormément car elle éclaire certain choix scénographique  et nous donne quelques indices face à ces nombreuses interrogations que suscite cette pièce.

 

Texte Harold Pinter
Texte français Jean Pavans
Mise en scène Jules Audry
Création lumière François Duguest
Collaboration artistique Anne-Sophie Lombard

Avec : Quentin Dassy, Francesca Diprima, Léa Fratta, Faustine Koziel, Orane Pelletier, Garion Raygade, Ulysse Reynaud, Marco Santos et Florence Vidal

 

Théâtre de Belleville
du 05/04 > 28/04 du mercredi (21H15) au dimanche (15h)

 

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