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Arts-chipels.fr

Amour et Psyché. Un extraordinaire voyage, plein d’humour et de poésie, au pays du Roi Soleil

Amour et Psyché. Un extraordinaire voyage, plein d’humour et de poésie, au pays du Roi Soleil

Dans ce spectacle qui emprunte à la tragédie-ballet créée par Molière à la demande de Louis XIV mais pas que, Omar Porras nous livre une version rafraîchissante et pleine de fantaisie d’une fantasmagorie Grand Siècle qui vaut largement le détour.

En 1671, Louis XIV commande à Molière une pièce destinée à mettre en relief les possibilités offertes par la Salle des machines aux Tuileries, entendez par là l’utilisation des ressources de la machinerie au théâtre. La publication en 1638 du traité de scénographie de Nicola Sabbatini, Pratica di fabricar scene e macchine ne' teatri, l’un des premiers du genre, inspiré de Vitruve, qui explique aussi bien comment déclencher un orage sur la scène que faire tourner un vaisseau ou utiliser toute sorte de ressorts illusionnistes destinés à créer sur scène des effets spectaculaires, a un impact considérable au XVIIe siècle. Vigarani, l’un de ses successeurs, travaille avec Molière. Il construira les décors d’Amour et Psyché et en créera la machinerie.

© Mario Del Curto

© Mario Del Curto

Une création « collective »

Lorsque Louis XIV demande à Molière d’un spectacle destiné à être présenté lors du carnaval de 1671, Molière est pressé par le temps. La commande est urgente alors qu’une semaine sur deux, il est en scène dans le rôle du Bourgeois gentilhomme. Mais on ne demande pas des délais quand le roi veut. Le thème d’Amour et Psyché est à la mode : il va le reprendre. Il n’a pas le temps de mettre en vers la totalité de la pièce ? Il va demander à Pierre Corneille de faire du « rewriting » pour versifier la pièce. Celui-ci s’en acquittera si bien qu’il sera difficile de distinguer ensuite ce qui revient à l’un ou à l’autre. Et puis, comme il ne s’agit pas seulement d’une pièce de théâtre et que la musique est de la partie, Lully, pour la composition musicale, Quinault pour les paroles des airs composés par Lully pour les intermèdes, et Beauchamp pour la chorégraphie complètent l’équipe de ce spectacle d’une durée de cinq heures… Omar Porras ramène le spectacle à son ossature théâtrale mais, facétieusement ajoute une couche à l’incertitude sur les apports de chacun des auteurs : il y superpose, pour faire bonne mesure, un peu de La Fontaine… Avis, donc, aux amateurs qui voudraient rendre à chacun ce qui lui revient…

© Mario Del Curto

© Mario Del Curto

Un récit qui puise sa source dans l’Antiquité

Même si la création est retardée, elle n’en est pas moins un succès. Il faut dire que le thème est des plus gracieux. Il remonte à un récit d’Apulée écrit au IIe siècle, l’Âne d’or ou les Métamorphoses, où l’aventure du héros transformé en âne s’emboîte dans d’autres récits qui s’émaillent au fil de sa quête pour redevenir un homme. Celle d’Amour et Psyché, racontée par une vieille nourrice à une jeune fille séquestrée par une bande de brigands, y occupe une large place. Elle pourrait provenir d’un récit numide, transmis par la tradition orale. Si ses origines restent incertaines, elle remonte, comme souvent dans la mythologie, à un fonds archaïque. Omar Porras ne s’y trompe pas lorsqu’il installe sur scène une statuaire ou des accessoires tels que des boucliers à visage humain qui rappellent la statuaire cycladique et les arts « primitifs ». « Je veux, dit le metteur en scène, chercher Vénus parmi la paille, l’argile, l’or brut, le tressage des joncs ; la trouver dans un totem témoignant de la création de l’humanité, dans des compositions symboliques et géométriques. » Derrière l’ambiance Grand Siècle avec ses personnages au visage passé au blanc de céruse et lourdement fardés, ses perruques frisées interminables dégringolant sur les épaules et ces bas de soie de courtisans, le soubassement nous fait remonter à l’origine du monde et à des thèmes tels que la transgression des interdits et à la relation de l’homme et des dieux.

© Mario Del Curto

© Mario Del Curto

Une fantaisie mythologique

L’histoire est à cet égard emblématique. Vénus, jalouse de la beauté incomparable de Psyché qui fait tourner toutes les têtes, charge son fils Amour de la punir. Mais Amour se laisse piéger, il est victime de ses propres flèches. Fou de Psyché, il l’enlève et l’épouse en secret, la cachant aux yeux du monde et de sa vindicative mère. Psyché ne doit pas connaître l’identité de son époux pour préserver la paix factice qui s’est instaurée. Mais poussée par ses sœurs jalouses, elle découvre l’identité de son amant. Vénus réclame vengeance à Jupiter mais celui-ci, plutôt amusé par la situation, fait taire Vénus et accorde son pardon aux deux amants en rendant Psyché immortelle. Le Roi jupitérien a décidément toutes les vertus !

© Mario Del Curto

© Mario Del Curto

Entre comédie sociale et quête initiatique

Omar Porras joue avec une volupté gourmande sur les divers ingrédients qui pimentent le mythe. Les deux sœurs poudrées et jalouses avec leur moumoute sur la tête font des mines de vieilles filles rabougries qui aimeraient bien séduire mais ne le peuvent pas. Jouées par des hommes, elles sont inénarrables. Vénus, toute immortelle qu’elle est, est une femme vieillissante qui ne supporte pas d’être supplantée par plus jeune et plus fraîche qu’elle. Amour, en courtisan perruqué et poudré, esquisse un portrait de petit marquis Grand Siècle, tout en maniérisme et en affectations, qui mériterait de figurer sur une Carte du Tendre. Mais la quête initiatique n’en est pas moins présente. Psyché va devoir surmonter des épreuves pour retrouver Amour. Il y a comme un parfum de revenez-y dans ces défis qu’on retrouve, transposés, dans d’autres mythes. Vénus, lui impose de trier une masse de grains mélangés – orge, millet, pavot, etc.  –, de recueillir la toison d’or de brebis sanguinaires ou de se rendre sur les bords du Styx pour recueillir l’eau de jouvence. À chaque fois les animaux prennent pitié d’elle et lui apportent leur aide. La nature est du côté de l’amour. Et lorsque dans une ultime épreuve, Vénus lui impose de se rendre aux Enfers pour demander à Proserpine de remplir un coffret d’un onguent miraculeux, avec interdiction d’ouvrir le coffret et que sa curiosité, une fois de plus, lui joue des tours, Pandore et Orphée ne sont pas bien loin.

© Mario Del Curto

© Mario Del Curto

Le grand bonheur de la machinerie

Cette fantaisie à grand spectacle était destinée à éblouir les spectateurs du Roi Soleil et Omar Porras n’est pas en reste. Coups de tonnerre effrayants, fumigènes, apparitions, disparitions, effets de voiles qui masquent et démasquent, feux d’artifice, effets de surprise se succèdent tout au long du spectacle. Les personnages s’envolent, flottent dans les airs, deviennent géants comme l’impérieuse Vénus qui domine dans sa colère la malheureuse Psyché, pour le plus grand plaisir de la salle. Nous voici transformés en enfants éblouis par l’artifice, attendant avec impatience le tour de magie d’après, sursautant quand le tonnerre éclate ou qu’un éclair nous éblouit, à l’affût de l’épisode suivant qui viendra nous surprendre. Cette glace miraculeuse que nous savourons avec une gourmandise enfantine, ajoutée à la précision millimétrée de la succession des péripéties menées sans temps mort et à la beauté plastique du spectacle forment un ensemble magique à découvrir absolument.

Amour et Psyché, d’après Psyché de Molière

Adaptation : Marco Sabbatini en collaboration avec Omar Porras et Odile Cornuz

Mise en scène : Omar Porras

Avec : Yves Adam, Jonathan Diggelman, Karl Eberhard, Philippe Gouin, Maëlla Jan, Jeanne Pasquier, Emmanuelle Ricci, Juliette Vernerey

Scénographie : Freddy Porras

Création lumière : Mathias Roche. Univers sonore : Emmanuel Nappey

Costumes : Elise Vuitel. Maquillage et perruques : Véronique Soulier-Nguyen

Accessoires et effets spéciaux : Laurent Boulanger assisté de Noëlle Choquard et Yvan Schlatter

Théâtre 71

Du 9 au 18 avril 2019, mar, ven à 20h30, mer, jeu, sam à 19h30, dim à 16h

3, place du 11 novembre – 92240 Malakof (Mo ligne 13, Malakoff Plateau de Vanves)

Rés. 01 55489100 – theatre71.com

En tournée

23 et 24 avril : L’Olivier, Istres (13)

30 avril-17 mai : Théâtre de Carouge Atelier de Genève (CH)

22-25 mai : TnBE, Bordeaux (33)

 

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